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Adolescent mort à l'hôpital : un an de sursis pour le chirurgien

Condamné à un an de prison avec sursis pour avoir "privé toute chance de survie" à son patient, le Dr Raphaël Moog pourra continuer à exercer.

Des chirurgiens (image d'illustration)
Des chirurgiens (image d'illustration) Crédit : iStock
Nicolas Marischaël avec sa famille dans son atelier-boutique
La rédaction numérique de RTL
et AFP

Malgré son erreur fatale, le Dr Raphaël Moog pourra néanmoins continuer à opérer, au grand dam des plaignants. Jugé coupable d'avoir privé "de toute chance de survie" le jeune Maxime Walter, 15 ans, le chirurgien a été condamné ce jeudi 23 avril à un an de prison avec sursis. "En ne se déplaçant pas" rapidement au chevet du patient alors qu'il était d'astreinte, puis en "persistant" dans un choix qui n'était pas le bon, celui de ne pas opérer le patient pour lui enlever la rate, le médecin de 46 ans a commis une "faute caractérisée" et est coupable d'homicide involontaire, a tranché le tribunal correctionnel de Strasbourg.

L'adolescent était mort dans le service du Dr Moog après une chute à VTT en 2008. Il souffrait d'une importante hémorragie interne et avait été abondamment transfusé, mais son état empirait d'heure en heure. Le chirurgien lui avait finalement enlevé la rate, près de 24 heures après l'accident. Mais cela n'avait pas empêché la mort du jeune sportif, après deux jours d'agonie. Le tribunal a estimé que le décès "dans de douloureuses souffrances" de l'adolescent n'était "pas la conséquence de l'évolution prévisible de la pathologie initiale", mais avait "été causé de façon certaine par les manquements constatés" de la part du praticien.

Pour autant, le tribunal a observé que le spécialiste de chirurgie pédiatrique viscérale, qui "réalise plus de 600 opérations par an", ne s'était vu reprocher "aucun autre accident grave" depuis les faits, et l'a en conséquence exempté de toute interdiction d'exercer. Lors du procès, le 1er avril, la représentante du parquet Morgane Robitaillie avait requis 18 mois de prison avec sursis et deux ans d'interdiction d'exercer. Elle avait observé que, dans les procès contre des chauffards ayant provoqué un accident mortel de la route, "même deux ou trois ans après, on ne se pose pas la question, on suspend le permis de conduire".

Les parents scandalisés

Cette absence d'interdiction d'exercer est "un scandale", a tempêté le père de la victime, Thierry Walter, qui s'est battu pendant des années pour que ce procès ait lieu.  "Nous ne demandions pas qu'il aille en prison, mais ce qui était important c'était l'interdiction d'exercer", a-t-il souligné. "Pour moi il n'y a pas eu de sanction", a renchéri son épouse Caroline, la mère de Maxime. "Douze mois avec sursis, c'est rien! Il va mettre ça dans sa poche et continuera à vivre normalement", a-t-elle déploré.

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L'un des avocats de la famille, Me Jean-Christophe Coubris, s'est dit "extrêmement déçu". "Bien sûr qu'il est considéré comme coupable, mais la sanction n'est pas du tout à la hauteur de la gravité de ses fautes", a-t-il ajouté. La partie civile n'ayant pas la possibilité de faire appel, Me Coubris a dit mettre ses espoirs dans un éventuel appel du parquet, ainsi que dans la procédure disciplinaire qui pourrait désormais être déclenchée contre le chirurgien par l'Ordre des médecins.

Le Dr Moog soulagé

Le prévenu, de son côté, a fait part de son "soulagement", du fait qu'il pourra continuer à exercer. "Je ne pense pas avoir été ni imprudent, ni négligent, j'ai agi en fonction des éléments qu'on me donnait", a souligné le médecin, qui s'est dit "un peu assommé" par la décision du tribunal. Au dernier jour de son procès, le Dr Moog avait fini par exprimer des regrets, se disant "désolé ne pas avoir pu sauver Maxime". Ce jeudi, il a dit ne pas encore savoir s'il ferait appel.

Son défenseur, Me Bernard Alexandre, avait souligné lors du procès que cette affaire avait mis en évidence "un magistral loupé dans l'organisation de l'hôpital". Un anesthésiste et une cardio-pédiatre, présents dans le service le jour de l'accident, avaient été aussi mis en examen, avant de bénéficier d'un non-lieu. "J'ai l'impression d'être un peu seul dans cette affaire, depuis le début", a commenté ce jeudi le Dr Moog.

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