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Syrie, Irak : pourquoi Daech est si difficile à arrêter

INTERVIEWS - Selon certains spécialistes, Bachar al-Assad ne remplirait pas totalement son rôle de "rempart" à Daesh. Une situation qui pourrait en partie expliquer l'avancée quotidienne de l'organisation islamiste.

Jihadistes de l'État islamique, le 17 mars 2014. (archives)
Jihadistes de l'État islamique, le 17 mars 2014. (archives) Crédit : AFP
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Cécile De Sèze
Journaliste RTL

L'État islamique (EI) ne cesse de progresser. Presque chaque semaine, les forces de l'EI grignotent un peu plus de terrain en Irak et en Syrie, pour souvent prendre d'assaut des points stratégiques (voir la carte ci-dessous). Mercredi 20 mai encore, les forces armées du président syrien, Bachar al-Assad, ont été contraintes d'abandonner face à Daech et ont ainsi perdu la cité archéologique de Palmyre. Une armée pourtant puissante et équipée.

Palmyre est "une ville stratégique géographiquement car elle ouvre la route vers Homs, voire vers Damas", la capitale, explique le spécialiste des mouvements jihadistes, Wassim Nasr, à France 24. Alors pourquoi les jihadistes du Califat auto-proclamé sont-ils si difficiles à vaincre ? "C'est une question qui se pose en ce moment", concède Wladimir Glasman, ancien diplomate et auteur du blog Un œil sur la Syrie

La carte des territoires contrôlés par l'État islamique
La carte des territoires contrôlés par l'État islamique Crédit : gil/dmk/abm, L. Saubadu/J-M. Cornu/G. Handysi / AFP

Le "jeu" de Bachar al-Assad favoriserait l'avancée de l'EI

Plusieurs hypothèses sont envisageables. D'abord, la discrétion des membres de l'EI assurée par des voitures civiles qui circuleraient la nuit. Une hypothèse qui laisse Wladimir Glasman sceptique car, vu leur nombre et leur arsenal, il faudrait beaucoup de véhicules et "on ne voit pas comment les Américains, avec leurs moyens, ne les ont pas remarqués", tout comme l'armée de Bachar al-Assad. D'autant qu'ils traversent une région à découvert, un désert, et non une jungle ou une forêt, dont la végétation pourrait les couvrir. 

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Deuxième possibilité pour expliquer ces difficultés : l'État islamique serait très lourdement armé. Comme le rappelle le spécialiste, les islamistes ont pu avoir accès au matériel sophistiqué de l'armée irakienne défaite à l'été 2014.  Enfin, pour Jean-Pierre Filiu, spécialiste de la Syrie, Bachar al-Assad n'est pas un bouclier face à Daesh, contrairement à ce qu'il clame à la communauté internationale. Selon l'historien, cité par Le Progrès, le chef de l'État "joue avec le feu" pour "qu'on se mobilise autour de lui"Une idée partagée par Wladimir Glasman qui juge, par ailleurs, les réactions internationales empreintes de "sagesse" en n'allant pas sauver le "lion" de Damas, contrairement à ce que pensent certains élus en France, comme Thierry Mariani à l'UMP.

La prise de Palmyre par Daesh semble alimenter cette thèse. L'émotion internationale autour des destructions redoutées de la cité archéologique montrent l'intérêt de l'Occident pour le patrimoine. Or, les troupes du régime syrien savaient depuis longtemps que les jihadistes étaient présents dans la zone, soutient Wladimir Glasman. 

Mais surtout, le régime en place n'a jamais montré d'affection particulière pour le patrimoine historique de son pays. Il pourrait ainsi se servir de la menace de destruction des monuments historiques par les islamistes, comme ils l'ont déjà fait dans le passé, pour renforcer son statut de victime et faire oublier ses propres actions contre sa population.

Quels remparts contre Daesh ?

Jean-Pierre Filiu prévient : "tant que l'on continuera à penser que Bachar al-Assad est le seul rempart entre nous et la barbarie, il y aura d'autres Palmyre". Selon lui, "les révolutionnaires à Alep et ailleurs" constituent le véritable rempart.

Une idée partagée par Wladimir Glasman pour qui le leader syrien ne peut être la solution à la lutte contre l'avancée du Califat, puisqu'il est "à l'origine du conflit". "Le dernier rempart, comme depuis longtemps, c'est de faire confiance aux Syriens, à la population, aux rebelles", assure-t-il avant d'affirmer que le peuple ne veut pas de l'État islamique dans son pays. 

Le dernier rempart, c'est de faire confiance aux Syriens, à la population, aux rebelles

Wladimir Glasman, ancien diplomate
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Le combat contre l'EI n'est toutefois pas la priorité du peuple syrien. Ce dernier souhaite d'abord combattre le régime qui le gouverne. C'est seulement après qu'il s'attaquera aux troupes islamistes. Mais pour vaincre leur ennemi numéro un, les Syriens auraient besoin de l'aide et du soutien matériels, et pas seulement idéologiques, de la communauté internationale.


Wladimir Glasman en est "convaincu", si la coalition leur assure une protection aérienne, les Syriens seront capables de chasser le groupe terroriste de leur territoire. D'autant qu'ils ont déjà infligé des défaites à Daesh, aux fin 2013 et début 2014.

Mais les groupes rebelles sont nombreux, et certains ont prêté allégeance à l'État islamique, ce qui n'est pas pour rassurer les chefs d'État internationaux. Pour l'ancien diplomate, plusieurs groupes rebelles l'ont fait "de manière temporaire et contrainte". Car, après Bachar al-Assad et l'État islamique, leur troisième ennemi est le "Front de Soutien à la Population syrienne des Moudjahidin syriens sur le Terrain du Djihad" en Syrie, plus connu sous le nom du Front Al-Nosra. La solution pour ces spécialistes : faire confiance au peuple syrien et le soutenir.

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INTERVIEWS - Selon certains spécialistes, Bachar al-Assad ne remplirait pas totalement son rôle de "rempart" à Daesh. Une situation qui pourrait en partie expliquer l'avancée quotidienne de l'organisation islamiste.
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2015-05-23 10:00:00
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