4 min de lecture
Un sous-marin nucléaire (image d'illustration)
Crédit : YAMIL LAGE / AFP
Je m'abonne à la newsletter « Infos »
Mettre RTL en favori sur Google
La Finlande a officialisé, le 14 septembre 2026, son adhésion à la "dissuasion nucléaire avancée" proposée par Emmanuel Macron portant à dix le nombre de pays européens engagés dans cette initiative. Lors d'une déclaration conjointe, les deux pays ont indiqué qu'un "groupe de pilotage nucléaire sera établi dans les prochains mois pour commencer la mise en œuvre de cette coopération".
L'annonce, faite conjointement par Paris et Helsinki à l'occasion de la signature d'un nouveau partenariat stratégique bilatéral, marque une nouvelle étape pour un projet lancé il y a un peu plus de six mois. Sur X, le président finlandais Alexander Stubb a salué une initiative française destinée avant tout à renforcer la sécurité du continent, tout en précisant qu'elle ne se substituerait pas à la dissuasion nucléaire de l'Otan. "Pour la Finlande, le cadre prioritaire d'action reste l'Otan et l'Union européenne", a-t-il assuré.
Avant d'officialiser son adhésion, la Finlande a dû renoncer à son interdiction totale des armes nucléaires sur son sol. Un ralliement significatif puisqu'Helsinki avait jusqu'ici avancé avec beaucoup de prudence sur ces questions. Elle a fait ce choix en raison de sa frontière de 1.340 km avec la Russie, considérée comme une menace accrue depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine.
Tout est parti du discours prononcé par Emmanuel Macron le 2 mars 2026 depuis l'Île Longue, la base bretonne qui abrite les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins français. Le chef de l'État y a présenté le concept de "dissuasion avancée", dans la continuité de sa doctrine sur la dimension européenne des intérêts vitaux de la France, déjà évoquée à plusieurs reprises depuis 2020.
Le dispositif repose sur trois piliers. D'abord, la participation des pays partenaires aux exercices menés par les forces stratégiques françaises, avec des moyens conventionnels. Ensuite, un volet de "signalement" visant à montrer concrètement les capacités françaises de dissuasion nucléaire au soutien de ses alliés. Enfin la possibilité pour Paris de réaliser des déploiements temporaires d'éléments de ses forces stratégiques, comme par exemple le stationnement d'une aviation à capacité nucléaire dans un pays partenaire.
La proposition française fonctionne en réalité comme une échelle. Chaque partenaire peut déterminer jusqu'où il souhaite aller dans la coopération avec Paris. Lors du discours du 2 mars, Emmanuel Macron cite, outre le Royaume-Uni et l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark parmi les pays ayant accepté d'engager le dialogue avec Paris.
À ce groupe initial est venue s'ajouter la Norvège, le 27 mai 2026. La coopération franco-norvégienne s'inscrit dans l'"arrangement de Narvik", un accord bilatéral plus large portant également sur la sécurité maritime, l'Arctique, les menaces hybrides, le spatial ou encore la cybersécurité. La Norvège est alors devenue le neuvième État associé à la dissuasion avancée. La Finlande porte désormais ce total à dix.
Tous ces pays n'ont pas atteint le même degré de coopération. Il n'existe pas, à ce stade, de traité unique de "dissuasion avancée" signés par les dix États. La coopération est volontairement flexible et repose sur des arrangements bilatéraux dont le contenu et le degré diffèrent.
Avec la Pologne, par exemple, un premier groupe de pilotage nucléaire s'est réuni à Paris le 10 juillet. Des responsables politiques, militaires et diplomatiques des deux pays y ont établi une feuille de route pour approfondir la coopération. La Finlande suivra désormais une trajectoire comparable puisque Paris et Helsinki ont annoncé la création de leur propre groupe de pilotage dans les prochains mois.
L'Allemagne est allée encore plus loin. Le chancelier Friedrich Merz a annoncé le 17 juillet que les forces allemandes participeraient dès la fin de l'année à un exercice nucléaire français. La présence, ce jour-là, d'un Rafale des forces stratégiques françaises sur la base de Nörvenich a été présentée comme la première étape opérationnelle de cette coopération. Merz a néanmoins tenu à souligner que l'Allemagne restait attachée au parapluie nucléaire otanien.
Ces coopérations ne modifient pas l'un des fondements historiques de la doctrine française : Paris reste seul maître de son arsenal. Il n'existe pas de bouton nucléaire européen. La décision finale appartient au seul président de la République française. Les partenaires peuvent être consultés, participer à des exercices, fournir des moyens conventionnels ou éventuellement accueillir temporairement des forces françaises ; ils ne deviennent pas pour autant copropriétaires de la dissuasion.
Le dispositif français ne remplace en aucun cas l'engagement américain ou celui de l'OTAN. Les capacités françaises et britanniques ne sont d'ailleurs pas dimensionnées pour remplacer à elles seules l'ensemble de la garantie nucléaire américaine. Le premier ministre finlandais, Alexander Stubb a insisté sur le fait que l'initiative française ne remplaçait pas la dissuasion de l'OTAN et indiqué que le sujet avait été discuté avec l'Alliance et les États-Unis.
Cette autonomie permet aussi à la France de préserver ce qui constitue l'un des ressorts essentiels de sa doctrine : l'ambiguïté sur la définition exacte de ses intérêts vitaux. Paris ne promet donc pas formellement de déclencher une riposte nucléaire si Helsinki, Varsovie ou Stockholm étaient attaquées. Il cherche plutôt à créer suffisamment d'incertitude pour qu'un adversaire potentiel soit obligé d'intégrer la réaction nucléaire française à son calcul.
Ne laissez pas Google décider de vos sources.
Ajouter RTL comme source préférée
Bienvenue sur RTL
Ne manquez rien de l'actualité en activant les notifications sur votre navigateur
Cliquez sur “Autoriser” pour poursuivre votre navigation en recevant des notifications. Vous recevrez ponctuellement sous forme de notifciation des actualités RTL. Pour vous désabonner, modifier vos préférences, rendez-vous à tout moment dans le centre de notification de votre équipement.
Bienvenue sur RTL
Rejoignez la communauté RTL, RTL2 et Fun Radio pour profiter du meilleur de la radio
Je crée mon compte