6 min de lecture

"Des jeunes hommes cagoulés et masqués" : en Cisjordanie occupée, les violences des colons israéliens s'intensifient pendant la récolte des olives

Une journaliste américaine et un maire français ont été agressés par des colons israéliens en Cisjordanie occupée ces derniers jours. En cette période de récolte des oliviers, les attaques contre les agriculteurs palestiniens se multiplient et sont dénoncées par l'ONU.

  • Un pompier de la défense civile palestinienne éteint un incendie qui a ravagé des voitures et des oliviers, à la suite d'une attaque qui aurait été perpétrée par des colons israéliens dans le village d'Ayn Yabrud le 4 octobre 2026.

    Crédits : Zain JAAFAR / AFP

  • Le 14 octobre 2026, un bulldozer de l'armée israélienne déracine des oliviers dans une oliveraie du village palestinien de Kafr Malik, près de Ramallah, en Cisjordanie occupée par Israël.

    Crédits : Zain JAAFAR / AFP

  • Des colons israéliens se rassemblent alors que des Palestiniens récoltent leurs olives dans le village de Deir Abu Mashal, en Cisjordanie occupée par Israël, le 19 octobre 2026.

    Crédits : ilia YEFIMOVICH / AFP

Marine Langlois

Je m'abonne à la newsletter « Infos »

Mettre RTL en favori sur Google

Une photographe américaine grièvement blessée, un maire français roué de coups... Les violences des colons israéliens en Cisjordanie occupée se sont multipliées ces derniers jours, entraînant l'interpellation de dix personnes par la police israélienne lundi 19 octobre.


"Dix suspects ont été arrêtés et transférés pour être interrogés" et éventuellement déférés devant un tribunal "en fonction des conclusions de l'enquête", a indiqué cette dernière dans un communiqué, mentionnant des "graves violences" lors du week-end. "La loi en Judée-Samarie [nom biblique de la Cisjordanie, NDLR] s'applique à tous, indépendamment de leur identité ou de leur affiliation", a affirmé le commandant en chef de la police, Danny Levy. 

Une attaque "injustifiée contre une journaliste qui faisait son travail"

Deux agressions ont attiré l'attention internationale ces derniers jours. Heidi Levine, une photojournaliste du Washington Post, a été rouée de coups vendredi 16 octobre près des villages de Turmus Ayya et de Khirbet Abu Falah, alors qu'elle couvrait les violences subies par les agriculteurs palestiniens en Cisjordanie occupée. 

"Soudain, j'ai vu plus de 50 hommes masqués" et armés de bâtons et de barres de fer, a-t-elle raconté depuis un lit d'hôpital à Ramallah, dans les colonnes du quotidien américain. "Et puis, d'un coup, ils m'ont attaquée [...] J'avais une sacoche avec mon téléphone, et tout a fini par m'être arraché. Ensuite, ils ont essayé de me mettre debout, juste pour me refaire tomber et continuer à me donner des coups de pied." La journaliste a pu être secourue par des confrères quand des jeunes Palestiniens ont repoussé les assaillants, d'après la même source. 

L'attaque, "injustifiée contre une journaliste qui faisait son travail", a été dénoncée par le journal américain alors que Marc Rubio, le chef de la diplomatie des États-Unis, a assuré que le pays était "très troublé" par les images de l'agression. Il a appelé Israël à "sévir". L'ONG Reporters sans frontières martèle de son côté que cette "violence décomplexée" témoigne "de l'impunité dans laquelle agissent les colons juifs extrémistes, bien souvent sous la protection des forces armées israéliennes". 

À écouter aussi

Le bureau de Benjamin Netanyahu s'est de son côté gardé d'attaquer les colons israéliens, assurant que "l'enquête doit établir les faits, y compris qui a débuté les hostilités". Sa version mentionne "une quarantaine de jeunes Israéliens" qui auraient été confrontés à "quelque 200 Arabes [mot utilisé par les responsables israéliens pour ne pas dire Palestiniens, NDLR] et militants d'extrême gauche", les deux camps se lançant des pierres. Auprès de CNN, un journaliste témoin de la scène indique avoir vu des colons sur une colline mettre des masques et se préparer à attaquer les Palestiniens récoltant des olives. 

Une maire communiste français roué de coups

Le lendemain, c'est un convoi de diplomates européens qui a été attaqué. Une délégation était en déplacement à Taybeh, un village palestinien, pour soutenir les habitants quand des colons israéliens ont réalisé un raid. Bernard Baudoux, maire d'Aulnoye-Aymeries (Nord), a été frappé à de nombreuses reprises. "Ce matin, c'était la signature officielle du jumelage. Nous sommes allés ramasser des olives. Nous étions là symboliquement, tout s'est bien passé, c'était un peu la fête", relate l'édile de 78 ans auprès de France 3 Hauts-de-France. 

