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Le Canada peut-il perdre l’Alberta ? La province pétrolière se prononce sur un futur référendum d’indépendance aux lourdes conséquences

Les habitants de l'Alberta, une riche province pétrolière du Canada, sont appelés aux urnes ce lundi 19 octobre sur leur envie ou non d'indépendance. Un scrutin très important pour le Premier ministre, qui veut un pays uni en pleine guerre commerciale avec les États-Unis.

Une manifestation pro indépendantiste à Edmonton, Alberta (Canada) le 17 octobre 2026.

Crédit : Megan Albu / AFP

Marine Langlois & AFP

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"L’Alberta doit rester une province du Canada ?"  C'est à cette question que les habitants de cette province canadienne vont devoir répondre lundi 19 octobre, pour la future tenue ou non d'un futur référendum d'indépendance. Les résultats devaient être connus mardi matin mais il y a peu de chances que le oui l'emporte : selon les enquêtes d'opinion, moins de 25% des cinq millions d'habitants de cette province de l'ouest du Canada se disent en faveur d'une sécession.  


Ce vote reste néanmoins un véritable test pour l'unité du pays, qui est en pleine guerre commerciale avec les États-Unis. Le Premier ministre Mark Carney, qui a grandi dans l'Alberta, a incité à aller voter, mettant en garde contre une surmobilisation des partisans de la sécession.

"Le Canada mérite qu'on se batte pour lui. Et ça, ça veut dire être présent, aller voter. Les sondages ne votent pas, ce sont les gens qui votent. (...) Ne laissez personne vous dire que les jeux sont faits. Le niveau de participation déterminera le résultat", a affirmé jeudi le Premier ministre. "Un vote contre le Canada serait un bluff dangereux (...) Votez comme si le Canada en dépendait car c'est le cas". 

97% des réserves de pétrole du pays

Car la province d'Alberta est essentielle au Canada : elle produit 97% des réserves de pétrole du pays (extrait de sables bitumineux), représentant 12% des réserves mondiales de pétrole. Un véritable atout pour Mark Carney qui veut devenir plus indépendant vis-à-vis des États-Unis. Les revenus de la province ont d'ailleurs drastiquement augmenté avec la flambée des prix du pétrole en raison de la guerre au Moyen-Orient. Selon RFI, un excédent de deux milliards de dollars est prévu pour 2026 - 2027, alors qu'un déficit de neuf milliards de dollars était attendu. 

Ces richesses sont justement au centre des revendications des séparatistes qui affirment que l'État fédéral a étouffé l'industrie pétrolière avec ses réglementations environnementales sous le mandat de l'ancien Premier ministre Justin Trudeau, leur bête noire. "Nous nous sentons volés, floués, maltraités", a déclaré à l'AFP Sandy Martel, 61 ans, dirigeante d'une petite entreprise à Spruce Grove. "Il est temps de se lever et de dire stop", a-t-elle ajouté samedi lors d'un rassemblement séparatiste devant le parlement provincial à Edmonton, la capitale de la province. 

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Rompant avec son prédécesseur Justin Trudeau, Mark Carney a fait de la construction d'un nouvel oléoduc reliant l'Alberta à la côte Pacifique un pilier de sa stratégie visant à réduire la dépendance du Canada à l'égard des États-Unis. Cet oléoduc doit permettre d'exporter massivement du pétrole vers l'Asie. 

Le Brexit dans tous les esprits

Marginal il y a quelques années encore, le mouvement séparatiste est parvenu en mai à recueillir suffisamment de signatures pour déclencher un référendum d'initiative populaire sur l'indépendance, avant qu'un juge local ne l'annule pour des motifs constitutionnels. Mais la dirigeante conservatrice de la province, Danielle Smith - opposée à l'indépendance mais dont le parti compte des séparatistes dans ses rangs - a décidé d'organiser sa propre consultation. 

Sa décision de faire voter lundi les Albertains, afin d'apaiser la frange séparatiste de son parti, est comparée par des analystes au pari fait par l'ancien Premier ministre britannique David Cameron avec le référendum sur le Brexit de 2016. Mark Carney était alors à la tête de la Banque d'Angleterre. "À l'époque, la signification du Brexit n'était pas claire", a-t-il dit jeudi, mais durant les années suivantes "une énorme incertitude a régné, les investissements se sont arrêtés". 

Au-delà de l'Alberta, le Premier ministre canadien est confronté à d'autres velléités indépendantistes dans la province francophone du Québec où le Parti québécois, victorieux des élections provinciales début octobre, veut organiser un nouveau référendum sur l'indépendance. 

Des accusations d'ingérence américaine

Les derniers mois ont été marqués par la manipulation de contenus sur les réseaux via l'intelligence artificielle et par des allégations d'ingérence américaine, amenant des experts à mettre en garde contre de possibles contestations du résultat du scrutin. "Il est probable qu'une partie de la population perçoive ce scrutin comme volé ou injuste", juge Aengus Bridgman, directeur du Media Ecosystem Observatory (MEO) à l'Université McGill de Montréal. 

Mark Carney a dit qu'il attendait des gouvernements étrangers, "dont les États-Unis", qu'ils n'interfèrent pas dans ce scrutin alors que les contacts entre l'administration Trump et des séparatistes de l'Alberta, reçus au département d'État, ont provoqué des remous au Canada. Elon Musk s'est lui aussi permis d'intervenir dans le débat en appelant l'Alberta à se "séparer" du Canada. 

Le référendum compte 10 questions, dont certaines liées à la gestion de l'immigration. Tous les regards sont néanmoins portés vers la question 10 qui propose deux options : rester une province du Canada ou confier au gouvernement provincial le mandat d'organiser un référendum contraignant sur l'indépendance. 

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