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"Le travail du journaliste, c'est de pousser les lignes rouges" : sur RTL, Siavosh Ghazi raconte son quotidien de correspondant en Iran

Correspondant permanent à Téhéran pour RFI et France 24, Siavosh Ghazi couvre l'actualité iranienne depuis près de trente ans. Invité de RTL ce jeudi 12 mars, il témoigne des conditions de travail et des défis auxquels il est confronté depuis le début de la guerre.

Siavosh Ghazi, correspondant permanent de RFI et France 24 à Téhéran en Iran

Crédit : RTL

Siavosh Ghazi, correspondant en Iran : "Le travail du journaliste, c'est de pousser les lignes rouges"

00:10:20

Marc-Olivier Fogiel & Jérémy Descours

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Depuis 28 ans, Siavosh Ghazi couvre l'actualité iranienne depuis Téhéran. Correspondant permanent pour RFI et France 24, il est l'une des voix francophones les plus sollicitées depuis le déclenchement de la guerre en Iran par les États-Unis et Israël, le 28 février dernier. 

Depuis les premières frappes américaines et israéliennes, Siavosh Ghazi intervient quotidiennement sur de nombreux médias pour expliquer l'évolution de la situation sur place. En plus de ses interventions pour RFI et France 24, il est régulièrement sollicité par France Télévisions, TF1, LCI, BFM, Radio France, Radio Canada, RTS (Suisse) et la RTBF (Belgique). Certaines journées, il peut enchaîner plus de 80 duplex depuis Téhéran. 

Invité de Marc-Olivier Fogiel, ce jeudi 12 mars, le journaliste a décrit un quotidien réglé avec précision pour suivre le rythme de l'actualité. Il explique que tout repose sur une organisation très stricte pour pouvoir passer d'une chaîne à l'autre.

Pour le journaliste, l'objectif est d'apporter à chaque passage à l'antenne un angle ou une information nouvelle, car l'actualité évolue très vite en période de conflit. "L'actualité est très rapide et change constamment en temps de guerre".

Des conditions de travail qui se sont durcies

Chaque journée commence très tôt. Le journaliste explique qu'il se lève vers 6h ou 6h15, après avoir dormi au moins quatre heures. "La première chose que je fais, c'est que je prends un café et ensuite je regarde les informations. Je prends quelques notes que je tape sur mon ordinateur. Et puis au fur et à mesure dans la journée, j'ajoute des éléments qui me permettent de renouveler, d'apporter des informations nouvelles à chaque fois", explique-t-il. 

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Interrogé par Marc-Olivier Fogiel sur la possibilité de continuer à faire du reportage dans les rues de Téhéran, Siavosh Ghazi explique que les conditions de travail se sont nettement durcies depuis le début de la guerre. "C'est un peu compliqué parce qu'il y a un quadrillage de la ville, beaucoup de barrages, beaucoup de miliciens armés dans la rue".

L'accès aux sites touchés par les bombardements est lui aussi très encadré. Siavosh Ghazi explique que les journalistes ne peuvent s'y rendre qu'avec l'accord des autorités, les lieux étant systématiquement surveillés par les forces de sécurité.

"Pour aller par exemple sur les sites de bombardement, il faut que ça soit coordonné par les autorités parce qu'à chaque fois sur ces sites, il y a des forces de sécurité qui sont là. Donc c'est très risqué. Alors qu'avant la guerre, on pouvait interroger les gens facilement dans la rue et donc il n'y avait aucun problème", explique-t-il sur RTL.

"Faire passer le message à 80%"

En Iran, les journalistes doivent obtenir une carte de presse délivrée par le ministère de la Culture pour pouvoir travailler. À cela s'ajoute une autorisation officielle qui limite leur activité à la province de Téhéran. Pour réaliser un reportage ailleurs dans le pays, une nouvelle autorisation des autorités est nécessaire.

Interrogé sur une éventuelle censure, Siavosh Ghazi explique qu'il n'existe pas de contrôle a priori de ses interventions en Iran, mais qu'un contrôle peut intervenir a posteriori.

Il souligne que certains mots peuvent poser problème une fois une intervention diffusée. "J'ai l'habitude, depuis que je travaille en Iran, de savoir choisir mes mots pour à la fois faire passer le message, et sans qu'on puisse me le reprocher ici même, mais aussi à l'extérieur, dans la diaspora iranienne, qui est très à cran sur tout ce qui vient depuis l'Iran. Donc, il faut faire attention des deux côtés et donc choisir ses mots pour faire passer un message qui est essentiel, même si le message ne passe pas à 100%. Ce qui est essentiel, c'est de faire passer le message à 80%".

Composer avec des "lignes rouges"

Siavosh Ghazi explique que son objectif est avant tout de ne pas relayer la propagande des différents camps. Selon lui, le pouvoir en Iran porte son propre discours, tout comme "les États-Unis, Israël, France ou encore certains groupes d'opposition à l'étranger".

Le journaliste insiste donc sur la nécessité de rester "factuel" et "précis", en choisissant soigneusement ses mots pour "transmettre l'information autant que possible". Il indique continuer à couvrir à la fois les manifestations d'opposition et la guerre, tout en composant avec des "lignes rouges" imposées par le contexte.

"Le travail de tout journaliste dans une situation comme en Iran, c'est de pousser les lignes rouges de plus en plus loin pour pouvoir transmettre une information correcte", ajoute-t-il. Il affirme n'avoir reçu aucune remarque particulière de la part des autorités ces dernières années, à une exception près. Siavosh Ghazi rappelle avoir été brièvement arrêté en 2022 alors qu'il couvrait le mouvement Femmes, Vie, Liberté en Iran.

"J'ai été interpellé il y a quelques jours dans la rue par des gens de sécurité qui m'avaient demandé de leur montrer les papiers. Donc, comme à chaque fois, il faut expliquer, il faut attendre qu'ils fassent des vérifications pour qu'on puisse régler le problème. Sinon, si on s'énerve, ça peut aggraver la situation encore davantage".

"J'espère pouvoir continuer"

Siavosh Ghazi est né en Iran où il a grandi avant de partir pour la France à l'âge de 14 ans, sans parler un mot de français. Depuis l'Hexagone, il étudie l'histoire et les sciences politiques à la Sorbonne. 

Après ses études et l'obtention de la nationalité française, il repart à Téhéran. Nous sommes en 1998. Concernant sa vie quotidienne, il explique que sa femme le soutient autant sur le plan moral que pratique. "En fait, elle me soutient, à la fois moralement, mais aussi tous les jours, on m'apporte des cafés, de l'eau. Quelquefois, elle vient avec moi sur des lieux de reportage. Elle me donne du courage".

Interrogé sur la durée possible du conflit et sur sa capacité à maintenir un rythme de travail aussi intense, Siavosh Ghazi explique que l'actualité lui donne de l'énergie et un sens à son travail. 

"Cette situation, qui marque une page de l'histoire de l'Iran, me donne beaucoup d'énergie. Je pense que c'est pour ça que je tiens. Je n'ai pas le temps de me reposer, et j'espère pouvoir continuer, car il est important de transmettre l'information. Il faut dire ce qui se passe pour la population qui vit sous les bombes. Une population désœuvrée, écrasée par la crise économique et l'inflation depuis de nombreuses années à cause des sanctions, mais aussi à cause d'une corruption qui gangrène l'économie iranienne".

Malgré cette pression, il insiste sur la nécessité de témoigner de la réalité quotidienne des Iraniens. "Une majorité de gens n'ont pas d'avenir, surtout les jeunes, qui seront totalement désespérés lorsque cette guerre se terminera".

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