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Brexit : qui est Nigel Farage, europhobe convaincu, vainqueur du combat de sa vie contre David Cameron

PORTRAIT - Leader du Parti qui prône l'indépendance du Royaume-Uni depuis 2006, Nigel Farage se bat pour la sortie de l'UE depuis le vote du Traité de Maastricht.

Nigel Farage lors de la victoire du Brexit, le 24 juin 2016
Nigel Farage lors de la victoire du Brexit, le 24 juin 2016 Crédit : GEOFF CADDICK / AFP
Ludovic Galtier
Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Si le Brexit devait être incarné par un visage, le sien aurait toutes ses chances. Nigel Farage, l'homme qui a lancé la vague eurosceptique au Royaume-Uni, vient de remporter sa plus grande bataille électorale. Et plus largement, le combat pour lequel il s'est engagé en politique. "Nous l'avons fait, c'est le 'Independence Day'", a tweeté l'homme de 52 ans quelques minutes après avoir appris que les Britanniques ont voté pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Débordant d'enthousiasme, il a lancé l'idée de faire du 23 juin un jour férié.

Co-fondateur en 1993 du Ukip (United Kingdom Independence Party ou Parti de l'indépendance du Royaume-Uni), parti qu'il dirige depuis 2006, il mène le combat contre l'Union européenne depuis l'adoption du Traité de Maastricht en 1992. Près de vingt-cinq ans après, les Britanniques eurosceptiques sont devenus majoritaires : "Nous, les personnes honnêtes de ce pays, avons battu l'establishment, les grandes banques, les grandes entreprises. De ma part, un énorme merci à vous tous qui m'avez aidé toutes ces années et avez voté pour que nous récupérions notre pays. Nous l'avons fait", a affirmé Nigel Farage dans une vidéo diffusée sur son compte Twitter. 

Une carrière politique ponctuée de déroutes

Cette victoire nette du Brexit et par conséquent de Nigel Farage (51,9% de Britanniques ont voté pour le Brexit, 48,9% contre) couronne une carrière politique ponctuée de revers et de déroutes. Écœuré après la signature du Traité européen de 1992 (qui fixe notamment à 3% le seuil du déficit public et 60% le seuil de la dette à ne pas franchir) par le Parti conservateur auquel il appartenait, l'eurosceptique claque la porte l'année suivante pour fonder, avec Alan Sked et la Ligue antifédéraliste, l'Ukip, le parti qui prône l'indépendance du Royaume-Uni.

Les débuts sont difficiles, les percées électorales se font attendre. Nigel Farage n'a pas été élu député six fois consécutives. À l'intérieur même du parti, certains expliquent ce manque de résultat par la personnalité et les frasques de Nigel Farage. En février 2010, par exemple, l'eurodéputé multiplie les invectives à l'égard d'Herman Von Rompuy, président du Conseil européen dont il compare le charisme à celui d'"une serpillère humide" avant de l'accuser d'être un "assassin de la démocratie."

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Nigel Farage insults Herman van Rompuy, calls EU President a "DAMP RAG"
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Interrogé dans Les Inrocks, Alan Sked, présent au moment de la fondation de l'Ukip, ne se reconnaissait plus dans le parti lorsqu'il s'est retiré en 1997. “Nigel Farage n’est qu’un amateur, il ne veut pas professionnaliser son parti”, lâche celui qui dit désormais que son parti est devenu “raciste”, explique-t-il.

Sida, immigration, racisme... Nigel Farage se marginalise

C'est l'histoire récente qui a finalement permis à Nigel Farage de gagner son pari. Lorsque le Front national, parti auquel il refuse de s'associer, remportait les élections européennes en 2014, le Ukip s'imposait Outre-Manche. Dans la foulée, il a fait son entrée au Parlement britannique, le célèbre Palais de Westminster. L'ancien trader sur les marchés de métaux à la City compte bien surfer sur cette nouvelle légitimité pour incarner officiellement l'opposition à l'UE. 

Boris Johnson, l'ex-maire de Londres, et Michael Gove, ministre de la Justice, en décideront autrement. Nigel Farage serait, selon eux, trop clivant. Ses propos sur les malades du sida, dont il faudrait interdire l'entrée au Royaume-Uni, ne passent pas. "Ils disent tous les jours que je suis toxique", se plaint Nigel Farage dans The Guardian

Qu'importent les dissensions, qu'importent les oppositions, rien n'arrête Nigel Farage, qui poursuit son combat pour sortir son pays de l'UE loin de la campagne officielle. Et ce par tous les moyens. Il créé une fois de plus la polémique en dévoilant une affiche montrant une file de réfugiés traverser la frontière entre la Croatie et la Slovénie avec le slogan "Point de rupture" écrit en rouge et en gros caractères. En bas, une légende explique : "L'UE nous a déçus. Nous devons nous libérer de l'UE et reprendre le contrôle de nos frontières."

Un faux argument martelé pendant la campagne

Quelques heures après la victoire du Brexit, la stupeur s'empare des électeurs après que Nigel Farage admette qu'il a menti au sujet d'un des arguments phares convoqué par les pro-Brexit : à savoir la promesse d'utiliser l'enveloppe de 350 millions de livres (435 millions d'euros) envoyée chaque semaine pour le budget de l'Union européenne pour financer la NHS, le système de santé publique du Royaume-Uni.

Sur le plateau de l'émission Good Morning Britain, diffusée sur la chaîne ITV, Nigel Farage a rétorqué qu'il s'agissait d'une erreur du camp du Leave. "Non, je ne l'ai jamais prétendu. C'était une erreur faite par le camp du 'Leave'". Une façon de régler ses comptes avec Boris Johnson, l'ex-maire de Londres qui l'a privé de campagne pour le Brexit. "Un matelas de 34 millions de livres par jour qui pourraient être utilisées pour la NHS, les écoles ou quoi que ce soit d'autre", a-t-il ensuite annoncé plus évasif. Cet aveu confirme l'adage qui anime le personnage : prêt à tout pour gagner.

Il passe trois fois à côté de la mort

Excessif, l'europhobe convaincu l'est aussi dans sa vie privée. Miraculé, il a failli perdre la vie à trois reprises : renversé par une voiture à la sortie d'un pub à 20 ans, atteint d'un cancer des testicules quelques mois plus tard et victime d'un crash d'avion en 2010. "On ose beaucoup plus prendre des risques quand on a frôlé la mort trois fois", avait-il alors déclaré. "Quand on pense qu’on va mourir et qu’on survit, on veut juste rebondir et agir. Il n’y a pas de temps à perdre." Excessif, Nigel Farage, cigarette dans une main et chope de bière dans une autre, continuera à l'être. La victoire du Brexit l'a sans doute encore un peu plus convaincu.

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2016-06-24 17:36:00
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