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État islamique : ce qu'il faut retenir du documentaire "Daesh, paroles de déserteurs"

Diffusé sur Arte, ce documentaire rassemble les témoignages d'anciens combattants de l'État Islamique. Une mine d'informations qui soulève également de nombreuses questions.

Des combattants de l'État islamique (photo diffusée sur le compte Twitter jihadiste Al-Baraka news le 11 juin 2014) (archive).
Des combattants de l'État islamique (photo diffusée sur le compte Twitter jihadiste Al-Baraka news le 11 juin 2014) (archive).
Crédit : ALBARAKA NEWS / AFP
Camille Kaelblen
Camille Kaelblen

Ils s’appellent Abou Ussama, Abou Ali ou Abou Rodaifa. Syriens, Jordaniens et âgés de 22 à 38 ans : tous sont  des déserteurs de l’État Islamique, qui ont témoigné dans le documentaire Paroles de déserteurs diffusé sur Arte. Des témoignages aussi troublants qu'exceptionnels. “En fait, Daesh est un ennemi de l’islam. Et si les déserteurs se mettent à raconter ce qu’ils ont vu à l’intérieur, ce sera une catastrophe pour eux”, estime Abou Chouja, membre d'une cellule spécialisée dans la désertion des combattants de Daesh de la Thuwwar Raqqa, faction de l’armée libre syrienne libre.
Au fil des entretiens, on apprend ce qui a pu pousser ces individus à rejoindre Daesh. “J’ai rejoint l’État islamique parce que cette organisation me semblait légitime. Il n’y avait pas de corruption chez eux”, confie l’un d’entre eux. Pour un autre, rejoindre l’État islamique, c’était avant tout s’assurer de vivre dans des conditions décentes. “Ils avaient remis l’électricité, l’eau était propre, le pain était correct”, explique-t-il.

L'État islamique, le règne de la terreur

Mais au fur et à mesure, le tableau se ternit, la réalité s'installe, implacable. Les déserteurs décrivent un État islamique en proie aux inégalités et au règne de la terreur. "Les émirs [les membres de l'État islamique] étaient très riches. Quand ils ont mis la main sur Raqqa, ils ont pillé les banques, et puis ils ont récolté le zakkat, l'impôt islamique. Mais le problème, c'est qu'ils ne le redistribuaient pas, alors qu'il y avait des gens qui mendiaient dans la rue", explique l'un d'eux.

L'un des déserteurs se souvient du moment où tout a basculé pour lui. "Deux esclaves sexuelles d'environ 13 ou 14 ans se sont faites exécuter. Quand j'ai demandé pourquoi, on m'a répondu : 'Parce qu'elles troublent les frères.' Si elles sèment le trouble entre les frères, ça veut dire qu'on doit tuer toutes les femmes dans la rue ?", questionne-t-il. "C'est de la folie".

Après les sessions de formation, tu es prêt à prendre un tank et aller te faire exploser n’importe où.

Abou Oussama, déserteur de l'État islamique

Comme tous les combattants de l'État islamique, ces déserteurs ont suivi un enseignement très précis. "Dès le début, ils posent la question à tout le monde : voudrais-tu t’inscrire pour une opération suicide ?", explique l'un des déserteurs. "Les sessions de formation religieuse sont un vrai lavage de cerveau : après, tu es prêt à prendre un tank et aller te faire exploser n’importe où", confie-t-il.

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Abou Oussama, un autre déserteur, explique avoir suivi une "session de préparation religieuse" à Raqqa pour "apprendre à faire la prière, à faire les ablutions mais aussi à lire le Coran", explique-t-il. Cette formation religieuse est assortie d'une préparation militaire de quinze jours.

Des déserteurs aidés par une cellule de l'armée syrienne libre

Parmi les questions soulevées par le documentaire, une en particulier retient l'attention : les déserteurs sont-ils dignes de confiance ? Mahmound Oqba travaille pour la brigade Thuwwar Raqqa, faction de l'armée syrienne libre. Il explique que certains soldats de l’armée libre syrienne ont inflitré Daesh pour aider les combattants qui veulent déserter à retourner dans leur pays. “À une seule condition”, précise-t-il, “c’est d’être sûrs qu’ils veulent retrouver une vie normale et qu’ils ne causeront plus de problèmes”.

La brigade prend donc des précautions : elle pose et repose des questions, pour vérifier que les combattants ne mentent pas. Lors d’une conversation téléphonique entre un membre de l’armée syrienne et un combattant de l’EI qui veut déserter, ce dernier demande si on le soupçonne d’avoir livré leur soldat infiltré. “On a des doutes, tu peux comprendre ça”, lui dit le soldat. En gagnant la confiance des déserteurs, l'armée syrienne espère ainsi récolter le maximum d'informations sur l'État islamique et convaincre d'autres combattants de déserter à leur tour.

Des vidéos d'engins piégés retrouvées sur le téléphone d'un déserteur français

Mais cette démarche de prudence suffit-elle ? Dans le téléphone d'un déserteur d'origine française qui avait déjà quitté le territoire contrôlé par Daesh, Abu Soufiane, un soldat de l'armée syrienne libre, a par exemple retrouvé des "tutoriels" pour fabriquer des bombes ou installer un système de commande à distance sur une voiture piégée. Dubitatif, l'homme se demande pourquoi le déserteur était encore en possession de tels documents. "C'est très intrigant", confie-t-il, visiblement troublé. Selon lui, le déserteur veut rentrer en France. "Il a ses papiers, et il dit qu'en France, personne ne sait qu'il est en Syrie", ajoute-t-il.

On a contacté les ambassades pour leur dire qu'un de leurs ressortissants cherchait à déserter, mais ils ont répondu qu'ils n'en voulaient pas.

Abu Soufiane, soldat de l'armée libre syrienne

Ce déserteur français fait cependant figure d'exception, car il est très difficile pour les combattants étrangers de sortir de l'État islamique. Le soldat de l'armée syrienne libre affirme ainsi être en relation avec 85 ou 90 combattants européens. "On a contacté les ambassades pour leur dire qu'un de leurs ressortissants cherchait à déserter, mais ils ont répondu qu'ils n'en voulaient pas", explique-t-il. "Ils nous disent en substance : qu'ils meurent en Syrie. Qu'ils massacrent le peuple, ce n'est pas grave. Le plus important, c'est qu'ils ne reviennent pas chez nous", ajoute-t-il.

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