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États-Unis : à la frontière mexicaine, entre espoir des migrants et trafic des cartels

REPORTAGE - Ils rêvent tous d'une vie meilleure. Depuis l'investiture de Joe Biden chaque mois 100.000 migrants arrivent illégalement au sud des États-Unis. La police des frontières en expulse près de la moitié. Les autres devront attendre une décision de la part d'autorités débordées.

Un membre de la National Guard contrôle des migrants traversant le Rio Grande, le 19 juin 2021
Un membre de la National Guard contrôle des migrants traversant le Rio Grande, le 19 juin 2021
Crédit : Brandon Bell / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
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Lionel Gendron - édité par Thomas Pierre

Dans la vallée du Rio Grande, pour me conduire au point de passage, Michele et son mari, le pasteur Luis Silva. Depuis le mois de mars, presque chaque nuit, ils traversent ce chemin de terre sur un kilomètre. Premier indice, en éclairant le sol des dizaines de bracelets en papier.  "Vous ne pouvez pas traverser le fleuve sans avoir ces bracelets fournis par les passeurs. Ça prouve qu'ils ont payé leurs passages", explique-t-elle. Entre 750 et 2.000 dollars selon les pays et les tarifs des cartels. 

Sur le chemin, nous croisons un premier groupe de migrants, des adultes le pas pressé. Ils accélèrent juste le temps de leur demander ce qu'ils espèrent ici. "Survivre", nous dit cette femme. Quelques mètres plus loin, depuis la rive américaine du Rio Grande, on aperçoit une lumière en mouvement. Un bateau pneumatique arrive. La traversée est rapide : moins de 100 mètres entre les deux pays. 

Et les passeurs préviennent : il y a des enfants à bord. Une menace en guise d'assurance. Si des gardes frontières interviennent, les enfants pourraient se noyer, car personne n'a de gilet de sauvetage. Cinq adultes et quatre enfants de moins de cinq ans posent le pied sur le sol américain, dont Maria, épuisée, mais un immense sourire. "On vient du Nicaragua. On a mis 9 jours pour venir sans se reposer. J'espère avoir un permis de travail"

Quant aux passeurs, avant de repartir, il assure effectuer entre trois et dix passages quotidiens. Cette nuit, ce sera plutôt dix. Une bonne affaire pour lui et son cartel.

Les mineurs ne peuvent pas être expulsés

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Ces derniers mois, on a beaucoup parlé de ces milliers de mineurs qui traversaient seuls la frontière. Or, il faut savoir que les mineurs ne peuvent pas être expulsés. Des parents envoient leurs enfants seuls. Malgré les risques, ils sont persuadés de leur offrir une vie meilleure. 

C'est le cas de Pedro, il vient d'un petit village au Guatemala et a parcouru deux mille kilomètres. Il dit avoir 17 ans, en paraît quatre de moins. L'adolescent est perdu. Il parle mal espagnol. C'est là qu'interviennent le pasteur Silva et sa femme. Une mission simple, mais essentielle : donner de l'eau, un peu de nourriture et surtout, rassurer.

"Ils arrivent tous stressés. On leur dit qui nous sommes. Ça les aide à se calmer. Quand on leur montre de la sympathie, on peut voir la différence", explique le pasteur. Pedro est déjà moins stressé. On lui donne un téléphone pour rassurer sa famille au Guatemala. Il doit désormais rejoindre une tante dans l'Alabama. 

Les plus petits ne comprennent pas ce qui se passe. La situation est parfois plus terrible pour des enfants un peu plus âgés. Au mois d'avril, les gardes frontières ont enregistré cette vidéo poignante. Un garçon de dix ans se dirige vers eux. Il a franchi la frontière seul. Il a suivi un groupe. Il s'est endormi à son réveil. Il avait été abandonné sans rien ni personne à appeler. Les gardes frontières l'ont conduit dans un centre d'accueil pour mineurs.

Que deviennent ces milliers de migrants ?

Que deviennent ces milliers de migrants? Parce que la vice-présidente Kamala Harris a été claire. Elle leur a dit : 'ne venez pas'. Sauf que depuis l'élection de Joe Biden, ils savent qu'ils ne seront pas expulsés tout de suite. Le soir de ce reportage, par exemple, la Garde nationale américaine était à 50 mètres, mais elle n'intervient pas. Trente minutes après leur arrivée, ils sont conduits à l'immigration. 

Les mineurs isolés resteront. Les familles ont des chances, mais rien n'est garanti. Moins de 10% des demandes d'asile aboutissent. Beaucoup sont amenés en bus dans un centre d'accueil, comme ici à McAllen. D'anciens magasins de vêtements dont les vitres ont été repeintes en noir pour protéger leur dignité. Une juriste qui habite à McAllen, ne blâme pas les migrants. Mais pour elle, la situation est hors de contrôle. "C'est triste. C'est bien d'être un pays d'accueil, mais le gouvernement est débordé". 

"Au Honduras, un ouragan a détruit ma maison"

Certains obtiennent un billet de bus. Leur situation sera étudiée plus tard. D'ici là, ils deviennent illégaux, comme près de 15 millions de personnes à la gare routière. Pedro, 24 ans, attend son bus pour Atlanta, son fils de deux ans sur les genoux. "Au Honduras, un ouragan a détruit ma maison. En plus, mon père est malade. Il est en fauteuil roulant et je suis là avec mon fils pour travailler et pouvoir acheter des médicaments". 

La femme de Pedro est restée au Honduras. Il lui a promis de gagner suffisamment d'argent pour reconstruire leur maison.

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