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Pourquoi l’Espagne a exhumé le dictateur Franco de son mausolée monumental

ÉCLAIRAGE - Le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez ne souhaite plus que ce mausolée, sans équivalent dans d'autres pays d'Europe occidentale ayant été dirigés par des dictateurs, soit un "lieu d'apologie" du franquisme.

Le lieu de sépulture du dictateur Franco, en Espagne
Le lieu de sépulture du dictateur Franco, en Espagne Crédit : OSCAR DEL POZO / AFP
Léa Stassinet
Léa Stassinet
et AFP

44 ans après la fin d'un régime dont les plaies ne sont toujours pas refermées, le dictateur Francisco Franco a été exhumé jeudi 24 octobre de son mausolée monumental et réenterré près de Madrid. 

Ordonnée par Franco en 1940 pour célébrer sa "glorieuse Croisade" catholique contre les républicains "sans Dieu", la construction du "Valle de los Caidos" ("La vallée de ceux qui sont tombés") a duré près de 20 ans et été réalisée par des milliers de prisonniers politiques. Ce complexe monumental est surplombé d'une croix de 150 mètres de haut, visible à des dizaines des kilomètres à la ronde.


Au nom d'une prétendue "réconciliation nationale", le "Caudillo" y avait fait transférer les corps de plus de 30.000 victimes de la guerre civile, des franquistes mais aussi des républicains, sortis de cimetières et de fosses communes sans que leurs familles en aient été informées. Depuis sa mort en 1975, sa tombe, située au pied de l'autel de la basilique, y était toujours fleurie.

Réinhumé aux dans un lieu plus discret

Arrivée en hélicoptère au cimetière de Mingorubbio, dans le nord de Madrid, sa dépouille embaumée a été réinhumée aux côtés de son épouse dans ce lieu plus discret où repose aussi le dictateur dominicain Rafael Trujillo, assassiné en 1961. Mais pourquoi avoir décidé de déplacer le corps de celui qui a dirigé l'Espagne d'une main de fer de 1939 jusqu'à sa mort en 1975 ?

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Dès son arrivée au pouvoir en juin 2018, le chef du gouvernement socialiste Pedro Sanchez avait fait de l'exhumation du dictateur de son mausolée situé près de Madrid, l'une de ses priorités, pour que ce mausolée, sans équivalent dans d'autres pays d'Europe occidentale ayant été dirigés par des dictateurs, ne puisse plus être un "lieu d'apologie" du franquisme.

Une opération retardée par les recours en justice

Cela met fin à un "affront moral", à une "anomalie pour une démocratie européenne", a déclaré Pedro Sanchez dans une allocution solennelle. Promise pour l'été 2018, l'opération a été retardée de plus d'un an par les recours en justice successifs des descendants du dictateur, qui avait pris en 1936 la tête d'un soulèvement militaire contre le gouvernement républicain élu et mené une répression sanglante après sa victoire.

Mais l'initiative fait grincer des dents sur le plan politique. À moins de trois semaines des législatives du 10 novembre, les détracteurs du chef du gouvernement, à droite comme à gauche, l'accusent d'en faire un argument électoral, alors qu'une semaine de manifestations violentes en Catalogne ont mis le socialiste en difficulté.

La droite et la gauche divisées sur le sujet

Le gouvernement de Pedro Sanchez agit sur la base d'un vote en 2017 du Parlement espagnol demandant l'exhumation de Franco, resté lettre morte en raison de l'opposition du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy (Parti populaire).


Depuis l'adoption en 2007 sous l'impulsion du socialiste Jose Luis Zapatero d'une "Loi de mémoire historique", la droite ne cesse d'accuser la gauche de vouloir rouvrir les blessures du passé qui sont loin d'être refermées.

Mariano Rajoy, au pouvoir de 2011 à 2018, se vantait publiquement de ne pas avoir dépensé un euro pour appliquer cette loi visant à faire retirer les vestiges de la dictature, à identifier les dizaines de milliers de corps jetés dans des fosses communes et à réhabiliter la mémoire des républicains vaincus et condamnés sous le franquisme. L'exhumation de Franco, qualifiée de "profanation" par l'extrême droite de Vox, a souligné ces divisions.

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