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"Ce n'est pas un régime où vous coupez la tête et tout s'effondre" : sur RTL, Bruno Tertrais prévient que la chute du pouvoir iranien "prendra du temps"

Alors que la guerre en Iran s'enlise, le régime continue de résister malgré la disparition de plusieurs figures majeures. Sur RTL, Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, alerte sur les risques de représailles contre la France.

Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, face à Marc-Olivier Fogiel le 18 mars 2026.

Crédit : RTL

Bruno Tertrais prévient que la chute du pouvoir iranien "prendra du temps"

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Bruno Tertrais est face à Marc-Olivier Fogiel

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Marc-Olivier Fogiel & Jérémy Descours

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La guerre en Iran devait être une opération éclair, mais les événements montrent que certains conflits peuvent durer bien plus longtemps que prévu. Malgré la mort de figures majeures du régime, le pouvoir iranien continue de tenir et de terroriser sa population, laissant planer la question : la guerre en Iran pourrait-elle devenir le nouveau bourbier de l'Amérique ?

De son côté, Israël poursuit ses frappes intensives, visant notamment le cœur du pouvoir iranien mais aussi le Liban. Ce mercredi 18 mars, deux enterrements ont eu lieu : celui d'Ali Laridjani, une figure clé du régime, et celui de Gholamréza Soleimani, chef de la milice Bassidj. Si certains évoquent un "pouvoir décapité", le régime iranien continue de fonctionner, 19 jours après le début des hostilités.

Invité de RTL, ce mercredi, Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, souligne que le régime iranien ne repose pas sur une seule personne. "Ce n'est pas un régime comme la Corée du Nord ou d'autres dictatures, ou même l'Irak de Saddam Hussein, où vous coupez la tête et le régime s'effondre", précise-t-il.

Vers la fin du régime des mollahs en Iran ?

Interrogé sur le nombre de figures encore en place au sein du pouvoir, l'expert en géopolitique ajoute que de nombreuses personnalités restent actives et sont systématiquement remplacées lorsqu'elles disparaissent. "Pour le moment, c'est un régime qui tient parce qu'il ne reposait pas sur une seule personne et même pas sur trois ou quatre personnes", poursuit-il au micro de RTL. 

Concernant Ali Laridjani, souvent présenté comme le pilier du régime avant même les frappes israéliennes et américaines, Bruno Tertrais explique qu'il s'agissait d'un homme ayant fait "sa carrière à la fois dans la diplomatie et dans les services de sécurité". Il était reconnu des diplomates occidentaux pour son rôle de "négociateur sur la question nucléaire depuis vingt ans" et se distinguait par son "intelligence" et sa maîtrise de "la philosophie kantienne".

Une autre question se pose : à ce stade de la guerre, l'élimination de négociateurs influents compromet-elle les possibilités de dialogue futur ? Le politologue estime que la disparition d'un interlocuteur central ne ferme pas les perspectives de négociation. 
L'expert insiste également sur le fait qu'il ne faut pas idéaliser Laridjani. "Ce n'est pas parce que c'était quelqu'un qui était brillant, charmeur et intelligent que ce n'était pas aussi un dur de dur. C'était, pardonnez-moi, aussi un salopard". 

Il y a toujours des risques de représailles contre la France

Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique

Concernant une possible fin de la guerre, l'expert reste prudent. Selon lui, chaque observateur connaissant un minimum la nature du régime iranien savait que l'opération "prendrait plus de temps". Il estime cependant que c'est à la Maison-Blanche que des illusions ont pu se former quant à la rapidité des événements.

Dans le contexte actuel, la question de l'implication de la France dans les opérations de sécurisation et de réouverture du détroit d'Ormuz se pose. Selon Bruno Tertrais, la France ne pourrait pas décider seule de la stratégie aux côtés des Américains et des Européens. "Les Américains chercheraient à tout contrôler. La France a donc fait le choix prudent de ne pas s'engager directement, contrairement à l'Allemagne ou au Royaume-Uni", ajoute-t-il. 

Interrogé sur le risque de représailles en France, malgré une implication limitée, le directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique rappelle que la menace existe toujours. 

"Il y a toujours des risques de représailles contre la France, et les services de renseignement sont très mobilisés depuis le début du conflit pour prévenir toute tentative d’attentat. Il faut rappeler que ce régime a ciblé des Français depuis 47 ans, directement ou indirectement, via le Hezbollah en France, au Liban ou ailleurs. Je ne souhaite pas alarmer, et je n'ai pas connaissance de menace particulière, mais la possibilité existe".

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