4 min de lecture Justice

Procès de la mère de Serena : le bébé du coffre "était une momie" à sa découverte

DOCUMENT RTL - Alors que le procès dit du "bébé dans le coffre" s'ouvre ce 12 novembre à Tulle, les deux hommes qui ont retrouvé l'enfant racontent cette horrible découverte en octobre 2013.

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"L'enfant était une momie" se souvient Denis Latour Crédit Image : JEAN-PIERRE MULLER / AFP | Crédit Média : Philippe De Maria | Durée : | Date :
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Philippe De Maria et Eléanor Douet

C'est le procès d'une effroyable dissimulation qui s'ouvre ce lundi 12 novembre à la cour d'assises de Corrèze, à Tulle. Celui du "bébé du coffre", que sa mère a caché aux yeux de tous, mari et enfants compris, pendant près deux ans. L'enfant avait été découvert en 2013 par des garagistes.

Le 25 octobre 2013, la mère de l'enfant avait apporté sa voiture dans un garage de Terrasson, en Dordogne. "Quand j'ai rentré le véhicule dans l'atelier pour faire la réparation, j'ai entendu les gémissements et les bruits dans le coffre. Je lui ai demandé si elle avait un chien ou un chat, elle m'a dit "non ça doit être un des jouets de mes enfants qui s'est allumé". Et là ça a été un peu plus suspect", se souvient au micro de RTL Guillaume Iguacel. 

L'homme prévient alors son collègue et pendant qu'il occupe la femme, ce dernier ouvre le coffre et découvre, horrifié, un bébé.

La tête, les bras, les jambes : tout tombait comme une poupée de chiffon.

Denis Latour
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"J'ai eu la surprise de voir ce bébé tout nu au fond du coffre, qui transpirait, qui cherchait sa respiration. Elle l'a prise dans ses bras : l'enfant était une momie. La tête, les bras, les jambes : tout tombait comme une poupée de chiffon. Le couffin était dans le coffre, très sale, il sentait mauvais", raconte Denis Latour. "J'ai dit : "Mais vous êtes folle !". Elle m'a répondu : "Oui je sais, c'est pas bien, c'est pas bien". 

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Les deux hommes préviennent discrètement la gendarmerie de Terrasson. "Les pompiers sont arrivés, ils ont pris le bébé. Ils sont restés sur le parking une heure à l'aider à reprendre sa respiration. Et la maman elle était là, elle marchait tranquille avec sa cigarette", dit-il toujours sous le choc de l'attitude de la mère. "On est persuadé qu'on a sauvé un enfant", assure-t-il.

Un cas qui "défie l'imagination"

La mère, Rose, et son mari, maçon, sont alors placés en garde à vue puis mis en examen. Lui avait bénéficié d'un non-lieu : ayant affirmé n'avoir jamais rien su de la grossesse, de la présence du bébé, dans la voiture (il ne conduit pas) ou dans le garage de leur maison de Brignac-la-Plaine (Corrèze). Et "aucun élément n'a permis de démontrer qu'il en avait connaissance", a conclu l'instruction.

Par cet aspect, mais pas seulement, le cas de "Serena" - le prénom donné par la mère - "défie l'imagination", avait admis le procureur de Brive à l'époque. Le couple avait trois autres enfants de 6 à 12 ans, normalement scolarisés et socialisés.

La mère, 50 ans à présent, et sous contrôle judiciaire, est jugée pour violence suivie de mutilation ou infirmité permanente sur mineur de 15 ans par ascendant, privation de soins ou d'aliments compromettant la santé d'un enfant par ascendant, et dissimulation ayant entraîné atteinte à l'état-civil d'un enfant.  

Des séquelles "vraisemblablement irréversibles"

Elle encourt 20 ans de réclusion criminelle, une "criminalisation" de l'affaire, qui lui vaut les assises, liée au caractère "permanent" des séquelles, révélé par les expertises successives. La dernière mi-2016 a relevé un "déficit fonctionnel à 80%", un "syndrome autistique vraisemblablement irréversible". Et "un lien de causalité" avec l'isolement, le confinement subis.

Serena, chez qui de "nombreuses carences" ont été diagnostiquées, aura 7 ans fin novembre, vit dans une famille d'accueil en Corrèze, et va "mieux". "Elle va bien, si tant est qu'on puisse le dire sous cette forme-là", dit aujourd'hui Me Isabelle Faure-Roche, avocate du Service social d'aide à l'enfance du département de Corrèze, partie civile, comme trois associations de protection de l'enfance.

Le psychisme de la mère passé au crible

"Elle marche, elle court dans la nature, elle fait du vélo, elle aime faire beaucoup de vélo. Mais elle ne supporte pas d'être enfermée", précise à l'AFP une source proche du dossier. "Mais si vous essayez de lui parler, elle ne vous 'calcule' pas. Elle émet des sons, mais ne parle pas".

Des symptômes de Serena, du lien avec le traitement subi, "l'altération de la sphère de communication", la "désorganisation précoce des récepteurs", il sera beaucoup question à Tulle. Mais il sera aussi question du psychisme de la mère, et plus encore de "déni": qu'il soit absolu, relatif, ou... contestable.

"On est totalement dans le déni de grossesse", avait estimé, tôt dans le dossier, l'avocate de l'accusée Me Chrystèle Chassagne-Delpech, pour qui sa cliente n'a pas eu le "geste fatal" qu'ont de nombreuses femmes en déni de grossesse, mais l'a "laissée en vie... d'une certaine façon".

La mère avait expliqué son geste à la télé

La mère elle-même, dans une interview à TF1 fin 2013, avait expliqué avoir accouché seule à l'aube, n'avoir pu en parler à personne le jour-même, ni le lendemain, ni le surlendemain. Et s'être "enfermée dans un mensonge, un gouffre".

Elle avait raconté qu'elle nourrissait l'enfant, la sortait du coffre, passait du temps avec elle le soir, même si "elle ne pouvait pas s'en occuper comme des trois autres". L'avocate de la défense n'a pas souhaité s'exprimer en amont du procès. Celui-ci est prévu jusqu'au 21 novembre. 

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