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"C'est une frustration sincère" : quel est ce mouvement étudiant, baptisé le "Parti des cafards" et qui cristallise la colère des jeunes en Inde ?

En Inde, un nouveau mouvement étudiant a vu le jour depuis la mi-mai, appelé "Parti des cafards". Une révoltée née après la comparaison d'un haut magistrat de la jeunesse indienne à des cafards.

Abhijeet Dipke, fondateur du Parti Janta des Cafards (CJP), s'adresse à ses partisans lors d'une manifestation contre les irrégularités présumées dans les principaux examens du pays, à New Delhi, le 6 juin 2026.

Crédit : Arun SANKAR / AFP

AFP & Juliette Vignaud

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Des réseaux sociaux à la rue, les étudiants se mobilisent en Inde. La colère de la jeunesse est incarnée par le Cockroach Janta Party ou "Parti des cafards", un mouvement né en ligne après une déclaration du président de la Cour suprême indienne, qui comparait en mai dernier les jeunes désœuvrés à des cafards. 

Tout est parti du compte Instagram Abhijeet Dipke, étudiant sans histoire en quête d'un premier emploi. Il n'avait pourtant pas vocation à incarner la colère des jeunes Indiens de la génération Z. Mais lorsqu'un juge les a assimilés à des "cafards", il a vu rouge et il entend bien désormais défendre leur cause. "Comment le gardien de la Constitution peut-il comparer la jeunesse à des cafards et à des parasites, juste parce qu'ils ont osé exprimer leur opinion et critiquer le système ?", s'offusque-t-il. 

"J'étais interloqué", confie Abhijeet Dipke, 30 ans, lors d'un entretien accordé à l'AFP en marge d'une manifestation à New Delhi de son parti, érigé en un mois en porte-voix des aspirations des étudiants du pays le plus peuplé de la planète. 

"Message à passer"

Son engagement a débuté mi-mai, lorsque cet Indien fraîchement diplômé de l'université de Boston (États-Unis) prend connaissance des propos lâchés par le président de la Cour suprême, Surya Kant. En pleine audience, le plus haut magistrat du pays fustige les jeunes "cafards" et autres "parasites" qui se permettent d'égratigner le gouvernement. 

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Surya Kant affirmera plus tard qu'il visait les tricheurs recourant aux faux diplômes, mais c'était trop tard. À des milliers de kilomètres de New Delhi, Abhijeet Dipke décide de répondre à l'outrage par une simple question posée sur les réseaux sociaux : "et si tous les cafards s'unissaient ?" La toile s'embrase aussitôt. 
      
Et convainc celui qui a un temps milité dans un parti d'opposition de créer, pour rire, un "Parti du peuple des cafards", dont les initiales CJP singent celles du Parti nationaliste indien (BJP) du Premier ministre ultranationaliste hindou Narendra Modi. Succès encore immédiat. "En vingt-quatre heures, nous avons réuni plus de 30.000 adhérents, et notre page Instagram près de 1,2 million de vues en un seul jour", s'étonne encore le fondateur du CJP.
 
"C'est alors que j'ai réalisé", dit-il, "que tous ces jeunes avaient sûrement un message à faire passer..." 

Rassemblements pour exiger la démission du ministre de l'Éducation

Les semaines qui suivent lui donnent raison. La page Instagram du mouvement est désormais suivie par plus de 22 millions d'internautes, largement devant celles du BJP (9 millions) et du parti du Congrès (13 millions), son principal adversaire. L'essentiel de ses partisans ont, selon Abhijeet Dipke, de 20 à 30 ans et ne se satisfont plus de ne pas trouver d'emploi à leur sortie de l'université, malgré la forte croissance économique du pays. 

Ses soutiens n'en peuvent plus non plus des nombreux ratés et fraudes qui affectent chaque année les examens de l'enseignement supérieur. "Tous me disent qu'ils ne sont pas satisfaits des partis politiques existants, qu'aucun ne les écoute réellement", poursuit le jeune diplômé, qui échange énormément depuis son retour très médiatisé en Inde le 6 juin. "C'est une frustration sincère." 

Les "cafards" multiplient depuis un mois les rassemblements dans les villes du pays pour exiger la démission du ministre de l'Éducation, Dharmendra Pradhan, jugé responsable de la fraude qui a précipité l'invalidation d'un examen passé en mai par 2 millions d'aspirants étudiants en médecine. Cette annulation a causé, selon les médias locaux, le suicide de plusieurs candidats. 

"Colère"

Pour appuyer les revendications, les "cafards" se sont installés depuis une semaine sur une esplanade de New Delhi. Anjali, une étudiant de 25 ans venu de l'État du Bihar, estime que le CJP a comblé un vide. "La contestation a peut-être débuté par un coup médiatique sur les réseaux sociaux", dit-il, "mais elle s'est transformée en colère". 

Défenseur réputé de l'environnement, Sonam Wangchuk s'y est rapidement associé. Libéré en mars après six mois de détention pour avoir manifesté pour l'autonomie de la région himalayenne du Ladakh, il a entamé le 28 juin une grève de la faim. 

"Il est de notre devoir de faire entendre notre voix", plaide le militant de 59 ans, entouré des partisans du CJP. "Je veux croire que le gouvernement, celui de la plus grande démocratie du monde, saura l'entendre." 

Surpris de sa soudaine notoriété, Abhijeet Dipke assure à qui veut l'entendre qu'il n'a pas l'intention de faire de son CJP une machine de guerre électorale. "Ça n'a pas de sens quand on sait que les élections sont truquées et leurs résultats connus d'avance." Mais, promet-il, son mouvement continuera à fédérer la colère de la Gen Z, contre les fraudes aux examens, l'inefficacité des institutions et tout le reste. "Ce ne sont pas les problèmes à régler qui manquent en Inde..." 

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