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Le Premier ministre canadien Mark Carney salue la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, après avoir prononcé un discours dans l'hémicycle du Parlement européen à Strasbourg, le 17 septembre 2026.
Crédit : Jean-Christophe VERHAEGEN / AFP
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Le 16 septembre, Ursula von der Leyen a proposé au Canada de devenir le premier "membre associé" de l'Union européenne. Une formule encore très floue puisque ce statut n'existe tout simplement pas dans les traités européens. Derrière l'expression, Bruxelles et Ottawa cherchent néanmoins à construire une relation allant bien au-delà du libre-échange.
"C'est une idée plutôt qu'un concept juridique. L'idée, c'est de donner certains droits, privilèges et responsabilités, mais pas tous les droits, privilèges et responsabilités de l'adhésion à l'Union européenne soit dans tous les secteurs, soit dans certains secteurs", explique à RTL.fr Frédéric Mérand, professeur et directeur du département de science politique de l'Université de Montréal.
Si l’expression est déjà employée dans certains programmes européens, elle ne correspond pas à un statut politique défini. "C'est un concept qui reste à inventer", assure l'universitaire. "Peut-être que ce n'est pas ce terme qui sera utilisé à la fin", précise-t-il.
L’ambition affichée par Ursula von der Leyen c'est de construire avec Ottawa "la forme d'association la plus étroite qui soit avec un partenaire hors d'Europe". Les modalités restent à imaginer et devraient notamment être discutées lors du sommet entre le Canada et l'Union européenne prévu les 29 et 30 octobre à Montréal.
Une chose semble déjà acquise, le Canada ne deviendra pas le 28ᵉ État membre de l'Union européenne. Ottawa ne cherche d'ailleurs pas à obtenir une adhésion pleine et entière. Le futur partenariat devrait plutôt compléter les accords qui lient déjà les deux parties. "On sait que ce n’est pas l’adhésion et on sait que c’est plus qu’un accord de libre-échange", résume Frédéric Mérand.
Plusieurs scénarios sont donc possibles. Le rapprochement pourrait se limiter à un grand pacte politique et stratégique sans bouleverser le fonctionnement de l'Union. Il pourrait aussi se traduire par une série de nouveaux accords sectoriels, permettant au Canada de participer plus étroitement à certaines politiques européennes. "C'est une volonté stratégique d'aller plus loin, mais encore une fois, ça pourrait prendre une forme qui reste tout à fait à définir", assure-t-il.
L'hypothèse la plus ambitieuse, celle d'une modification en profondeur des institutions européennes pour y faire une place spécifique au Canada, paraît à ce stade beaucoup plus difficile.
D'autres pays, comme la Suisse ou la Norvège, entretiennent déjà une relation particulière avec l'Union européenne. Mais pour le professeur de science politique, ces modèles restent difficilement transposables au Canada. "On peut difficilement imaginer une intégration aussi poussée du Canada. (...) Un accès total au marché intérieur pour le Canada est difficilement imaginable", explique-t-il.
L’économie canadienne reste profondément intégrée au marché nord-américain. Pour accéder pleinement au marché unique européen, Ottawa devrait se rapprocher considérablement des réglementations et des normes européennes. Or, dans de nombreux domaines, les standards canadiens sont historiquement davantage alignés sur ceux des États-Unis. "Ça représenterait un défi extrêmement important", souligne Frédéric Mérand.
Ce futur statut pourrait donc être conçu sur mesure, autour des secteurs dans lesquels Européens et Canadiens veulent renforcer leur coopération. Ursula von der Leyen a notamment cité la défense, l'énergie et les technologies parmi les domaines concernés.
Ce rapprochement n'est pas né en quelques mois. Le Canada et l'Union européenne approfondissent leurs relations depuis des années, notamment depuis la signature du CETA en 2016. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et l'arrivée de Mark Carney au pouvoir au Canada ont considérablement accéléré le mouvement.
"S’il n’y avait pas Trump, il n’y aurait pas ce niveau d’intérêt des deux côtés de l’Atlantique", estime Frédéric Mérand. Mark Carney a placé la diversification des partenariats internationaux du Canada au cœur de sa stratégie. Le Premier ministre canadien défend l’idée d’une "alliance des puissances moyennes", explique l'universitaire. "La lecture de Carney, c'est que le seul moyen de résister à la domination américaine, et de Trump en particulier, c'est que les puissances moyennes s'allient les unes avec les autres et il a dit, et ça commence par l'Union européenne", ajoute-t-il.
La défense en fournit déjà une illustration. Le Canada se tourne davantage vers l'Europe pour ses équipements et sa coopération militaire. Ottawa a d'ailleurs signé le 14 février 2026 un accord d'adhésion au programme SAFE, un dispositif européen de 150 milliards d'euros, sous forme de prêts à taux avantageux, pour financer l'achat commun d'équipements militaires.
L'Union européenne n'a pas beaucoup d'amis dans le monde.
Frédéric Mérand, professeur et directeur du Département de science politique de l'Université de Montréal
L'intérêt n'est pas à sens unique. Pour l'Union européenne, le Canada représente aussi un partenaire particulièrement proche politiquement dans un environnement international devenu plus instable. "L’Union européenne n’a pas beaucoup d’amis dans le monde. Elle en a de moins en moins", analyse Frédéric Mérand.
Avec Ottawa, Bruxelles peut compter sur un partenaire avec lequel les relations sont relativement simples et qui partage son attachement affiché au multilatéralisme, à la démocratie et à l'État de droit. "L'idée européenne, ce serait de pouvoir faire la même chose avec peut-être la Corée du Sud, le Japon, l'Australie. Mais jusqu'à maintenant, disons que c'est le Canada, c'est le pays qui a répondu présent", conclut-il.
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