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"Je sais maintenant qu'il est en vie" : comment des dissidents russes permettent aux prisonniers ukrainiens de parler à leurs familles

Selon Kiev, environ 7.000 à 8.000 militaires ukrainiens sont actuellement détenus dans des prisons en Russie. RTL a pu rencontrer une dissidente russe en exil qui leur permet de garder le contact avec leurs proches.

Ces deux téléphones portables permettent à des prisonniers ukrainiens de discuter avec leur famille

Crédit : RTL

Comment un réseau d'opposants russes en exil permet discrètement à des prisonniers ukrainiens de parler à leur famille

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Nicolas Burnens

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Cette rencontre se déroule dans un appartement, quelque part, dans l'Est de la France. Le lieu est tenu secret. Anastasia est assise sur un canapé. Deux téléphones portables sont posés sur une table. Le numéro de son organisation circule au sein des détenus ukrainiens. L'un d'eux appelle depuis sa prison. 

"Les détenus peuvent utiliser une ligne fixe en prison. Ils ont seulement le droit d'appeler des numéros de portables russes. Il est interdit d'appeler des numéros ukrainiens. J'appelle alors leur famille avec cet autre téléphone. Ils peuvent s'entendre et parler ensemble", explique la dissidente russe qui a rejoint la France il y a déjà plusieurs mois. 

La femme rapproche les deux appareils, active le haut-parleur. La conversation peut commencer. Cette opposante politique russe reçoit une vingtaine d'appels par jour. "Quand j'étais assignée à résidence en Russie, j'avais l'impression que personne ne se souvenait de moi, comme si ma vie avait disparu. Je comprends pourquoi c'est si important qu'ils ne se sentent pas oubliés, qu'ils aient l'illusion que leurs familles est à côté d'eux", précise l'opposante. 

Je comprends pourquoi c'est si important qu'ils ne se sentent pas oubliés, qu'ils aient l'illusion que leurs familles est à côté d'eux

Anastasia, opposante russe exilée en France

Ce réseau d'opposants russes en exil, implantés dans plusieurs pays européens, est en contact avec près de 800 soldats ukrainiens emprisonnés en Russie. Ils échangent des lettres en détention et permettent aussi parfois à leurs familles de pouvoir leur envoyer des colis en prison. 

Des conversations téléphoniques écoutées par les gardiens

RTL a pu écouter ces appels téléphoniques qui peuvent durer jusqu'à une quinzaine de minutes, le maximum autorisé en prison. Ces conversations sont tolérées par les gardiens mais elles sont systématiquement écoutées. Les détenus font donc attention aux mots qu'ils prononcent. 

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Dima est âgé de 25 ans. Ce soldat ukrainien est détenu depuis 4 ans à la prison de Saratov dans l'Ouest de la Russie. Ce lieu de détention est connu pour les mauvais traitements infligés aux prisonniers. Le militaire téléphone à sa mère une fois par semaine : 

- Salut Maman !
- Salut ! Comment ça va aujourd'hui ? 
- Ça va, je pense que je suis malade. Il fait très chaud pendant la journée, et on a vraiment froid la nuit. J'ai terminé de lire mon livre. Je vais aller à la bibliothèque après le déjeuner pour prendre quelque chose de nouveau à lire. Je n'ai pas le droit de faire de sport pour l'instant. Comment va Papa ?
- Ça va, tranquillement. Il n'a pas emmené les enfants à l'école aujourd'hui. Il y a les cours à distance en raison des bombardements. 
- On se rappelle dans quelques jours. 
- D'accord mon chéri. Je t'aime !
- Je t'aime Maman !

Chercher une preuve de vie

Pour les familles ukrainiennes, ces conversations téléphoniques qui semblent ordinaires sont souvent le seul moyen pour elles de savoir si leur proche est toujours vivant. 

Svetlana est par exemple restée des années sans nouvelles de son fils Oleg. Agé de 26 ans, ce membre du régiment Azov a été capturé en mai 2022 lors de la bataille de Marioupol. Le jeune homme est aujourd'hui emprisonné dans un centre de détention de la ville russe d'Orenbourg près de la frontière avec le Kazakhstan.

Des prisonniers de guerre ukrainiens descendent d'un car pour rentrer chez eux après avoir passé des mois dans une prison russe en 2025.

Crédit : PAULA BRONSTEIN / GETTY IMAGES EUROPE / GETTY IMAGES VIA AFP

Cette mère de soldat a reçu un premier appel la semaine dernière. "Il m'a raconté qu'il vit dans un baraquement avec une cinquantaine de personnes. Les hommes sont battus. il y a des cas de tuberculose dans la prison. Il est blessé et il n'a plus de médicaments. Cela faisait 5 ans que je n'avais pas entendu sa voix. C'est mon unique enfant. Je sais maintenant qu'il est en vie. Grâce à Dieu, je veux juste le revoir, vivant", explique-t-elle auprès de RTL.

Cela faisait 5 ans que je n'avais pas entendu le son de la voix de mon fils

Svetlana, une mère de soldat ukrainien emprisonné en Russie

Cette mère de soldat attend maintenant que le nom de son fils figure, un jour, sur une liste d’échange de prisonniers. Et qu'elle puisse enfin, le revoir, de retour, en Ukraine. 

À ce jour, un peu plus de 9.048 Ukrainiens, majoritairement des militaires ont été ramenés en Ukraine dans le cadre d'échanges de prisonniers.

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