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Vente des Mistral à l'Égypte : au nom de la lutte antiterrorisme, François Hollande ferme les yeux sur al-Sissi

DÉCRYPTAGE - L'Élysée a annoncé la vente à l'Égypte des deux navires de guerre Mistral initialement prévus pour la Russie, mercredi 23 septembre 2015, plusieurs mois après la vente de 24 Rafale.

François Hollande et Abdel Fatah Al-Sissi lors d'une rencontre à Riyadh (Arabie Saoudite) en janvier dernier
François Hollande et Abdel Fatah Al-Sissi lors d'une rencontre à Riyadh (Arabie Saoudite) en janvier dernier Crédit : YOAN VALAT / POOL / AFP
Claire Gaveau
Claire Gaveau
Journaliste RTL

3 juillet 2013. Après plusieurs jours de manifestations sanglantes, l'armée égyptienne prend position dans les rues du Caire, s'empare de la télévision publique et annonce, par la voix d'Abdel Fattah al-Sissi, la destitution de Mohamed Morsi. Un coup d'État vivement critiqué par la France à l'époque. "La France condamne avec la plus grande fermeté les violences sanglantes intervenues en Égypte et demande un arrêt immédiat de la répression", avait notamment déclaré Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères. 

Depuis, la position de l'Élysée est bien différente alors qu'il vient d'annoncer la vente des deux Mistral, initialement prévus pour la Russie, mercredi 23 septembre. En novembre 2014, François Hollande reçoit le maréchal al-Sissi, élu président de la République le 28 mai 2014, au terme d'une élection au cours de laquelle il obtient 96% des votes. Une visite officielle largement contestée alors que les répressions et les arrestations se multiplient dans le pays arabe. Pourtant, François Hollande passe sous silence la question des droits de l'Homme et prône la poursuite du "processus de transition démographique".

L'Égypte, le nouvel ami de la France

Une rencontre qui marque le début d'une relation privilégiée avec l'Égypte. Car si de nombreux opposants contestent la dictature du maréchal al-Sissi, François Hollande ferme clairement les yeux sur la situation. L'objectif est tout autre pour le président français. Marchande d'armes, la France souhaite surtout vendre sa marchandise au pays étranger. Dans une situation géopolitique difficile au Moyen-Orient, l'Égypte est devenu un partenaire privilégié, malgré une situation économique compliquée.

Lundi 16 février, le PDG du constructeur français, Dassault Aviation, paraphe le contrat aux côtés d'Abdel Fattah al-Sissi et Jean-Yves Le Drian. La France vient de vendre 24 Rafale mais aussi d'une frégate multimission Fremm et de missiles air-air et de croisière. Un contrat estimé à 5,2 milliards d'euros, rendu possible notamment grâce au financement de l'Arabie Saoudite qui avait déjà acheté certains matériels militaires pour l'Égypte dans les années 1970. Si cela n'est pas officiel, les dessous de la vente des deux Mistral, initialement prévue avec la Russie, devraient être similaires alors que François Hollande avait été convié en grande pompe à l'inauguration du canal de Suez en août dernier. Ce nouveau contrat enlève une belle épine du pied su Président. Ce dernier devrait, selon lui, n'entraîner aucune perte financière par rapport au remboursement conclu avec Vladimir Poutine.

La lutte contre le terrorisme avant tout

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Mais cela dépasse la simple affaire financière à l'heure où le terrorisme est devenue une véritable obsession. Une vision géopolitique qui permet à François Hollande de contrer nombre de ses détracteurs dans cette relation avec l'Égypte. "Notre relation de défense symbolise enfin la reconnaissance par le France du rôle central que joue l'Égypte pour la sécurité dans la région (...) Tandis que se développent, en Afrique et aux Proche et Moyen-Orient, des menaces terroristes sans précédent, les forces armées égyptiennes apparaissent comme un facteur de stabilité incontournable", détaillait Jean-Yves Le Drian en juin dernier.

Une manière de légitimer cette position contestable alors qu'Amnesty International notait, en février dernier, entre 16.000 et 40.000 personnes emprisonnées depuis le coup d'État de l'armée égyptienne. Le classement de Reporters sans frontière va d'ailleurs dans ce sens, en plaçant l'Égypte à la 158e place, sur 180 pays recensés, dans le classement 2015 sur la liberté de la presse dans le monde.

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