4 min de lecture Renseignement

Abdelakder Merah : les failles du renseignement mises en lumière au procès

RÉCIT (3/5) - Les témoignages de trois personnes en particulier ont permis de remettre l'État au cœur des attentats de Toulouse et Montauban. Des erreurs possibles que le chef de la DCRI de l'époque, Bernard Squarcini, a du mal à reconnaître.

Bernard Squarcini, ancien chef de la DCRI lors des attentats de Mohamed Merah en mars 2012 (archives)
Bernard Squarcini, ancien chef de la DCRI lors des attentats de Mohamed Merah en mars 2012 (archives) Crédit : FRANCOIS GUILLOT / AFP
Cécile De Sèze
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Le procès d'Abdelkader Merah et Fettah Malki a mis en lumière les failles du renseignement français en 2012. Une mauvaise communication au sein de la Direction générale de la sécurité intérieure (DCRI), entre le bureau de Toulouse et le bureau national à Paris, qui n'a pas pu empêcher le "tueur au scooter" de récidiver sur plusieurs jours ses assassinats terroristes. 

Le 11 mars 2012, Mohamed Merah arrive au rendez-vous qu'il a donné à sa première victime à Toulouse, Imad Ibn Ziaten, militaire français. Il l'assassine à bout portant, au nom d'Allah. Ce n'est que 4 jours plus tard qu'il poursuit son entreprise meurtrière, à Montauban, en abattant Mohamed Legouad et Abel Chennouf et blessant gravement Loïc Liber, tous trois parachutistes pour la France. Enfin, le 19 mars, il se rend devant l'école juive Ozar hatorah et tue Jonathan, Arieh et Gabriel Sandler ainsi que Myriam Monsonégo

Entre-temps, les services de renseignements n'ont pas su arrêter sa course et éviter les dernières tueries. Surtout celle du professeur et des enfants juifs de l'école. À la barre de la cour d'assises spéciale, trois témoins ont mis en avant, volontairement ou non, les possibles erreurs des renseignements.

La tuerie de l'école juive aurait-elle pu être évitée ?

Christian Balle-Andui, patron du renseignement intérieur toulousain de l'époque, témoigne le 16 octobre. Aujourd'hui à la retraire, il ne jette la faute sur personne. Il met toutefois en lumière le manque de communication entre les services. "En phase d'attentats, plus la connexion et l'échange se font, plus on a de chance de détruire l'ennemi", explique-t-il.

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Il raconte qu'après les tueries de Montauban du 15 mars, alors que c'est d'abord la piste de l'extrême droite qui est envisagée, il privilégiait déjà la piste jihadiste. Seulement, il n'a pas eu accès aux vidéos surveillance, ce qui aurait pu lui donner, selon lui, "60% de chance" de mettre un nom sur la silhouette du terroriste toulousain. Son témoignage met en cause sa direction "extrêmement hiérarchisée". Il dit avoir "les pieds et poings liés". D'autant qu'il révèle à la cour l'existence d'une "note", non déclassifiée, qui listait "12 ou 13 noms" suspects, dont celui Mohamed Merah, juste après les attaques des parachutistes du 15 mars. Soit 4 jours avant celles de l'école juive.

Christian Balle-Andui aurait demandé, dès 2011, la judiciarisation du dossier Merah - fiché S depuis 2006 - à deux reprises. Le dossier aurait, dans ce cas, été transmis à un juge d'instruction du parquet antiterroriste pour qu'il instruise l'affaire et, si besoin, renvoyé l'individu devant une juridiction pénale. Ce qui n'a pas été fait. 

L'ancien patron de la DCRI de Toulouse raconte également que sa direction centrale à Paris a même envisagé de recruter le futur terroriste "compte-tenu de son esprit curieux et voyageur", à peine un mois avant les drames. Christian Balle-Andui, "pas choqué", partage toutefois son "désaccord complet" avec cette proposition, estimant que l'individu est dangereux. Cette dernière ne sera donc pas suivie.

Des "retards" mais pas de "fautes", selon l'ex-chef de la DCRI

À la tête de cette hiérarchie, Bernard Squarcini. Lui aussi est entendu par la cour quelques jours plus tard. À la barre le 19 octobre, il accepte finalement de parler après avoir au préalable refusé de témoigner, entendu comme témoin assisté poursuivi par la famille Chennouf pour mise en danger d'autrui et non-empêchement d'un crime. Même s'il avoue, après plusieurs questions, "un échec", il écarte toute "faute" des services de renseignement. Il évoque à la place des "retards", tout en mettant en avant ses bons résultats en matière d'attentats évités sous sa direction. Il ne reconnaît, par ailleurs, pas de failles en ce qui concerne celui qui n'a pas été écarté. 

Il évoque des manques d'éléments pour constituer une accusation d'association de malfaiteurs et affirme qu'il n'a pas eu accès "aux informations sur le voyage au Pakistan" de Mohamed Merah effectué en 2011. À son retour de cette zone de jihad, Mohamed Merah n'aurait commis aucune infraction et serait passé entre les mailles du filet en se faisant discret. Bernard Squarcini assure également ne pas avoir été mis au courant des deux demandes de judiciarisation faites par les services toulousains de Christian Balle-Andui.

On reproche également à Bernard Squarcini cette expression - aujourd'hui démontée par les experts en terrorisme - de "loup solitaire". Dès le 23 mars 2012, au lendemain de l'assaut du RAID et de la mort de Mohamed Merah, le chef de la DCRI donne une interview au Monde dans laquelle il qualifie l'assassin de "solitaire", "auto-radicalisé" et "sans appartenance à un réseau". Une affirmation qui paraît invraisemblable, Merah ayant revendiqué ses attaques terroristes au nom d'al-Qaïda. Des notes déclassifiées montrent ses liens avec des groupes jihadistes à travers le monde. Il était par ailleurs considéré en "phase de radicalisation" depuis 2011. Bernard Squarcini, pour se défendre, mise sur une "mauvaise compréhension" du terme. "Mes propos ont été dénaturés par l’emballement médiatique. Il s’agit d’une expression technique, propre au renseignement", assure-t-il.

Depuis qu'il était fiché S, Mohamed Merah était suivi de près par Hassan (un brigadier de police dont le prénom a été modifié). Ce dernier a témoigné quelques heures avant Bernard Squarcini, anonymement. C'est lui qui était chargé de le surveiller et c'est lui qui a alerté sur son comportement en 2011, à son retour d’Afghanistan. C'est aussi lui qui va négocier avec Mohamed Merah, à la demande du jihadsite, pendant le siège du RAID. Une discussion (intégralement retranscrite par Libération) de 15 heures pendant laquelle Mohamed Merah va justifier ses crimes au nom de sa religion : "Le terrorisme est une obligation".

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