Dans la ville éternelle, le "degrado" est un terme presque aussi vieux qu'elle. Ce mot sert aux Romains pour désigner tous les problèmes qu'ils rencontrent dans leur ville auxquels aucune solution n'est apportée : des transports à la ponctualité très aléatoire, des chantiers qui n'en finissent pas, des parcs que l'on n'entretient plus, les pavés manquants que l'on ne remplace pas dans les rues... Mais en pleine saison estivale, cette dégradation de la capitale italienne saute aux yeux des touristes et se retrouve à la une des journaux, dont le New York Times.
D'autant que, aux problèmes conjoncturels que connaissent les Romains, s'est ajoutée ces dernières semaines une succession de blocages : grèves dans les transports, retard dans la gestion des ordures et deux incendies successifs à l'aéroport de Fiumicino, le plus important de la ville. Sous le regard étonné des touristes et blasé des Romains, la capitale italienne semble se débattre pour ne pas sombrer dans le chaos.
Sur la place du Panthéon, en plein cœur de la ville, les regards pointent en général vers le haut. La coupole de ce bâtiment millénaire, trouée en son centre, laisse passer l'eau des pluies et attise la curiosité. Mais ces dernières semaines, les regards se portent un peu plus bas, au niveau des poubelles pleines qui s'amassent devant le monument.
Le même spectacle se présente devant le Temple d'Hadrien, sur la Piazza di Pietra, non loin de la Fontaine de Trevi. La fontaine, quant à elle, est en travaux depuis plusieurs mois, encadrées de parois vitrées et longée par une étroite passerelle édifiée parmi les travaux, et qui laisse passer les touristes, avec leurs appareils photos et leurs sticks à selfie.
Non loin de là, la Via Dei Fori Imperiali, qui longe les forums et mène au Colisée, est défigurée par le chantier de la nouvelle ligne de métro. Initiés en 2007, ces travaux colossaux sont un serpent de mer bien connu des Romains. Si une partie de la ligne C a été inaugurée en 2014, les travaux ne sont pas terminés.
Tags omniprésents, poubelles éventrées... en-dehors des zones touristiques, le manque d'entretien de la ville est aussi criant, mis en avant par la presse italienne dans de nombreux diaporamas. Ces dernières semaines, les grèves se sont aussi multipliées dans les transports.
Parfois limitées à plusieurs heures, elles ont suffi à entraîner des retards colossaux et à exaspérer les habitants, forcés d'attendre parfois trente minutes pour un train, sous des températures caniculaires. À l'aéroport de Fiumicino, le trafic a repris mercredi, après avoir été complètement interrompu par un incendie, qui s'est déclaré dans une pinède, près des pistes. Début mai, le terminal 3 de l'aéroport avait été ravagé par un incendie qui avait provoqué sa fermeture pendant plusieurs mois et des perturbations pendant de longues semaines.
Face à cette accumulation d'avaries, le maire centre-gauche de la Ville, Ignazio Marino, joue son poste. Détesté par une grande partie des Romains, il est aussi critiqué en interne. Dans une lettre ouverte publiée par le quotidien Messaggero, le président du Conseil italien, Matteo Renzi, l'a interpellé mardi 28 juillet, estimant que "Rome ne mérite pas cela". Pour se défendre, le maire a annoncé une série de mesures, et en premier lieu le nom de son nouvel adjoint aux transports.
Il a également détaillé plusieurs mesures destinées à améliorer la mobilité et l'efficacité des transports : nouvelles pistes cyclables, nouveaux couloirs de bus, développement des voitures électriques, achèvement de la troisième ligne de métro, accélération des travaux d'entretien des rues. En ce qui concerne le nettoyage des rues, le maire a annoncé l'embauche de 300 balayeurs. Tout sera mis en place d'ici à la fin de l'année, ou pour certaines mesures en 2016, a-t-il promis, alors que la ville accueillera dès le mois de décembre des millions de pèlerins, à l'occasion du Jubilé annoncé par le pape François.
"Quand je suis devenu maire (il y a deux ans, ndlr), je n'imaginais pas que je trouverais ici des coffres vides, le crime organisé et la corruption", s'est défendu Ignazio Marino lors d'une conférence de presse. En 2014, un réseau mafieux infiltré dans la mairie de Rome, et renommé Mafia Capitale, a été démantelé dans la ville éternelle, qui avait la réputation d'être épargnée par la Pieuvre.