4 min de lecture Présidentielle américaine

Présidentielle américaine 2016 : la dynastie Rodham-Clinton et le syndrome de l'argent tabou

INFOGRAPHIE - La candidate démocrate a grandi dans une famille empreinte de revanche sociale, et où la réussite économique est à la fois glorifiée et fustigée.

Hillary Clinton et son mari Bill en 1994
Hillary Clinton et son mari Bill en 1994
Camille Kaelblen
Camille Kaelblen
Journaliste

Hypocrite, manipulatrice, opportuniste... Dans la bouche des détracteurs, les qualificatifs acerbes ne manquent pas pour désigner Hillary Clinton. Accusée de représenter une élite politique proche des pouvoirs économiques, la candidate démocrate à la Maison Blanche représente ce que beaucoup aiment détester : l'amour de l'argent et l'élitisme.
Pourtant, l'épouse de l'ancien président Bill Clinton est bel et bien un pur produit de la classe moyenne américaine. Des origines modestes que la candidate revendique d'ailleurs haut et fort, et qui font partie d'un storytelling bien huilé : celui d'une famille profondément imprégnée de la méritocratie, travailleuse, qui sait affronter l'adversité. Paradoxal ? Pas tant que cela, à bien y regarder.

Née en 1947, Hillary Clinton a grandi dans la banlieue de Chicago. Son père, Hugh Ellsworth Rodham, est un fervent républicain. Issu d'une famille de mineurs, il est devenu propriétaire d'une petite manufacture textile. Dorothy Rodham, sa mère, a été abandonnée par ses parents à l'âge de 8 ans et a été recueillie par des grands-parents autoritaires. À 14 ans, elle a quitté leur domicile et abandonné ses études pour devenir gouvernante, puis secrétaire.

Revanche sociale et tabou de l'enrichissement personnel

Peu avant son décès, Dorothy Rodham a affirmé au New York Times que son plus grand regret était de n'avoir jamais pu poursuivre ses études. Un désir de savoir qu'elle transmet à Hillary ainsi qu'à ses deux frères, Hugh et Jeff. "Ma mère mesurait sa vie en fonction de sa capacité à nous aider. Ne jamais se reposer sur ses lauriers. Ne jamais abandonner. Ne jamais arrêter d'oeuvrer pour rendre le monde meilleur. Ceci est notre affaire, et elle est infinie", écrit Hillary Clinton, qui déclare par ailleurs que "personne n'a eu autant d'influence sur la personne [qu'elle] est devenue" que sa mère.

Travailler, oui. Mais pourquoi ? Si le labeur est bien l'un des piliers qui caractérise les valeurs de famille Rodham, la question des objectifs qui poussent à autant oeuvrer n'est jamais complètement élucidée. "Il faut apprendre pour le plaisir”, répétait inlassablement Dorothy Rodham à ses trois enfants. “Il faut apprendre pour gagner”, répliquait alors Hugh Rodham, "en guise de plaisanterie", commentera Hillary Clinton au sujet de cette anecdote.

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Simple trait d'esprit ou véritable message caché adressé à ses enfants, la petite phrase de Hugh Rodham en dit long sur le rapport ambigü de la famille Rodham à la richesse matérielle. L'argent : une chose qui fascine autant qu'elle dégoûte, dont on ne parle que par allusion.

Les "frères Rodham", deux opportunistes dans le giron de Bill Clinton

Ce tabou de l'enrichissement personnel finit ainsi par rejaillir dans les parcours des enfants Rodham. Et notamment sur Hugh et Tony, qui ne cessent d'utiliser l'immense réseau de leur beau-frère pour établir leurs affaires, à l'ombre des médias. En 1993, alors que Bill Clinton est désormais à la Maison Blanche, les "frères Rodham", comme les surnomme la presse à l'époque, sont par exemple accusés d’avoir utilisé des dons faits par des entreprises pour financer des soirées inaugurales pour eux-mêmes, ainsi que des amis et des membres de la famille.

En 1999, un deuxième épisode peu commenté par les époux Clinton secoue de nouveau la Maison Blanche. Hugh et Tony Rodham se sont lancés dans une entreprise d'extraction et d'exportation de noisettes en Géorgie qui leur rapporte environ 118 millons de dollars. Mais leurs connexions avec Aslan Abashidze, opposant politique majeur dans ce pays qui est alors un enjeu central pour la politique extérieure américaine, crée des tensions en interneBill Clinton finit par convaincre les deux frères de son épouse de mettre un terme à leur collaboration, mais seulement après avoir essuyé de nombreux refus de leur part.

Vous ne voudriez entendre parler des frères Rodham dans aucun autre contexte que celui du golf.

Un officiel de la Maison Blanche au New York times, en 2001
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En 2001, alors que Bill Clinton arrivait à la fin de son second mandat, la presse américaine révèle également que Hugh Rodham a reçu environ 400.000 dollars pour services, notamment pour avoir obtenu le pardon présidentiel pour un homme d'affaires qui avait été condamné pour fraude, ainsi qu'une remise de peine pour le trafiquant de drogues Carlos Vignali.

Après le séisme à Haïti en 2010 le New York Times relate enfin que Tony Rodham a utilisé les contacts de la Fondation Clinton pour ouvrir une mine d’or sur l’île, et a également fait pression sur Bill Clinton pour obtenir des fonds. Son projet tourne cependant à l'échec, et finit par être révélé dans la presse américaine.

Une fortune tenue très secrète

Laisser sa fortune à l'ombre pour éviter les insolations : une tactique dont Hillary Clinton a, elle aussi, l'habitude. Alors que son opposant républicain, Donald Trump, fait sans vergogne l'étalage de ses richesses - certains experts soupçonnent même le magnat de l'immobilier d'exagérer l'étendue de sa fortune - Hillary Clinton, elle, se garde bien d'émettre la moindre allusion publique à ses comptes en banque. Le couple Clinton prétend même avoir "été sur la paille" et avoir contracté des dettes avant les deux mandats de Bill Clinton.

La candidate démocrate serait pourtant à la tête d'une fortune de plusieurs millions de dollars. De grosses ressources, et beaucoup d'opacité : dans le livre Clinton Cash, paru en 2015, l'auteur Peter Scheizer accuse notamment le couple d'avoir profité de la fonction qu'occupait Hillary Clinton entre 2009 et 2013 pour récolter de l'argent, par l'intermédiaire de conférences très onéreuses et de dons d'entreprises étrangères.

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2016-08-09 08:00:00
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