3 min de lecture Jérôme Kerviel

Affaire Kerviel : David Koubbi en garde à vue, les magistrats écrivent à Macron

ÉCLAIRAGE - Des enregistrements entre une commissaire et une magistrate, révélés pendant le procès, seraient la cause de cette garde à vue.

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On doit protéger les droits de la défense, s'inquiète Hervé Temime Crédit Image : LIONEL BONAVENTURE / AFP | Crédit Média : Brice Dugénie | Durée : | Date :
Ludovic Galtier
Ludovic Galtier
Journaliste RTL

"Monsieur le président, serez-vous le garant des droits de la défense ?" La question est posée dans une lettre ouverte publiée sur Mediapart par des avocats, des magistrats, des journalistes et des membres de la société civile après le placement en garde à vue de Jérôme Kerviel et son avocat, David Koubbi, jeudi 8 juin. Leur tort ? Avoir utilisé pendant le procès Kerviel, qui se déroulait devant la cour d'appel de Versailles en juin 2016, "des enregistrements qui dévoilent de graves dysfonctionnements judiciaires". "Cet acte de défense serait selon le ministère public constitutif du délit de 'recel de violation de la vie privée'", expliquent les auteurs de la lettre, parmi lesquels Alain Jakubowicz, président de la Licra et l'ancienne magistrate Éva Joly. 

Ces derniers s'insurgent devant cette décision "qui nous concerne tous, autant que nous sommes". Ils jugent cette garde à vue "intolérable". "Cette mesure de contrainte constitue en l’espèce une atteinte grave aux droits de la défense car Jérôme Kerviel n’a pu mécaniquement bénéficier de l’assistance de son avocat placé en garde à vue lui aussi, au même moment, au même endroit."

Interrogé sur RTL, l'avocat Hervé Temime explique pourquoi il a signé cette lettre. "Dès lors que la preuve est libre, je crois que l'on ne peut pas reprocher à un avocat qui se trouve en possession d'une telle preuve d'en faire état et de la produire devant une juridiction. On doit protéger les droits de la défense, on doit protéger cette liberté. La compréhension de la défense est quelque chose qui est en ce moment assez mis en danger par le moralisme ambiant dans lequel on constate que bien souvent on assimile l'avocat à la personne qu'il défend."

Un enregistrement de quinze minutes

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Dans cet enregistrement d'environ quinze minutes dont l'existence a été révélée en janvier 2016, Chantal de Leiris, vice-procureure au parquet financier de Paris, se confie à Nathalie Le Roy, la policière de la Brigade financière qui avait été en charge de l'enquête. Cet enregistrement corrobore le principal argument de défense de Jérôme Kerviel : la Société Générale connaissait l'ampleur des risques pris par le trader. "La Société générale savait, savait [les prises de positions colossales non autorisées de Jérôme Kerviel sur les marchés, ndlr]. C'est évident, évident", confie notamment l'ancienne magistrate Chantal de Leiris à l'ex-commandante de police Nathalie Le Roy.

Chantal de Leiris ajoutait que les avocats de la Société générale auraient instrumentalisé la justice : "Ils (les magistrats) étaient complètement sous la coupe des avocats de la Générale, vous le gardez pour vous, c'était inimaginable. (...) Ce que l'on dit, c'est que c'est pas Aldebert qui a rédigé l'ordonnance de renvoi, c'est un des avocats [de la Société générale, ndlr] qui lui a communiqué."

Kerviel condamné à verser 1 million d'euros

Chantal de Leiris explique à la policière de la Brigade financière pourquoi ses plaintes ont été classées en 2012 par le parquet. Elle met en cause sa hiérarchie directe. "C'est surtout Michel Maes [chef de la section financière au parquet à l'époque, NDLR]. Sans arrêt, il me disait: "Tu vas pas mettre en défaut, en porte-à-faux, la Société générale. Ça a été jugé, tu n'as pas à y revenir". C'est eux qui ont voulu à tout prix sabrer [les plaintes] (...) Mais c'est vrai ce que vous dites : vous avez été entièrement manipulée par la Société générale", déclare Chantal de Leiris, dans les extraits. À l'époque, l'enregistrement, contesté par Chantal de Leiris au procès, avait été validé par la Cour d'appel de Versailles.

En 2008, Jérôme Kerviel a été condamné au pénal à cinq ans de prison, dont deux avec sursis, pour des manœuvres boursières frauduleuses ayant causé la perte de 4,9 milliards d'euros à son ex-employeur, la Société générale. Une somme que finalement la justice a ramené le 23 septembre dernier à 1 million d'euros

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