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Photo de Michael Peterson et de sa femme Kathleen diffusée dans la série documentaire "Soupçon"
Crédit : Copyright Netflix
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Dans la nuit du 9 décembre 2001, à 2h40 du matin, les services de secours de Durham, en Caroline du Nord, reçoivent un appel d'urgence pour une femme ayant fait une chute chez elle, dans le quartier huppé de Forest Hills. Le mari, Michael Peterson, affolé et désorienté, évoque une chute dans l'escalier sans pouvoir préciser le nombre de marches dévalées. Il affirme que sa femme respire encore, mais la communication est coupée. Lorsqu'il rappelle, il indique que sa femme ne respire plus.
Dix minutes plus tard, les ambulanciers arrivent au 1810 Cedar Street, une demeure de style colonial, où ils trouvent Michael Peterson prostré près de sa femme, au pied de l'escalier. Kathleen, âgée de 48 ans, est déjà décédée, ses pupilles dilatées indiquant qu'elle ne respire plus depuis un moment. Les secouristes sont frappés par la quantité de sang sur ses vêtements, sous son corps et sur le mur de l'escalier. Ils remarquent que le sang est sec, suggérant que la mort pourrait être survenue plus tôt que supposé.
Michael Peterson raconte au sergent Francis Borden et au détective Art Holland avoir passé la soirée avec sa femme. Ils ont bu plusieurs verres, l'équivalent de presque deux bouteilles de vin. Ils ont traîné près de la piscine, Kathleen est allée se coucher. A cause du bruit du jet d'eau de la piscine, il n'a rien entendu, ni choc, ni cri. Il a retrouvé sa femme quelques minutes plus tard au pied de l'escalier.
Les policiers doutent que Kathleen ait chuté dans les escaliers. "Ils sont frappés par le fait que la quantité de sang semble disproportionnée par rapport à une chute accidentelle", explique sur RTL Stéphane Berthomet, ancien policier et créateur du podcast Redoutables consacrés à des récits d’affaires criminelles hors norme.
"Il y a aussi la nature de la scène, c'est-à-dire qu'il n'y a pas qu'une quantité de sang importante au sol, mais il y a des projections de sang qui apparaissent réellement importantes. Et certainement, aux yeux des policiers sur le moment, pas cohérente par rapport à ce qui pourrait être une simple chute dans un escalier", ajoute-t-il.
Le médecin conclut que le décès de Kathleen Peterson est dû à une hémorragie, mais il ne peut expliquer les lacérations sur son crâne. L'autopsie révèle qu'elle avait 0,7 grammes d'alcool dans le sang et avait pris du Flexidril, un antalgique. La légiste, Dr Deborah Radisch, observe sept lacérations causées par des impacts, suggérant que Kathleen a été frappée avec un objet, probablement un tisonnier, bien qu'aucune fracture du crâne ne soit présente.
Onze jours après la mort de Kathleen, Michael Peterson est inculpé de meurtre et incarcéré, à la stupéfaction de sa famille. Mariés depuis quatre ans, Kathleen et Michael formaient un couple apparemment idéal avec une famille recomposée de cinq enfants. Malgré la libération de Michael sous caution de 800 000 dollars après trois semaines de détention, il reste inculpé, et sa culpabilité est mise en doute par la famille de sa femme.
Le 1er juillet 2003, Michael Peterson comparaît devant la cour criminelle de Durham pour le meurtre de sa femme Kathleen. Quatre des cinq enfants du couple soutiennent leur père, tandis que la fille de la victime le considère coupable. L'accusation s'appuie sur les constatations des experts et des légistes, évoquant un tabassage avec un tisonnier disparu. L'enquêteur Duane Deaver, considéré comme un expert en police scientifique, affirme que Kathleen a été frappée et que Michael était présent lors des coups. Le 10 octobre 2003, après trois mois de procès, Peterson est condamné à la perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle.