"Des jeunes hommes cagoulés, masqués, tout en noir, armés de bâtons, de barres de fer, sont descendus de voitures et nous sont tombés dessus", continue-t-il. "J'ai tout de suite enfilé mon écharpe tricolore, pensant qu'elle allait me protéger, mais ça ne les a pas calmés, on sentait la haine dans leurs paroles." Une vidéo vue par l'AFP montre le maire au sol, adossé à la roue d'un 4x4 couvert de terre. "C'étaient des colons israéliens, bien sûr et ça donne quand même l'impression qu'ils font ce qu'ils veulent", a-t-il terminé. 

Cette attaque a été "fermement" condamnée par l'Union européenne demandant également des "des mesures efficaces visant à prévenir la poursuite des actes de violence et du harcèlement violent contre les Palestiniens". Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a appelé les autorités israéliennes à "arrêter impérativement les responsables" d'actes "révoltants". Elles "doivent de toute urgence faire cesser ces violences criminelles et garantir la sécurité des populations civiles, comme elles en ont l'obligation en vertu du droit international", a-t-il ajouté. 

Gideon Saar, le chef de la diplomatie israélienne, a "condamné fermement ces graves actes de violence", les imputant à des "émeutiers israéliens", tout en reprochant aux consulats européens concernés de ne pas avoir coordonné la visite avec l'armée israélienne. Le bureau de Benjamin Netanyahu a ensuite dénoncé une campagne de "diffamation" contre Israël et ses colons, pointant du doigt le soutien à la Palestine du maire communiste français.

Les oliviers ciblés par les colons israéliens

Les attaques de colons israéliens en Cisjordanie se sont intensifiées ces dernières années, notamment pendant la période de récolte des oliviers. L'ONU alertait déjà en 2025 sur "des agriculteurs à bout de souffle". "La récolte des olives est un enjeu central en Palestine. Elle est à la fois la principale source de revenus de milliers de familles et une partie intégrante du patrimoine local", peut-on lire sur ONU info. Un agriculteur interrogé dénonçait : "Nous avons subi toutes sortes de harcèlements de la part des colons et de l'armée israélienne."

La situation ne s'est pas améliorée en 2026. L'ONU a recensé 1.623 attaques de colons israéliens contre les Palestiniens entre janvier et août 2026, contre 1.836 sur toute l'année 2025. Puis en octobre, ces violences ont principalement visé les cueilleurs d'olives. Ces attaques ont été documentées récemment dans des reportages et vidéos du journal Le Monde qui mentionne 26.000 oliviers abattus ou abîmés au premier semestre de 2026 d'après l'Autorité palestinienne. 

Plusieurs experts des Nations Unies ont appelé lundi à garantir la protection des agriculteurs palestiniens. Ces derniers doivent "être protégés et avoir accès à leurs terres en sécurité". "Mais année après année, la violence, la destruction et les restrictions s'intensifient [...] Leur destruction [des oliviers, NDLR] prive ces familles de bien plus qu’une simple récolte : elle sape les systèmes alimentaires locaux, les pratiques culturelles et les modes de vie, ainsi que le droit à l'alimentation et la souveraineté alimentaire des communautés palestiniennes", écrivent les experts. 

Pourquoi s'en prendre régulièrement aux agriculteurs palestiniens ? Pour Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), l'objectif est "d'écœurer" les Palestiniens mais aussi "qu'ils ne puissent plus vivre de leur travail, qu'ils soient obligés de partir". "C'est une sorte de nettoyage ethnique rampant jour après jour. Et c'est aussi empêcher la présence internationale, empêcher que l'on puisse témoigner de ce qui se passe en Cisjordanie", analyse l'expert sur le site de l'IRIS.

Un sujet sensible pour Netanyahu à l'approche des élections

En Israël, le soutien de Benjamin Netanyahu aux colons israéliens les plus radicaux peut devenir un handicap à quelques jours des élections législatives. Ses opposants politiques dénoncent son laxisme. "Ce qui se passe en Cisjordanie, c'est du terrorisme juif sous les auspices du gouvernement israélien", a attaqué Gadi Eisenkot, candidat centriste aux législatives du 27 octobre, ancien chef d'état-major de l'armée et principal rival de Benjamin Netanyahu. Alors que du côté de la gauche, Yaïr Golan a estimé que "le terrorisme juif" devait "être combattu d'une main de fer, tout comme le terrorisme palestinien"

Auprès de l'AFP, Alon Yakter, politologue à l'Université de Tel Aviv, analyse : "Même si la société israélienne penche vers la droite et que la population n'est pas favorable à une solution" à deux États [israélien et palestinien], "il existe un large consensus contre la violence des colons." "C'est devenu un point faible pour Netanyahu, car il est allié à des partis qui veulent détourner le débat [sur les violences des colons] ou présenter leurs auteurs comme quelques brebis galeuses", ajoute le politologue. 

Israël occupe depuis 1967 une partie de la Cisjordanie avec plus de 500.000 Israéliens vivant dans des colonies, considérées comme illégales au regard du droit international. Trois millions de Palestiniens y vivent également. 

La rédaction vous recommande
À lire aussi

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Ne laissez pas Google décider de vos sources.

Ajouter RTL comme source préférée