- 01m56s
4 min de lecture
Des policiers se tiennent derrière la barrière tandis que des manifestants se rassemblent devant le siège de la Cour constitutionnelle polonaise à Varsovie le 30 octobre 2026.
Crédit : Wojtek RADWANSKI / AFP
Je m'abonne à la newsletter « Infos »
Mettre RTL en favori sur Google
La tension est montée d'un cran à Varsovie, en Pologne, vendredi 30 octobre. Des centaines de manifestants conservateurs se sont rassemblés devant le Tribunal constitutionnel, protégé par un important dispositif policier. Certains ont tenté de franchir les barrières de sécurité. Pendant ce temps, le président de la République Karol Nawrocki, interrompait son déplacement diplomatique au Sénégal pour rentrer précipitamment dans la capitale.
Ces tensions interviennent après la décision de la juge Anna Korwin-Piotrowska de suspendre pour un mois le président du Tribunal constitutionnel, Bogdan Święczkowski, ainsi que son vice-président, Bartłomiej Sochański. Elle affirme désormais assurer la direction de l'institution. Une décision immédiatement contestée par les deux intéressés, proches du camp conservateur qui refusent de reconnaître son autorité.
Pour comprendre les enjeux de cette crise, il faut remonter à 2015. Cette année-là, le parti national-conservateur Droit et Justice (PiS) arrive au pouvoir. Il entreprend une vaste réforme de la justice polonaise, qu'il estime dominée par des élites corrompues, dotées d'un pouvoir excessif et insuffisamment contrôlé. Le parti rejetait l'idée que le pouvoir judiciaire puisse faire obstacle aux décisions d'un gouvernement démocratiquement élu.
Les réformes entreprises ont considérablement renforcé l'influence du pouvoir politique sur les institutions judiciaires, notamment sur la nomination des magistrats. Le Tribunal constitutionnel, équivalent du Conseil constitutionnel français, a été le premier concerné par ces réformes. Chargée de vérifier que les lois respectent la Constitution, cette juridiction constituait jusque là un contre-pouvoir essentiel face au gouvernement et au Parlement.
Le PiS a ainsi nommé plusieurs magistrats proches de son camp afin de reprendre la main sur le Tribunal constitutionnel et en a écarté d'autres. Cette situation a provoqué un conflit avec l'Union européenne et la Cour de justice de l'Union (CJUE) qui estimaient que ces réformes portaient atteinte à l'indépendance de la justice et étaient contraires à l'État de droit.
Sans le savoir, le PiS a créé un chaos institutionnel qui se retourne aujourd'hui contre lui. En 2023, le parti perd sa majorité parlementaire. Donald Tusk, centriste et pro-européen, revient à la tête du gouvernement avec la promesse de restaurer l'État de droit et débarrasser la justice des influences politiques de ses prédécesseurs.
Son ambition se heurte à une cohabitation politique compliquée. Depuis 2025, la présidence de la République est occupée par Karol Nawrocki, un conservateur soutenu par le PiS. Pour pouvoir réformer la justice, le Parlement, dominé par la coalition de Tusk, élit plusieurs magistrats en 2026, utilisant ainsi les mêmes mécanismes que le PiS, mais le président Nawrocki refuse de recevoir le serment de certains d'entre eux. Ces derniers décident alors de prêter serment sans lui, une procédure contestée par le camp présidentiel.
Le président du Tribunal constitutionnel, Bogdan Święczkowski, proche du PiS, refuse alors de les laisser exercer leurs fonctions. Pour le gouvernement, il s'agit d'une obstruction illégale au fonctionnement de la justice. Pour les conservateurs, ces magistrats n'ont pas été investis et ne peuvent donc pas siéger.
Le 30 octobre, Anna Korwin-Piotrowska, l'une des magistrates nommées par la coalition de Tusk annonce suspendre temporairement, Święczkowski et son adjoint en s'appuyant sur un montage juridique un peu complexe qui permet de suspendre immédiatement pour un mois un juge si "la gravité du poste" ou des "intérêts importants du service" l'exigent, notamment en cas de faute grave. Les dirigeants suspendus ont rejeté cette interprétation, considérant qu'Anna Korwin-Piotrowska n'était même pas légalement juge du Tribunal.
Anna Korwin-Piotrowska signale alors à la police des risques pour la sécurité des magistrats et du personnel. Des policiers antiémeute sont déployés autour du bâtiment, tandis que des manifestants favorables au PiS protestent contre ce qu'il qualifient de "coup d'État". Dans la nuit, le président de la République se rend sur place. Des bousculades éclatent et les deux camps s'accusent de violences.
Certains juristes, y compris parmi les défenseurs de l'indépendance judiciaire, s'interrogent sur la légalité de la suspension des dirigeants du Tribunal.
Face à la crise politique, la Commission européenne a demandé au président polonais de valider les huit nouveaux juges. "Il appartient aux autorités polonaises de veiller à ce que le Tribunal constitutionnel puisse fonctionner conformément à la Constitution polonaise et dans le respect de la jurisprudence pertinente de la Cour de justice de l'Union européenne", a déclaré un porte-parole de la Commission européenne.
Les conservateurs ont reçu quant à eux, le soutien de plusieurs partis d'extrême-droite en Europe, notamment Marine Le Pen. La candidate du Rassemblement national s'est dit inquiète et a déploré "l'intervention des forces de sécurité". "La suspension contestée du président du Tribunal, l'intervention des forces de sécurité autour de cette institution semblent s'apparenter à une prise de contrôle forcée d'une institution constitutionnelle", a-t-elle déclaré sur X.
"Les violations de l'Etat de droit furent commises par vos amis ultra-conservateurs en Pologne", lui a répondu le député européen et candidat lui aussi à l'élection présidentielle, Raphaël Glucksmann.
Ne laissez pas Google décider de vos sources.
Ajouter RTL comme source préférée
Bienvenue sur RTL
Ne manquez rien de l'actualité en activant les notifications sur votre navigateur
Cliquez sur “Autoriser” pour poursuivre votre navigation en recevant des notifications. Vous recevrez ponctuellement sous forme de notifciation des actualités RTL. Pour vous désabonner, modifier vos préférences, rendez-vous à tout moment dans le centre de notification de votre équipement.
Bienvenue sur RTL
Rejoignez la communauté RTL, RTL2 et Fun Radio pour profiter du meilleur de la radio
Je crée mon compte