Le verdict est également influencé par des révélations sur la vie privée de Michael Peterson, qui trompait sa femme avec des hommes. "Ça va peser très lourdement et ça va aussi faire l'objet d'un débat parce que lui va parler d'homophobie", explique Stéphane Berthomet. Les enquêteurs découvrent des milliers d'images pornographiques d'hommes nus et des e-mails avec un escorte nommé Brad, renforçant la théorie du meurtre avec un mobile lié à la découverte de sa double vie par Kathleen.
Mardi 19 septembre 2006, trois ans près avoir été condamné à la perpétuité, Michael Peterson, 62 ans, voit son appel rejeté. La défense va toutefois continuer à chercher la moindre faille. Un avocat, pas du tout lié à Michael Peterson, mais qui habite lui aussi le quartier de Forest Hills, propose à la police une explication a priori extravagante. Selon Laurence Pollard, Kathleen pourrait avoir été attaquée par un rapace, un oiseau de nuit. Une chouette dont les serres rappellent exactement les lacérations en forme de tridents sur le crâne de la victime, affirme-t-il.
Selon Pollard, les chouettes sont nombreuses dans le secteur. L'une d'elle aurait poursuivi la victime sur le seuil de la maison avant de la blesser. En voulant fuir et monter dans la salle de bain, Kathleen serait tombée en arrière pendant des mois. Les avocats de Peterson enquêtent sur les attaques de rapaces. Après réexamen des scellés, une microscopique plume est découverte dans une touffe de cheveux de l'épouse. Une deuxième plume va être détectée quelques mois plus tard. Après deux ans d'investigation, les juges rejettent toutefois un nouveau procès. Selon eux, la théorie de la chouette ne constitue pas une nouvelle preuve.
J'ai beaucoup de mal à penser que c'est un crime. Parce que les blessures ne correspondent pas à ça
Jean-Xavier de Lestrade, réalisateur de la série documentaire "Soupçons" sur Netflix
Cette piste soutenue par Jean-Xavier de Lestrade, réalisateur de la série documentaire Soupçons sur Netflix et invité sur RTL. Il a suivi avec des caméras toute l'affaire depuis les premiers jours. "J'ai pu voir la plus grande experte de chouette et de rapace, et je lui ai envoyé une photo d'autopsie. Elle a fait des tests, elle, avec un rapace qui déchire en faux crâne. Et on arrive tout de même à des marques qui sont très semblables aux blessures qu'a Kathleen Peterson", assure-t-il. "Quand j'examine vraiment les preuves matérielles, j'ai beaucoup de mal à penser que c'est un crime. Parce que les blessures ne correspondent pas à ça", ajoute-t-il.
L'affaire Michael Peterson prend un tournant décisif lorsque Duane Deaver, l'expert en tâches de sang, est licencié pour avoir faussé les résultats de nombreuses enquêtes. Deaver, qui avait joué un rôle clé dans la condamnation de Peterson, est accusé d'avoir présenté de fausses preuves dans 34 dossiers. Son témoignage, qui avait lourdement pesé contre Peterson, est remis en question. En conséquence, le juge Orlando Hudson annule la condamnation de Peterson et ordonne un nouveau procès, soulignant que l'expert a livré un témoignage faux et trompeur.
Libéré sous caution en décembre 2011, Michael Peterson attend un nouveau procès, après avoir passé plus de huit ans en prison. Son avocat dénonce les manipulations de Deaver, tandis que la procureure maintient la culpabilité de Peterson. Le 24 février 2017, Michael Peterson, alors âgé de 73 ans, et ses avocats décident de renoncer à un nouveau procès, épuisés par la longue bataille judiciaire. Devant le juge Orlando Hudson, Peterson opte pour la procédure Alford, reconnaissant l'existence de preuves suffisantes pour sa condamnation, tout en maintenant son innocence. Bien qu'il reste condamné aux yeux de la loi, il n'a jamais avoué le crime et ne retourne pas en prison.
- Stéphane Berthomet, ancien policier. Il est aussi créateur et animateur du podcast Redoutables consacré à des récits d’affaires criminelles hors normes.
- Jean-Xavier de L’estrade, réalisateur de la série documentaire Soupçons sur Netflix. Il a suivi toute cette affaire depuis les premiers jours.
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