4 min de lecture Michel Fourniret

Disparition d'Estelle Mouzin : une enquête hors-norme qui aura duré 17 ans

ÉCLAIRAGE - Estelle Mouzin a disparu le 9 janvier 2003, à Guermantes, en Seine-et-Marne. L'affaire serait en passe d'être résolue après les aveux de Michel Fourniret, dont l'ombre aura plané sur ce dossier depuis plus de 17 ans.

Estelle Mouzin
Estelle Mouzin
Noémie Grinberg Journaliste

La fin d'une énigme judiciaire qui a duré plus de 17 ans ? Après des années de dénégations, le tueur en série Michel Fourniret a reconnu vendredi 6 mars, lors de son dernier interrogatoire à Paris, l'enlèvement et le meurtre d'Estelle Mouzin, une affaire aux nombreux rebondissements. 

Le soir du 9 janvier 2003, la petite fille âgée de 9 ans disparaît sur le chemin du retour de l’école entre Guermantes et Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne). C’est sa mère, Suzanne, en instance de divorce avec son père Eric, qui signale la disparition. Le lendemain, le parquet de Meaux ouvre une information judiciaire pour enlèvement et séquestration d'une mineure de 15 ans, et des moyens sans précédent sont employés pour tenter de la retrouver. Tous les plans d’eau de la région sont sondés, et une perquisition des 350 maisons de la commune est effectuée. Au total, 170 policiers et 300 gendarmes et CRS sont mobilisés pour bloquer toutes les entrées et sorties de la ville. Son portrait est affiché dans tout le pays. En vain. Elle n'a jamais été retrouvée.

Dès juillet 2003, les policiers se lancent sur la piste du tueur en série Michel Fourniret, arrêté en un mois plus tôt en Belgique. Dans l'ordinateur du suspect, on retrouve une photo de la petite fille, et, chez lui, une cassette sur laquelle il a enregistré un reportage consacré à sa disparition. Les enquêteurs relèvent aussi qu'il conduisait une camionnette blanche Citroën, le même type de véhicule que celui repéré par plusieurs témoins, en 2003 à Guermantes. 

La piste Fourniret une première fois écartée

En janvier 2007, les policiers le mettent une première fois hors de cause en raison d'un alibi : un appel téléphonique à son fils que le suspect aurait passé à son domicile au moment même de la disparition. 

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Pourtant en juin de la même année, le tueur en série écrit au parquet de Reims et demande que le dossier Estelle Mouzin soit associé aux affaires pour lesquelles il doit déjà comparaître devant un tribunal. Mais le parquet considère la requête comme irrecevable pour des raisons de procédure.

Une succession de fausses pistes

En 2008, l’affaire connaît un rebondissement. Sur la base d’un témoignage d’un employé, une perquisition a lieu dans le restaurant chinois de la ville de Brie-Comte-Robert, située à 25 km de Guermantes. Des ossements auraient été trouvés lors de travaux. Le sol du restaurant est cassé au marteau-piqueur et à la pelleteuse. Des ossements sont effectivement découverts mais l’analyse médico-légale réalisée en urgence révèle qu'il s'agit de ceux d’animaux. 

Un an plus tard, les policiers enquêtent sur une photographie mise en ligne sur un site internet pédophile créé en Estonie et hébergé aux États-Unis et qui présenterait des similitudes avec Estelle. Mais là encore fausse piste : il s'agit d'une photo ancienne qui ne correspond pas à l'âge de la jeune fille disparue.  

Le 9 novembre 2011, un détenu à la prison de la Santé à Paris est même placé en garde à vue après avoir été dénoncé par un codétenu. Il est finalement mis hors de cause.

Parallèlement, la justice relance la piste Fourniret, mais l’expertise qui aura duré deux ans, de milliers de poils et cheveux prélevés dans sa voiture, s’avère négative.  

Un portrait vieilli

Mais ni la famille d’Estelle Mouzin ni les enquêteurs ne renoncent. Un nouvel appel à témoin est lancé en janvier 2010, ainsi qu’un numéro vert et une adresse internet spécialement dédiée à l’enquête. Un portrait de la fillette vieilli, qui en 2010 aurait dû être âgée de 16 ans, est réalisé par des experts américains et diffusé très largement par la presse.  

Estelle Mouzin sur un avis de recherche lors de sa disparition en 2003 et sur une photo la viellissant distribuée par la police en 2010.
Estelle Mouzin sur un avis de recherche lors de sa disparition en 2003 et sur une photo la viellissant distribuée par la police en 2010. Crédit : POLICE / AFP

La piste Nordahl Lelandais

En 2017, Nordahl Lelandais, le principal suspect dans l’affaire Maëlys et celle du meurtre d'Arthur Noyer, est suspecté d’être un tueur multirécidiviste. De nombreuses enquêtes sont alors rouvertes. La famille d’Estelle demande son audition. Mais cette piste sera, elle aussi, finalement écartée par les enquêteurs, l'intéressé se trouvant en Guyane, dans le cadre de ses obligations militaires, au moment des faits. 

Le 7 mars 2018, Fourniret laisse planer le doute

Quinze ans après la disparition de la fillette, les spéculations sur l’implication de Michel Fourniret sont relancées, après son audition par la juge Kheris, dans l'enquêtes sur les meurtres non-résolus de Joanna Parrish et Marie-Angèle Domece, tuées en 1988 et 1990 dans l'Yonne. Celui que l’on surnomme "L’ogre des Ardennes" avait déclaré que la disparition d'Estelle Mouzin était "un sujet à creuser"

Sabine Kheris, septième magistrate à s'occuper de l'instruction du dossier, entend alors Monique Olivier le 21 novembre. Un entretien capital dans lequel elle assure que son ex-mari a tué la fillette. Monique Olivier a invoqué trois raisons pour l'incriminer : Estelle Mouzin avait le "profil type" de ses victimes, il aurait effectué des repérages et surtout, son alibi était faux

Le tueur en série avait en effet toujours assuré qu'il se trouvait à son domicile de Sart-Custinne, en Belgique, le jour de la disparition d'Estelle Mouzin à 250 km de là. En guise de preuve, il affirmait avoir passé un coup de fil à son fils ce soir-là, pour son anniversaire, attesté par des relevés téléphoniques. Or Monique Olivier affirme désormais avoir passé, à la place de son ex-mari et à sa demande, cet appel censé le dédouaner

Michel Fourniret est passé pour la première fois aux aveux après trois jours d'interrogatoire, qui se sont conclus vendredi 6 mars dans le bureau de la juge d'instruction Sabine Kheris. 

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