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En Argentine, une césarienne sur une enfant de 11 ans relance le débat sur l'avortement

La fillette, violée par le mari de sa grand-mère, avait formulé une demande d'avortement, mais la procédure a tardé rendant impossible l'opération. À 23 semaines de grossesse, l'enfant a dû subir une césarienne.

Des Argentines réclament la légalisation de l'avortement
Des Argentines réclament la légalisation de l'avortement Crédit : Juan MABROMATA / AFP
Eleanor Douet
Eléanor Douet
et AFP

Le débat sur l'avortement en Argentine, pays où l'accès à l'IVG est très limité, a été relancé après qu'une césarienne a été pratiquée sur une fillette de 13 ans violée par le mari de sa grand-mère. "Je veux que vous m'enleviez ce que le vieux m'a mis dans le ventre", avait réclamé la fillette, dans sa plainte auprès de la justice de la province de Tucuman (nord). La fillette et sa mère avaient alors formulé une demande d'avortement.

Mais la procédure a tardé pendant 7 semaines, des médecins invoquant l'objection de conscience. Il est fréquent en Argentine que les autorités fassent traîner les dossiers jusqu'à ce que l'avancement dans la grossesse soit tel, qu'il rende impossible un avortement.

À 23 semaines de grossesse, les médecins ont jugé que la fillette était en danger et qu'il fallait pratiquer non pas un avortement, mais une césarienne. "La volonté de l'enfant aurait dû être prise en compte. Il y avait deux raisons (pour autoriser) l'avortement", a regretté l'avocate de la famille, Cecilia De Bono.

L'avortement uniquement autorisé en cas de viol ou de péril pour la mère

La législation argentine prévoit effectivement que la justice peut autoriser une interruption de grossesse dans des circonstances extraordinaires de viol, ou de péril pour la mère.

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"Par voie basse, ce n'était pas possible. Son corps n'est pas suffisamment développé pour (supporter) une grossesse de 23 semaines, et s'il l'avait été, les conditions psychologiques n'étaient pas réunies, du fait des nombreux abus qu'elle a subis", selon la gynécologue, Cecilia Ousset, qui a participé à l'intervention à l'hôpital Eva Peron de Tucuman.

Le fœtus de cinq mois a été extrait vivant du ventre de sa mère, mais ses chances de survie sont quasi-nulles, estiment les médecins. "L'État est responsable de la torture de Lucia", a dénoncé l'organisation féministe #NiUnaMenos, en pointe dans la mobilisation pour le droit à l'avortement.

Le gouvernement de la province se justifie

Le gouvernement de la province de Tucuman, dont dépend la juridiction qui n'a pas autorisé l'avortement, s'est justifié en disant avoir mis en œuvre "les procédures nécessaires pour sauver les deux vies".

En 2018, un projet de loi octroyant le droit à l'avortement jusqu'à la 14e semaine a été adopté à la chambre des députés, mais rejeté par le sénat, sous la pression de l'Église. Au pays du pape François, la population est divisée sur la question de l'avortement et un débat passionné oppose deux camps fortement mobilisés. 

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