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Gabin, mort de faim à 22 mois : ses parents condamnés à 17 ans de prison

Les parents de Gabin, mort de faim à 22 mois, ont été condamnés ce vendredi 15 novembre à 17 ans de réclusion criminelle. Ils comparaissaient pour "privation de soins et d'aliments suivie de mort d'un mineur de 15 ans".

Le Palais de Justice de Guéret, dans la Creuse
Le Palais de Justice de Guéret, dans la Creuse Crédit : Capture GoogleMaps
Photo Esther
Esther Serrajordia et AFP

Pour avoir privé de soins et d'aliments leurs fils de 22 mois, mort de faim la "peau sur les os", Édouard Ruaud et Céline Vialette ont été condamnés à 17 ans de réclusion criminelle. Une peine prononcée au terme de quatre jours de procès devant la cour d'assises de la Creuse, à Guéret. 

"C'est une peine significative au regard de la gravité des faits et des conséquences qu'ils ont entraînés", a déclaré la présidente de la cour d'assises, Colette Lajoie. La cour et les jurés ont suivi les réquisitions de l'avocat général sur la peine.

L'affaire hors norme a été résumée en trois mots par l'avocat général Bruno Sauvage : "oubli, calvaire, souffrance". En effet, le 25 avril 2013, lors de sa dernière visite chez le médecin, "Gabin pesait 8,550 kg. Six semaines plus tard, quand il est mort" aux urgences, "il ne pesait plus que 5,825 kg. Il a perdu 32% de son poids. C'est le poids qu'il faisait à trois mois", a exposé dans la matinée l'avocat général dans son réquisitoire. 

"Il était d'une maigreur extrême"

Gabin "est mort de dénutrition et de déshydratation aboutissant à une cachexie, c'est-à-dire qu'il n'avait que la peau sur les os, sans masse graisseuse"", a-t-il asséné en rappelant les conclusions de l'autopsie. "Sur le constat de sa mort, on peut lire que Gabin était d'une saleté extrême. Il sentait l'urine. Il avait le bout de la verge nécrosée. Il était d'une maigreur extrême, on pouvait lui compter les côtes", a-t-il poursuivi, en égrenant quelques-uns des détails insoutenables qui ont éprouvé la salle d'audience depuis mardi.

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"Quatre semaines après la dernière consultation" chez le généraliste, "les parents retournent chez le docteur pour parler des problèmes de couple. Ils ne parlent pas de Gabin. Deux semaines après, il meurt", a-t-il encore accusé. 

À la barre, les experts ont évoqué une "situation de négligences et de carences extrêmement sévères" comme causes de la mort. "Ils n'avaient pas conscience de leur dysfonctionnement", a soutenu l'avocate des parents Emilie Bonnin-Bérard. Tous deux reconnaissent aujourd'hui des manquements, mais contestent toute responsabilité dans la mort de leur fils

Des literies sales, des denrées périmées

Dans le box des accusés, le père, âgé de 40 ans, apathique et la mère, 34 ans, parfois émue aux larmes, écoutent les descriptions cliniques de la dépouille décharnée de leur fils. Leur avocate revient sur leur histoire, "des enfances et des adolescences difficiles" qui ont évolué plus tard pour des vies plus "ordinaires".

Puis arrive le tournant 2012-2013. Les parents - le père ouvrier, encore alcoolique aujourd'hui et dépendant au cannabis, était en arrêt maladie et la mère sans emploi - sont accaparés par des difficultés de couple et d'argent. La maison est peu à peu laissée à l'abandon. La dépression creuse son nid. "Tout s'accumule, tout se dégrade. On a affaire à des gens dépassés", a décrit leur avocate Emilie Bonnin-Bérard.

À leur domicile, les enquêteurs tombent sur des literies sales, des denrées périmées dans le réfrigérateur, le carnet de santé de Gabin "sous les détritus". C'est de "l'incompétence" parentale, acquiesce l'avocate, mais "l'incompétence est-elle pénalement répréhensible ?", s'est-elle interrogée en demandant la relaxe.

Le médecin traitant prochainement jugé

Le médecin traitant de la famille doit être prochainement jugé en correctionnelle pour "non-assistance à personne en péril". Jeudi 14 novembre, il avait concédé à la barre une "grossière erreur", une "erreur d'appréciation". Entendu comme témoin, il avait assuré n'avoir "jamais constaté un quelconque signe de danger et de péril sur cet enfant", qu'il avait vu sept fois entre janvier 2012 et avril 2013.

Aucune mesure d'urgence n'avait également été ordonnée après des signalements anonymes en mai 2013 aux services sociaux, quelques semaines avant la mort de Gabin. Les parents, condamnés à 17 ans de réclusion criminelle, ne perdent cependant pas l'autorité parentale sur leur second fils, âgé de 13 ans. 

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