3 min de lecture Procès

Affaire Serena : la mère du bébé dissimulé dans un coffre jugée en appel

L'affaire "Serena", ce bébé dissimulé deux ans par sa mère, en partie dans le coffre d'une voiture, revient devant la justice en appel ce lundi 7 octobre à Limoges.

Rosa Maria da Cruz, la mère de Serena, a été jugée en appel.
Rosa Maria da Cruz, la mère de Serena, a été jugée en appel. Crédit : Capture d'écran TF1
Photo Quentin Marchal
Quentin Marchal
et AFP

L'affaire Serena revient devant la justice. Six ans après les faits, le procès en appel de Rosa Maria da Cruz, la mère qui a dissimulé son bébé Serena pendant deux ans, en partie dans une voiture, débute ce lundi 7 octobre à Limoges. Avec l'espoir, ténu, qu'un peu plus de lumière soit apportée à cette affaire encore imparfaitement comprise.

Âgée de 51 ans, Rosa Maria da Cruz est détenue depuis son procès en première instance qui s'est tenu en novembre dernier à Tulle. La Cour d'assises de la Corrèze l'avait condamnée à deux ans ferme, et déchu "totalement" de son autorité parentale.  

Deux ans, c'est le temps que passa sa fille Séréna dans un couffin cosy, le plus souvent dans le coffre du break maternel, ou dans une pièce en travaux au rez-de-sol de la maison familiale de Terrasson-Lavilledieu, à l'insu de toute la maisonnée, du mari, et des trois autres enfants du couple

"Ce ne sont pas deux ans, c'est toute sa vie qui est détruite"

Un procès plus loin, cette dissimulation hors normes défie toujours l'entendement. Le procès va chercher à mieux comprendre les ressorts qui ont engendré cet inouï rapport entre une mère et son enfant, dans une zone grise entre déni de grossesse, dénégation de l'enfant né et soins a minima mais suffisants pour la survie, qui relèvent de la maltraitance.

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Deux ans de confinement pour l'enfant, deux ans de prison pour la mère. Les jurés de Tulle auraient-ils voulu inconsciemment une forme d'équivalence ? "Mais Séréna, ce ne sont pas deux ans, c'est toute sa vie qui est détruite. Toute sa vie, elle sera privée d'autonomie, au crochet de la société", rappelle aujourd'hui Marie-Pierre Peis-Hitier, de l'Aide sociale à l'enfance (ASE) de Corrèze, partie civile. 

Le parquet général, qui avait requis huit ans de prison, avait fait appel du jugement, la défense interjetant pour sa part appel sur la déchéance d'autorité parentale. À bientôt 8 ans, Serena a le développement mental "d'une enfant de 2-3 ans. Elle ne sait pas lire ni écrire, et on ne pense pas qu'elle pourra un jour", poursuit l'avocate. Elle partage sa vie entre une famille d'accueil et un institut médico-éducatif.  

Mais "son avenir au-delà de 18 ans, c'est une institution", et peut-être une "régression", faute de l'attention rapprochée d'une famille d'accueil. Une estimation finale du préjudice ne pourra sans doute être faite avant l'adolescence. 

Un procès programmé jusqu'au 16 octobre

Les débats, à Tulle, avaient revisité l'état "épouvantable" dans lequel l'enfant avait été découverte dans la voiture, lors d'une visite à un garage auto, entre souillures, excréments, asticots, odeur nauséabonde.  La cour avait aussi tenté de percer les mécanismes psychiques de cette négligence. 

Psychologues, psychiatres, obstétriciens s'étaient succédé à la barre, doctes et fascinants sur les ressorts du déni, total, partiel, parfois jusqu'à donner le tournis. Certains avaient alors pointé du doigt un vide juridique autour du déni de grossesse.  En appel, les parties civiles redoutent encore une dérive vers un "tribunal de la psyché". "Un discours dé-responsabilisant, servi sur un plateau", estime Rodolphe Costantino, avocat d'Enfance et Partage.  

"Il faut qu'on soit plus ouvert au déni de grossesse, c'est un fait. On ne naît pas mère, on le devient", convient Isabelle Faure-Roche, autre avocate de l'ASE. "Mais l'exemplarité de la justice n'a pas été servie" par la sanction "plutôt clémente" de Tulle, estime-t-elle. 

L'avocate de Mme da Cruz, qui avait plaidé l'acquittement en première instance, avait aussi mis en garde: "Il n'y a pas chez Rosa de capacité à s'expliquer, à élaborer une version (...) la vérité, on ne la saura peut-être jamais". Le procès devant la Cour d'appel d'assises de la Haute-Vienne est programmé jusqu'au 16 octobre. 

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