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Guerre en Iran : "Nous ne serons pas complices", pourquoi la position de l’Espagne tranche en Europe

Refus d’utiliser ses bases militaires pour les opérations américaines contre Téhéran, condamnation ferme des frappes et bras de fer verbal avec Donald Trump : Madrid assume une ligne de rupture. Le Premier ministre Pedro Sánchez revendique un cap clair, "non à la guerre", au nom du droit international, quitte à s’exposer aux représailles commerciales dont les menace Donald Trump.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez le mercredi 4 mars 2026

Crédit : Borja Puig de la Bellacasa / LA MONCLOA / AFP

Yasmine Boutaba

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La position du gouvernement espagnol est sans ambiguïté. Dans une allocution prononcée le mercredi 4 mars, Pedro Sánchez a déclaré sans détours : "Non à la guerre" et assuré que son pays ne serait "pas complice de quelque chose qui est mauvais pour le monde et contraire à nos valeurs et à nos intérêts, simplement par peur des représailles". 

Le chef du gouvernement socialiste a condamné les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, les qualifiant "d’intervention militaire injustifiée et dangereuse, en dehors du droit international". "Nous devons tirer les leçons de l’histoire, on ne peut pas jouer à la roulette russe avec le destin de millions de personnes", a-t-il insisté, estimant qu’"il n’en sortira pas un ordre international plus juste".

Deux jours plus tôt, le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares a assuré le lundi 2 mars que, "d’après toutes les informations" dont il dispose, les bases militaires situées en Andalousie "ne sont pas utilisées" pour des opérations contre Téhéran. "Le gouvernement espagnol n’autorisera pas l’utilisation des bases pour quoi que ce soit qui dépasse l’accord ou qui soit incompatible avec les Nations unies", a-t-il affirmé.

Les bases militaires Rota et Morón conjointement par les États-Unis et l’Espagne au cœur des tensions

Au centre du bras de fer : la base navale de Rota et de la base aérienne de Morón. Utilisées conjointement par les États-Unis et l’Espagne dans le cadre d’un accord bilatéral, elles demeurent sous souveraineté espagnole.

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La ministre de la Défense Margarita Robles a précisé qu’elles "n’apporteraient pas de soutien", sauf si cela s’avérait "nécessaire d’un point de vue humanitaire". Madrid assure que ni transit ni opération liés aux frappes contre l’Iran n’y ont été autorisés.

Le gouvernement espagnol n'autorisera pas l'utilisation des bases pour quoi que ce soit qui dépasse l'accord ou qui soit incompatible avec les Nations unies.

José Manuel Albares, ministre des Affaires étrangères espagnol

Cette position tranche avec celle des autres pays européens. Le dimanche 1er mars, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni se sont dits prêts à prendre "des mesures pour défendre (leurs) intérêts et ceux de (leurs) alliés dans la région", évoquant des "actions défensives nécessaires et proportionnées", tout en maintenant l’accès américain à leurs infrastructures militaires dans le cadre de leurs accords de défense.

Les menaces commerciales de Donald Trump

La réaction de Washington ne s’est pas fait attendre. Depuis la Maison Blanche, Donald Trump a menacé le mardi 3 mars, de "cesser tout commerce avec l’Espagne", dénonçant un pays "très, très peu coopératif" et "le seul de l’Otan" à ne pas consacrer 5% de son PIB aux dépenses militaires, conformément à l’objectif poussé par les États-Unis.

"L’Espagne a été terrible", a-t-il lancé, reprochant à Pedro Sánchez de refuser l’accès des forces américaines aux bases andalouses pour leur campagne contre l’Iran.

Dans un communiqué, le gouvernement espagnol a répliqué en se présentant comme "un partenaire commercial fiable pour 195 pays", dont les États-Unis. Si l’administration américaine souhaite revoir la relation commerciale, elle devra le faire "dans le respect de la légalité internationale et des accords bilatéraux entre l’Union européenne et les États-Unis", prévient Madrid, qui assure disposer "des ressources nécessaires" pour amortir d’éventuels impacts.

Une cohérence diplomatique assumée

Cette fermeté s’inscrit dans une ligne diplomatique déjà affirmée par Madrid ces derniers mois. Sur le conflit à Gaza, l’Espagne a été l’un des pays européens les plus critiques envers Israël. En mai 2024, elle a reconnu l’État de Palestine aux côtés de l’Irlande et de la Norvège, appelant à un cessez-le-feu immédiat.

En septembre 2025, Pedro Sánchez a annoncé une série de mesures "pour mettre fin au génocide", dont un embargo sur les ventes d’armes à Israël et l’interdiction d’accueillir dans les ports espagnols des navires transportant du carburant destiné à l’armée israélienne. En janvier 2026, il s’est dit prêt à envoyer des soldats "en Palestine" pour une mission de maintien de la paix, comme il a aussi envisagé de le faire en Ukraine.

Sur la guerre déclenchée par la Russie en février 2022, Madrid a adopté un soutien ferme à Kiev et aide militaire substantielle. En décembre 2025, l’Espagne a envoyé un nouveau paquet d’aide d’une valeur de 615 millions d’euros, dont environ 300 millions en équipements de défense, dans le cadre de son accord bilatéral de sécurité avec l’Ukraine.

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