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Immigration : en Suède, le mystère des enfants endormis qui interroge le pays

Plusieurs enfants immigrés sont plongés dans une apathie généralisée que les médecins peinent à expliquer. Ils évoquent un "syndrome de la résignation".

Un drapeau de la Suède (illustration)
Un drapeau de la Suède (illustration)
Crédit : JOHN MACDOUGALL / AFP
Immigration : en Suède, le mystère des enfants endormis qui interroge le pays
03:40
Immigration : en Suède, le mystère des enfants endormis qui interroge le pays
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Isabelle Choquet

Voilà une étrange affaire. Le mystère des enfants endormis de Suède. Un mystère qui reste sans réponse. Depuis une vingtaine d'années, des centaines de jeunes réfugiés sont tombés dans un état d’apathie généralisé, ils semblent dormir, et personne ne sait les guérir. 

Nous sommes à Horndal, au nord de Stockholm, dans la chambre de Nola. La gamine d’une dizaine d’années est allongée sur son lit. Cinq personnes viennent d’entrer dans la pièce mais elle n’a pas bougé. Pas l’ombre d’une réaction. Elle est parfaitement immobile, les yeux clos, presque paisible . "Elle est comme ça depuis plus d’un an et demi", dit le médecin de famille. Sur un autre lit, il y a Helan, la sœur aînée. Malade elle aussi. Elle ouvre les yeux une seconde puis les referme. Pas plus. Seul le petit frère est épargné. 

Chaque jour, quelqu’un fait la toilette des filles et les habille, pour qu’elles continuent de percevoir le temps qui passe. Mais Nola ressemble à une princesse endormie pour cent ans, le teint pâle, les mains jointes sur le ventre. Seul signe de vie, sa poitrine qui monte et descend doucement. Et la sonde nasogastrique qui permet de l'alimenter.

Le "syndrome de la résignation"

Les débuts de la maladie sont généralement insidieux. Les enfants développent des symptômes dépressifs, d’abord ils cessent de jouer avec les autres puis ils abandonnent totalement le jeu. Ils se replient sur eux-mêmes, ils parlent de moins en moins, et finissent par ne plus dire un mot. Puis ils restent couchés. Et finalement, ils décrochent, ils se coupent du monde.

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Évidemment certains ont été hospitalisés, et ils ont subi des batteries d’examens. Tout est normal. Les électroencéphalogrammes sont en totale contradiction avec cet état d’inconscience apparente, il y a des cycles veille/sommeil tout à fait normaux. Ce n’est pas un coma, car le cerveau répond aux stimuli extérieurs. Ce n’est pas non plus un "sommeil", le sommeil c'est naturel. Les réflexes sont bien là, les muscles ne sont pas atrophiés, le rythme cardiaque un peu élevé. Ça ne ressemble à rien. 

Dans le meilleur des cas, ça dure quelques mois, le plus souvent des années, parfois c'est sans fin. Évidemment, on a bien envisagé que ce soit du chiqué. Mais des petits de 7 ans qui ne réagissent pas pendant des semaines sous observation... aucun enfant n’est capable de simuler ça. Faute de mieux, les médecins suédois ont fini par appeler ça "uppgivenhetssyndrom", le “syndrome de la résignation”. 

L'espoir comme remède

En fait, tout le monde voit bien pourquoi les enfants tombent malades. Car ce syndrome ne frappe pas au hasard, il ne touche que les familles demandeuses d’asile. Celle des filles vient de Syrie, ce sont des yézidis, avant la Suède ils n’ont connu que la violence, les persécutions.

Et depuis leur arrivée, la guerre a éclaté dans leur pays. C’est là que Nola a commencé à se replier. Comme par peur de rentrer. Chez Helan, les symptômes sont apparus à la troisième demande rejetée, quand la famille a reçu l’ordre de quitter la Suède. La cause semble entendue, mais le mystère demeure : pourquoi pas les adultes ? Pourquoi seulement en Suède ? Pourquoi certaines ethnies plus que d’autres, les Yézidis, les Ouïghours, les anciens pays soviétiques. 

Plusieurs pistes sont explorées : les hormones et les neurotransmetteurs, les traumatismes de la petite enfance. Mais le syndrome de résignation semble surtout déclenché par le désespoir. La longueur des procédures suédoises, les espérances déçues, le découragement, la terreur.

Le seul remède, c’est donc l’espoir. Un psychologue confirme : quand une autorisation de séjour est délivrée, les enfants se réveillent, pas du jour au lendemain mais ils reviennent peu à peu. Et ils vivent ensuite une vie tout à fait normale. L'une de ces rescapés fait aujourd'hui des études de droit. Sur sa période de léthargie, elle explique qu’elle se sentait "comme dans un rêve dont elle ne voulait pas se réveiller". Un rêve en préfabriqué pour échapper à un cauchemar bien réel.

Le mystère des enfants endormis, à lire sur le site de Courrier International. 

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