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Mafia : en Sicile, le vin n'a plus l'arrière-goût du crime

Depuis une vingtaine d'années, en Sicile, la lutte contre Cosa Nostra passe par la saisie des vignes des mafieux et leur reconversion. Le "Centopassi" qui appartenait au bras droit de Toto Riina est ainsi devenu l'un des vins les plus réputés de l'île. Mais il a fallu braver les menaces et les intimidations. C'est ce que nous raconte "Le Monde".

Illustration de vignes en Sicile
Illustration de vignes en Sicile
Crédit : ludovic MARIN / AFP
Le vin sicilien n'a plus l'arrière goût du crime
03:23
Isabelle Choquet

Partons en Sicile, goûter le vin de la mafia. Depuis une vingtaine d’années, la lutte contre Cosa Nostra passe par la saisie des vignes des mafieux, et leur reconversion, peut-on lire sur le Monde. Direction San Giuseppe Jato, petit bourg de 10.000 habitants à peine, à une heure de Palerme, niché entre les collines et la Méditerranée.

On y trouve plusieurs établissements d'agritourisme, des fermes, des vignes. Des exploitations pas tout à fait comme les autres : elles ont longtemps appartenu aux Brusca. Giovanni Brusca, c'était le bras droit de l’impitoyable parrain Toto Riina. Il a plus d’une centaine de meurtres à son actif. "Mais moins de 200", il a cru bon de préciser devant le juge. Brusca a traumatisé toute la région. On le surnommait "'u Verru", "le porc" en sicilien, ou encore "‘u scanna cristiani", "le tueur de personnes". 

Il est impliqué dans un attentat contre un juge antimafia et surtout, il a enlevé et tué un gamin de 12 ans seulement. C'était en 1996, il a dissous le corps dans une cuve d’acide nitrique. Cette année-là, il a été arrêté et condamné à la perpétuité. Depuis, San Giuseppe Jato et ses vignobles sont libres, les terres cultivables ont été saisies par l’Etat. 

Des menaces de mort reçues

Et elles sont réhabilitées par plusieurs associations, notamment Libera Terra : c'est la version agricole de Libera, qui est sans doute la plus célèbre des organisations antimafia. Le groupe a créé le vignoble Centopassi en hommage à un jeune communiste qui s'opposait à Cosa Nostra. Sa maison n'était qu'à cent pas de celle d’un chef mafieux, "cento passi". Il a été tué en 1978, attaché à des voies de chemin de fer. Aujourd’hui ce vignoble est l'un des plus réputés de l’île. Une renaissance inespérée. 
 
Car à la création de Centopassi en 2005, la Mafia sicilienne est encore puissante. Les familles de criminels règnent toujours sur les villages alentour. Du coup, difficile pour le vignoble de recruter des travailleurs. Et puis des incendies éclatent régulièrement sur l’exploitation. "Est-ce qu’on a reçu des menaces de mort ? Oui, c’est possible", dit l’un des créateurs du vin. 

"Ne touchez surtout pas à mes vignes"

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Dans toute la région, ce vignoble devient le symbole de la lutte contre la mafia. Les employés qui osent candidater acceptent des salaires inférieurs à la moyenne pour rejoindre l’aventure. Grâce aux premiers clients "engagés", les ventes décollent, on en est aujourd'hui à un million et demi de bouteilles dans près de vingt pays. 

C'est comme un nouveau coup asséné à Cosa Nostra, et peut-être l’un des plus efficaces, surtout en Sicile où la mafia a construit son pouvoir sur la terre. Selon un expert du crime organisé, pendant les interrogatoires les chefs mafieux s’inquiètent toujours de l’avenir de leurs propriétés. "Ils disent souvent : 'Mettez-moi en prison si vous voulez, ça ne me dérange pas, mais ne touchez surtout pas à mes vignes', ça les affecte beaucoup. » Economiquement, bien sûr, mais aussi symboliquement.

Aujourd'hui le vignoble de San Giuseppe Jato s'est installé dans la légalité et les soutiens de la Mafia au sein de la population ont progressivement disparu. Centopassi s’est taillé une place parmi les vins de qualité, certaines cuvées sont proposées dans les meilleurs restaurants de Rome ou de Milan et il a remporté plusieurs prix, dont celui du Gambero Rosso, la référence, le Gault et Millau italien. Le guide précise : "le vin peut être un moyen de rédemption pour une terre longtemps exploitée par la Mafia." Le nez et la robe, sans l’arrière-goût du crime. 

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