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"Dissuasion avancée", nouveau sous-marin, "têtes nucléaires supplémentaires"... Ce qu'il faut retenir du discours d'Emmanuel Macron

Depuis l'Île Longue au large de Brest (Finistère), qui abrite les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins, le chef d'État a exposé comment la dissuasion nucléaire française peut contribuer au renforcement de la sécurité en Europe grâce au principe de "dissuasion avancée".

Emmanuel Macron lors de sa prise de parole à l'Ile Longue, ce lundi 2 mars 2026.

Crédit : Yoan VALAT / POOL / AFP

Justine Audollent

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"Un discours de puissance assumé au service de la paix". Ce lundi 2 mars, Emmanuel Macron a tenu une allocution prévue de long date depuis l'Île Longue, la "cathédrale de la souveraineté française et le symbole de l'engagement français constant pour la dissuasion nucléaire". Pendant 35 minutes, le chef de l'État a posé les nouvelles bases de la doctrine française en matière de dissuasion nucléaire, insistant sur son importance dans le renforcement de la sécurité européenne. 

"À l’heure où vacillent les certitudes, la dissuasion doit demeurer un intangible français. Je suis venu vous dire l’attachement de la nation à la poursuite de cette mission", a-t-il commencé. "Tous ceux qui auraient l'audace de s’en prendre à la France savent le prix insoutenable qu’il y aurait pour eux à payer", a-t-il prévenu. 

La mise en place d'une "dissuasion avancée"

Six ans après son dernier discours sur le feu nucléaire, le 7 février 2020, le président de la République a annoncé, à propos de la dissuasion, une "évolution à la hauteur des défis nationaux et européens" et un "durcissement" du modèle actuel avec la mise en place d'une "dissuasion avancée".

"Nous devons renforcer notre dissuasion nucléaire face à la combinaison des menaces et nous devons penser notre stratégie de dissuasion dans la profondeur du continent européen, dans le plein respect de notre souveraineté, avec la mise en place progressive de ce que j'appellerai une dissuasion avancée", a déclaré le président français. 

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Huit pays européens "ont accepté" de participer à cette "dissuasion avancée" : le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark. Ces pays pourront notamment accueillir des "forces aériennes stratégiques" de l'armée de l'air française, qui pourront ainsi "se disséminer dans la profondeur du continent européen" pour "compliquer le calcul de nos adversaires", a expliqué Emmanuel Macron.

La France restera souveraine dans la décision ultime

La "dissuasion avancée" pourra également impliquer du signalement, c'est-à-dire la démonstration des capacités nucléaires, "y compris au delà de nos frontières strictes", ou encore "la participation conventionnelle de forces alliées à nos activités nucléaires", comme les exercices militaires auxquels les Britanniques ont déjà été associés récemment, a ajouté Emmanuel Macron. 

Le chef de l'État a cependant tenu à être clair. Malgré cette coopération européenne, "la France décidera seule du franchissement du seuil nucléaire". "Il n’y aura aucun partage de la décision ultime, ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre", a-t-il poursuivi. De même, il n'y aura pas de partage de la définition des intérêts vitaux.

Un arsenal nucléaire rehaussé

Emmanuel Macron a consacré une partie de son allocution au nouvel arsenal nucléaire français. Il a indiqué qu'une troisième génération de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) prendront bientôt la mer. Les travaux ont déjà débuté à Cherbourg. Il s'est d'ailleurs félicité que "très peu de nations dans la monde" soient capables de produire de tels SNLE. Le président de la République a ainsi annoncé le futur nom du SNLE, qui sera équipé d'une nouvelle tête nucléaire. L'Invincible naviguera à partir de 2036

Par ailleurs, considérant qu'un "rehaussement de l'arsenal français est indispensable", le chef de l'État a indiqué qu'il avait ordonné l'augmentation du nombre de têtes nucléaires nationales. Actuellement, la France en possède 290. "Nous ne communiquerons plus sur les chiffres de notre arsenal nucléaire", a-t-il ajouté. Et de poursuivre : "Pour être libre, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant".

Malgré ces annonces de hausse de l'arsenal nucléaire français, Emmanuel Macron a tenu à préciser qu'il "ne s'agit pas de rentrer dans une course aux armements", que la France dans la maîtrise des armements possède un "bilan exemplaire" et qu'un "monde sans armes nucléaires" doit "rester notre horizon".

Un "âge nucléaire"

Dans le contexte actuel de la guerre en Iran, qu'Emmanuel Macron a qualifié de "période troublée", le chef de l'État a considéré qu'il était "nécessaire de repenser les règles" en matière d'armes nucléaires et qu'il fallait "repenser un cadre", "reconstruire un corpus de règles". Il a estimé que l'architecture mondiale dans ce domaine était un "champs de ruines", rappelant que plusieurs traités internationaux étaient désormais inopérants ou menacés. "Les accords internationaux d'armement sont à la peine. Chacun a pris ses libertés", a-t-il déploré.

De plus, le président de la République a abordé la dimension éthique qu'implique la dissuasion nucléaire, reconnaissant la "charge d'épouvante" que porte l'arme nucléaire. Il a ainsi annoncé l'organisation à Paris le 10 mars prochain d'un sommet pour "encourager le développement de l'énergie nucléaire, ses usages et son financement". "Le demi-siècle qui vient sera un âge nucléaire", a-t-il insisté. 

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