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"Ce président préfère les ennemis totalitaires à ses alliés" : pourquoi la réduction des exercices militaires américano-sud-coréens consterne

Donald Trump a annoncé une "réduction considérable" des exercices militaires menés avec la Corée du Sud, invoquant des opérations "coûteuses" et un "signal inapproprié" envoyé à Kim Jong-Un. Or, cette décision est perçue comme un désengagement de Washington en Asie.

Donald Trump et Kim Jong-Un, à Hanoï, le 27 février 2019

Crédit : Saul LOEB / AFP

AFP & Athénaïs Cornette de Saint Cyr

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On le savait déjà : les alliés de Donald Trump ne sont pas à l'abri d'un changement de cap. En annonçant une réduction considérable des exercices militaires avec la Corée du Sud – invoquant des "exercices coûteux" –, Donald Trump s'attaque à une alliance vieille de plus de soixante-dix ans. 

Ces opérations, nommées "Ulchi Freedom Shield", ont pour but de préparer les forces armées sud-coréennes, avec l'aide du grand frère américain, à défendre leur territoire contre toute menace militaire, principalement de Pyongyang, doté de l'arme nucléaire. 

Mais Donald Trump est déterminé à renouer le dialogue avec Kim Jong-Un, le dictateur nord-coréen, avec qui il revendique entretenir "une excellente relation". Ces exercices enverraient un signal "inapproprié et hostile" au dirigeant autoritaire. Sans compter que le président américain ne semble pas digérer le refus de Séoul de l'appuyer dans la "dénucléarisation" de l'Iran.

Un changement de cap

Ce n'est pas la première fois que le président Trump change de tactique à cet égard. À l'issue d'un sommet avec le dirigeant nord-coréen à Singapour lors de son premier mandat en 2018, il avait suspendu des exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud afin de faciliter les négociations sur la dénucléarisation avec Pyongyang. Sans succès.

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Mais la récente annonce du dirigeant républicain a semé la consternation, y compris dans son propre camp républicain, car, une nouvelle fois, elle met en jeu la crédibilité des États-Unis en tant qu'allié et semble refléter le désengagement américain de l'Asie.

Le fait est qu'avec le déploiement attendu du porte-avions George Washington au Moyen-Orient, pour y remplacer l'Abraham Lincoln, il ne restera plus, au moins temporairement, de porte-avions américain dans le Pacifique, une aubaine pour Pékin avec qui Washington est en compétition.

"Un désengagement de l'Asie"

"Les États-Unis cherchent depuis longtemps à se recentrer sur l'Asie. Aujourd'hui, nous assistons à un désengagement de l'Asie : les forces se retirent, les munitions viennent à manquer et ce président préfère les ennemis totalitaires à ses alliés", a cinglé lundi sur X l'ancien président du cercle de réflexion Council on Foreign Relations (CFR), Richard Haass.

L'opposition démocrate n'est pas en reste. "La Chine et la Russie observent avec quelle facilité le président abandonne les alliés de l'Amérique, et ils s'en souviendront la prochaine fois qu'ils nous mettront à l'épreuve", a ainsi souligné dans un communiqué le sénateur Jack Reed, principal membre démocrate de la commission des forces armées.

Victor Cha, spécialiste de la Corée au Center for Strategic and International Studies (CSIS), évoque lui l'idée que le président américain "a clairement exprimé son souhait de rencontrer à nouveau Kim, et la réduction de l'ampleur des exercices en est le dernier signe en date". "Mais Kim pourrait ne pas être disposé à le rencontrer avant la fin des élections de mi-mandat (de novembre), afin de se procurer un moyen de pression supplémentaire", explique-t-il dans un courriel à l'AFP.

"Eloigner Kim de Poutine"

Donald Trump pourrait aussi vouloir tenter d'"éloigner Kim du (président russe Vladimir) Poutine et de leur relation en matière d'armement et de troupes dans le cadre de la guerre en Ukraine", ajoute l'expert.

D'autant plus que depuis la guerre en Ukraine, un axe Moscou-Pékin et Moscou-Pyongyang s'est peu à peu solidifié. À moins que tout cela ne soit une manière "de détourner l'attention de l'Iran", avance M. Cha.

Dans sa récente Stratégie de sécurité nationale, reflet de "l'Amérique d'abord" chère à Donald Trump, le président américain réitère les appels pour une région Asie-Pacifique "libre et ouverte", en référence à l'hégémonie chinoise, mais met davantage l'accent sur la concurrence économique avec Pékin. Le Japon et la Corée du Sud sont par contre appelés à faire davantage pour soutenir Taïwan face à Pékin et pour assurer leur propre sécurité, à l'image des pressions en la matière de Trump sur les Européens. Aux yeux du président américain, il s'agit aussi d'en finir avec "l'époque où les États-Unis soutenaient l'ordre mondial tout entier, tel Atlas". 

Mais Richard Fontaine, du Center for a New American Security (CNAS), s'interroge sur la cohérence de sa politique en Asie, soulignant qu'il y a tout juste quelques mois, Séoul était érigé en "allié modèle". "Un peu plus de cohérence serait bienvenue. S'agissant de la Corée : le Sud est notre allié, le Nord ne l'est pas. Préciser ce point serait un bon début", écrit-il sur X.

De leur côté, les autorités sud-coréennes ont précisé que ces exercices avaient commencé "comme prévu", Séoul disant espérer que l'entente personnelle entre le président américain et Kim Jong Un conduirait à "un dialogue constructif" propice à des négociations.

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