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Le tribunal de Nanterre (Illustration)
Crédit : Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP
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Dimanche 4 novembre 2012, un chasseur qui roule sur le chemin forestier du Génétey, commune de Saint-Martin-de-Boscherville, à vingt minutes de Rouen, est surpris par la vision qui s'offre à lui. À sa gauche, sur le bas-côté, à l'entrée d'une clairière, une forme humaine git sur le sol. Le chasseur préfère ne pas s'arrêter.
Il file tout droit à la brigade de gendarmerie de Canteleu. Les secours et un médecin sont rapidement sur place. Le corps repose dans l'herbe, la tête posée dans des ronces. Il est en partie dénudé. Le torse et les bras sont calcinés. Une forte odeur d'hydrocarbure est perceptible.
Le décès remonterait à quelques heures. La victime, qui a de longs cheveux noirs, semble être une femme. Ni sac à main, ni papiers d’identité pour l'identifier. Elle porte un bracelet gravé du prénom "Kassandra", avec un K. Un collier supporte aussi un médaillon avec la lettre "K". On note un tatouage qui représente une sirène sur la cuisse gauche. L'autopsie indique que Kassandra a été étranglée. Elle était déjà morte quand on a mis le feu à sa dépouille.
Les gendarmes de la section de recherches de Rouen s'intéressent tout de suite au milieu de la prostitution locale. Kassandra en fait partie. De nationalité péruvienne, Kassandra - Walter Zapata Florès à l'état civil -
est l'une des plus anciennes prostituées transgenre de Rouen. Elle est arrivée ici en 2004 et habitait rue Sainte-Claire, pas très loin du centre-ville.
Aux enquêteurs, le propriétaire de son studio la décrit comme gentille, parlant bien français, toujours réglo pour le loyer. Jamais aucun problème sauf il y a deux ans quand un locataire de l’immeuble s'est montré agressif avec elle. Kassandra avait peur de rentrer chez elle. Le locataire a été viré.
LE RÉCIT DE L'ENQUÊTE - Kassandra : l'enquête est-elle sur le point d'aboutir ?
L'heure du Crime
Découvrir l'émissionLes enquêteurs savent que Kassandra se prostituait en ligne mais elle travaillait surtout dans la rue. Notamment à hauteur de la station-service de la place du Boulingrin. Une de ses amies déclare que le samedi 3 novembre au soir, Kassandra s'est installée ici vers 1h30 du matin.
Elle se souvient l'avoir vue discuter avec le conducteur d'une camionnette blanche, de type Renault Express puis monter à bord. De leur côté, les experts établissent que deux types de carburants ont été utilisés pour brûler le corps : du super et du diesel. Une empreinte de pneu est relevée. Aucun témoin n'a relevé quoi que ce soit de suspect.
Dans ce secteur boisé, la première habitation est à un kilomètre et aucune caméra de vidéosurveillance ne se trouve dans le coin. La victime était déjà morte quand elle aurait été déposée dans le bois de Génétey.
L'autopsie du corps de la victime a révélé un ADN mélangé. Celui d’un homme qui aurait pu être le dernier partenaire de la prostituée. Cette trace génétique n'apparait que sur un sous-vêtement de Kassandra. Pas ailleurs. Le corps ayant en partie été calciné, des empreintes ont certainement été détruites.
Les vêtements de Kassandra ont été emportés par le meurtrier. Cet ADN masculin inconnu ne matche pas, alors, avec les fichiers de police. Ni avec les prélèvements des personnes interrogées lors des investigation. L’ordinateur portable, que la victime venait d’acheter, reste introuvable.
Seule la pochette a été retrouvée dans le studio. La dernière connexion de la victime sur le compte Badoo, rubrique rencontres et rendez-vous, date du 3 novembre 2012 à 22h00, soit trois heures avant qu'elle arrive sur son lieu de travail.
Lundi 9 novembre 2015, le juge d'instruction de Rouen Étienne Perrin, regrette que les vérifications, très nombreuses, longues et multiples, n'aient pas porté leurs fruits. Le magistrat délivre donc un non-lieu. Un an plus tard, une autre travailleuse du sexe péruvienne, Lucia Lorena, 53 ans, est tuée à Rouen. Cette fois un homme, âgé de 37 ans, est arrêté.
Il avait déjà agressé par le passé une prostituée transgenre. Le meurtrier sera condamné à trente ans de prison. "Ce profil était très intéressant, cette piste a été étudiée, mais aucun lien entre les deux dossiers n’a pu être établi", va confier un enquêteur au journal Le Parisien.
Le pôle des crimes sériels et non élucidés de Nanterre relance les investigations plus d'une décennie après la découverte du corps d'une travailleuse du sexe transgenre péruvienne de 39 ans.
Jeudi 9 octobre 2025, après deux ans d'enquête, le procureur du pôle des cold cases ouvre une information judiciaire pour "meurtre". Le fait est que des pistes, jusqu'ici restées dans l'ombre, ont resurgi. Certains noms semblent revenir en boucle dans le dossier : ceux d’un ou deux hommes qui aurait connu Kassandra à Rouen.
Les enquêteurs n'excluent pas que le meurtrier du transsexuel péruvien ait pu en effet avoir eu un complice. Un de ces individu, identifié, faisait des déplacements entre la Normandie et la région parisienne. Une dispute voire une vengeance pourrait être à l'origine du geste fatal. Un accident n’est d’ailleurs pas écarté.
"Il y a beaucoup d'investigations qui sont menées, beaucoup de vérifications, on cherche absolument à recouper tous les témoignages, pour en faire des certitudes, explique le Colonel Joel Kerleau, commandant de la Section de Recherche de Rouen sur RTL. Or il s'est avéré que finalement on n'a jamais eu la certitude que Cassandra était montée à bord de cette camionnette et le seul témoignage que l'on a c'est qu'elle a échangé, elle a discuté avec le conducteur mais ça s'est arrêté là. Donc on n'a absolument pas la certitude qu'elle soit montée à bord de cette camionnette et que cette camionnette blanche soit associée au crime dont a été victime Cassandra."
Même plusieurs années plus tard, après l'ouverture d'une enquête, on peut apprendre énormément de choses
Marie-Céline Lawrysz, procureure de la République adjointe au Tribunal judiciaire de Nanterre
Des expertises génétiques et papillaires sont toujours en cours. "Il faut bien avoir en tête qu'on a les perspectives de la génétique, de la police technique et scientifique qui progressent, explique Marie-Céline Lawrysz, procureure de la République adjointe au Tribunal judiciaire de Nanterre, dans L'heure du crime sur RTL. Il ne faut pas oublier aussi les techniques d'investigation classiques. C'est l'audition, recueil de témoignages."
De nouvelles auditions ne sont évidemment pas exclues. "Même plusieurs années plus tard, après la commission d'un crime, l'ouverture d'une enquête, on peut apprendre énormément de choses, poursuit la magistrate. La mémoire peut évoluer. Et puis les craintes que pouvaient éprouver certains témoins à l'époque, en forme de pression, ont peut-être disparu plusieurs années plus tard, au moment où une audition est reprise."
Si vous avez la moindre information, vous pouvez contacter l'adresse mail suivante : parquet.coldcase.tj-nanterre@justice.fr
- Marie-Céline Lawrysz, procureure de la République adjointe au Tribunal judiciaire de Nanterre (au pôle national des crimes sériels ou non élucidés).
- Colonel Joel Kerleau, commandant de la Section de Recherche de Rouen
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