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"Regarder notre histoire en face" : pourquoi la visite de la ministre des Armées en Algérie ce 8-Mai est le symbole d’un dégel diplomatique

La ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, se rend vendredi 8 mai en Algérie avec un double objectif : renouer le dialogue avec Alger et incarner la volonté française d’apaisement après une crise diplomatique majeure. Entre gestes mémoriels à Sétif, retour de l’ambassadeur et reprise des échanges politiques, ce déplacement marque une étape clé dans le réchauffement des relations entre les deux pays.

Alice Rufo le 12 mars 2026 à Paris.

Crédit : Ludovic MARIN / AFP

Yasmine Boutaba & AFP

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Dès son annonce ce vendredi 8 mai, le déplacement d’Alice Rufo en Algérie a été présenté par l’Élysée comme un tournant. La ministre est chargée de "nouer des relations confiantes" et de "restaurer un dialogue efficace" avec Alger, après presque deux ans de tensions. Ce voyage ne se limite pas à une simple visite diplomatique. Il s'accompagne d’un signal fort : le retour sur place de l’ambassadeur de France, Stéphane Romatet, rappelé à Paris en avril 2025 en pleine crise. 

Le cœur symbolique de la visite se joue à Sétif, où Alice Rufo doit commémorer les massacres du 8 mai 1945. Ce choix n'est pas anodin : ces événements constituent une plaie encore vive dans la mémoire algérienne. Ce jour-là, la nouvelle de l’armistice traverse la Méditerranée, les locaux qualifiés d'"indigènes", dont une partie était membre de l'armée française, se joignent à la fête. 

Ces manifestations, légales, étaient l’occasion pour les militants de revendiquer des droits. Au cœur du cortège à Sétif, Bouzid Saâl, nationaliste algérien et militant anticolonial, brandit un drapeau algérien, strictement interdit dans l’espace public. Il est alors abattu, ce qui provoque une insurrection. Une répression sanglante des manifestants est finalement menée par l’armée française.

Le bilan reste débattu : de 1.500 à 20.000 morts selon les sources françaises, jusqu’à 45.000 selon les autorités algériennes. Ces massacres, qui se sont étendus à Guelma et Kherrata à l'est du pays, sont considérés comme une date fondatrice du mouvement national algérien.

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En se rendant sur place, la ministre française s’inscrit dans une démarche de reconnaissance mémorielle. L’Élysée a évoqué dans son communiqué ce vendredi la nécessité de regarder "la vérité de notre histoire en face", un message destiné à répondre à une attente forte du côté algérien. L'an dernier, l'Algérie réclamait "des excuses officielles" à la France pour "son passé colonial".

Une crise profonde née du dossier du Sahara occidental

Ce déplacement intervient après une période de tensions particulièrement aiguës. La crise diplomatique entre Paris et Alger éclate à l’été 2024, lorsque la France a apporté son soutien à un plan d’autonomie du Sahara occidental sous souveraineté marocaine.

Ce territoire, au statut non défini selon l’ONU, oppose depuis près de cinquante ans le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l’Algérie. En réaction, Alger avait immédiatement rappelé son ambassadeur en France.

Les tensions se sont ensuite aggravées avec plusieurs affaires sensibles : l’arrestation de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal en novembre 2024, puis la mise en examen en France d’un agent consulaire algérien dans une affaire d’enlèvement.

Les premiers signes d’apaisement depuis début 2025

Le déplacement d’Alice Rufo s’inscrit dans une dynamique de réchauffement amorcée ces derniers mois. En février, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez s’était déjà rendu en Algérie et avait rencontré le président Abdelmadjid Tebboune.

Depuis, plusieurs signaux positifs ont émergé : reprise des expulsions de ressortissants algériens en situation irrégulière, échanges entre les chefs de la diplomatie des deux pays, et volonté affichée de relancer la coopération consulaire.

Le président Emmanuel Macron lui-même a multiplié les gestes d’apaisement. Le lundi 27 avril, le président Macron avait adressé une pique aux tenants d'un bras de fer, qualifiés de "mabouls" qui veulent "se fâcher avec l'Algérie".

En bref, la ministre doit être reçue par les autorités algériennes pour évoquer "les prochaines étapes de la consolidation des relations". L’objectif affiché est clair : transformer les premiers signes d’apaisement en véritable normalisation durable. Le tout, sans oublier d'évoquer le cas du journaliste français Christophe Gleizes condamné à sept ans de prison en Algérie pour "apologie du terrorisme".

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