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"Affaire du bisou" en Tunisie : "On veut récupérer mon frère", réclame sa sœur

DOCUMENT RTL - La sœur de Nessim Ouadi, un Franco-Algérien condamné en Tunisie pour avoir embrassé une de ses amies sur la voie publique, réclame le retour de son frère en France.

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"Affaire du bisou" en Tunisie : "Mon frère ne se serait jamais permis ce genre de choses" Crédit Image : AFP / GIANLUIGI GUERCIA | Crédit Média : Sina Mir | Durée : | Date :
Sina Mir Journaliste RTL

"Atteinte à la pudeur, atteinte aux bonnes mœurs, outrage à un fonctionnaire public, état d'ébriété et refus d'obtempérer" : la liste des charges retenues contre Nessim Ouadi est longue. Depuis vendredi 6 octobre, ce Franco-Algérien de 33 ans, cadre d'une société à Marseille, dort en prison pour avoir embrassé son amie tunisienne de 44 ans à la sortie d'une boîte de nuit branchée près de Tunis. Le jeune homme a été condamné à quatre mois et demi de prison ferme et son amie à trois mois de prison ferme. Il a fait appel de la condamnation. Depuis, les Tunisiens ont rebaptisé cette histoire "l'affaire du bisou".

"J'ai l'impression d'être dans un film. On est une famille sans histoire, mon frère est cadre dans une société à Marseille, ma mère c'est quelqu'un qui a travaillé toute sa vie. On n'a pas été élevés comme ça. Mon frère ne se serait jamais permis ce genre de chose. On est choqué par les chefs d'inculpation", explique la sœur de Nessim au micro de RTL.

"Vous imaginez qu'à 33 ans et à 44 ans ils vont s'amuser à être complètement dénudés dans une voiture dans un pays musulman ? On connaît, on l'est nous-même. Et puis même dans un pays comme la France, on ne le ferait pas. (...) On a toujours respecté les coutumes, on sait ce qu'il en est", poursuit-elle.

Ambiance cauchemardesque

Les faits remontent au 29 septembre. Nessim Ouadi prend une bière avec son amie tunisienne, à Gammarth, avant de s'arrêter en voiture sur le bord d'une route touristique. C'est à ce moment-là qu'ils sont contrôlés par des policiers alors qu'ils étaient vraisemblablement en train de s'embrasser. Près de vingt minutes plus tard, un agent les autorise à partir. Mais Nessim Ouadi, "se croyant en France", comme l'explique son avocat, exige les noms et immatriculations des policiers et menace de prévenir l’ambassade de France.

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L’ambiance vire alors au cauchemar : les forces de l'ordre les obligent à signer un procès-verbal que Nessim Ouadi ne comprend pas avant d'être emmené en prison. Le dimanche matin, son amie et lui comparaissent devant un substitut du procureur pour "atteinte à la pudeur" et "refus d’obtempérer", auxquels s’ajoutent, pour elle, "état d’ébriété" et, pour lui, "outrage à fonctionnaire en exercice". Nessim Ouadi aurait rétorqué aux agents de "s’occuper des voleurs et des terroristes".

"Aussitôt que nous le saurons, je demanderai à visiter personnellement notre compatriote", s’engage l’ambassadeur Olivier Poivre d’Arvor qui a reçu ce week-end la mère du jeune homme. "Cette condamnation crée un malaise car cela est à contre-courant de l’esprit de tolérance du pays", ajoute-t-il. Le député indépendant Raouf el May a publié sur les réseaux sociaux, vendredi 6 octobre, une photo de lui embrassant sa femme avec ce commentaire : "Dans quel commissariat me rendre pour aller en prison ?".

On veut se dire que c'est un malentendu.

Sœur de Nessim Ouadi
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"Atteinte à la pudeur, ébriété sur une voie publique : il n'y a pas de test qui le prouve. Outrage à agent, visiblement là-bas il l'utilise à tire-larigot. c'est ce qui fait qu'aujourd'hui les prisons tunisiennes sont blindées. Je n'ai jamais vu mon frère en France, ni à l'étranger dans tous les pays qu'il a pu visiter, se comporter comme ça", s'offusque la sœur de Nessim. Et de s'interroger sur la véracité des faits reprochés : "Est-ce qu'il y a eu un vrai bisou, est-ce qu'il y a eu juste un bisou volé, est-ce qu'il n'y a rien eu du tout et qu'en fait ça a tellement dégénéré avec la police ?" 

"Apparemment, il aurait dit 'au lieu de vous occuper des jeunes couples qui profitent juste d'une soirée, allez vous occuper des vrais problèmes, des jihadistes, des voleurs'. C'est ce qui aurait fait que ça a dégénéré", avance la sœur. Elle raconte les suites de l'affaire. Au poste de police, il est demandé à Nessim de signer un procès-verbal. Problème : il est écrit en arabe littéraire, une langue qu'il ne maîtrise pas. Il refuse donc de parapher les documents. "Il souhaitait qu'on appelle un traducteur, ils lui ont dit non. Donc il a signé sous une pression, pareil pour son amie et il s'est retrouvé au trou. Il se sont retrouvé à comparaître directement devant cette juge". 

"C'est ça qui nous anéantis, il n'y a rien qui est normal dans cette procédure-là. On vous met votre frère en prison et il n'a pas le droit de passer un coup de fil et il signe tout et n'importe quoi. Qui accepterait ça ? Nessim a dû leur dire : 'Je ne suis pas un imbécile, vous allez me donner vos noms et je ne vais pas m'arrêter là'. C'est ce qui a fait que la procédure a continué jusqu'à ce qu'il se retrouve devant cette juge-là", fulmine-t-elle. Et de conclure : "On ne veut pas pointer du doigt, on veut se dire que c'est un malentendu. On veut récupérer mon frère, c'est tout ce qu'on veut. Qu'il y ait eu un acharnement ou non, je m'en fiche. Je veux mon frère".

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