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"Tiens, si je créais une sorte de jumeau numérique ?" : quand un patron français d'une multinationale met au point un double en IA pour communiquer avec ses salariés

Jacques Pommeraud, le PDG d'Inetum, a mis en place "Jack", un chatbot pour répondre aux questions de ses employés et destiné à lui faire gagner un temps précieux pour les tâches décisives. Côté salariés, on estime qu'un manager IA "ne percevra jamais la détresse silencieuse d'un collaborateur en difficulté".

Jacques Pommeraud, PDG d'Inetum, pose pour une séance photo à Paris le 27 août 2024.

Crédit : Alain JOCARD / AFP

Mon patron, bientôt une IA : un PDG français crée son double numérique

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Diane Berger - édité par Gabriel Joly

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L'intelligence artificielle (IA) prend petit à petit le pouvoir dans les entreprises. Chez Inetum, une multinationale basée en Île-de-France qui vend des services informatiques à d'autres sociétés, le patron a créé son jumeau numérique avec l'aide de l'IA. Pour l'instant, il ne parle pas encore, mais c'est prévu pour bientôt : en l'état, il s'agit d'un chatbot, une sorte de messagerie destinée aux 27.000 salariés de la boîte.

"Imaginons que je sois quelqu'un qui travaille aux ventes et que j'ai un rendez-vous avec une banque. Quels sont les conseils que [le PDG] pourrait me donner ?", questionne Emmanuel Adrey, le directeur de la communication, lors d'une démonstration du logiciel. Quelques secondes plus tard, une réponse apparaît : "Allons à l'essentiel. Un rendez-vous bancaire se gagne sur trois choses. La clarté du cap, la discipline financière et la maîtrise de l'exécution, puis Jack développe tout un argumentaire".

Ce double numérique sobrement baptisé "Jack" se base sur des mails ou encore des posts LinkedIn du vrai chef d'Inetum, Jacques Pommeraud. Mais à quoi Jack peut servir concrètement ? "J'ai seulement 24 heures dans mes journées, je ne peux pas être partout à la fois", répond le vrai Jacques, qui espère que son double pourra par exemple animer des réunions lorsqu'il sera plus développé afin de lui faire gagner du temps. 

"Je me répète souvent dans les différents pays. Donc je me suis dit, tiens, si je créais une sorte de jumeau numérique qui pourrait augmenter ce que je fais, bien sûr mes journées vont rester très chargées, mais 100% de mon temps sera passé sur des choses que seul le vrai moi peut faire en personne", ajoute-t-il. Autrement dit, trancher sur des décisions stratégiques et mener les négociations les plus cruciales.

"Un manager IA ne ressentira jamais la surcharge d'une équipe"

D'après Inetum, la plupart des salariés sont emballés mais Nadira Zeroual, représentante des salariés pour le syndicat S3i, est plus nuancée : "Même si on comprend l'intérêt technologique de l'innovation, un manager IA ne ressentira jamais la surcharge d'une équipe. Il ne percevra jamais la détresse silencieuse d'un collaborateur en difficulté", rappelle-t-elle.

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Pour elle, il ne faudrait donc surtout pas qu'un jour, Jack l'IA remplace tous les managers de l'entreprise. D'ailleurs, de nombreuses personnes redoutent que l'IA entraîne la suppression de cinq millions d'emplois en France dans les toutes prochaines années, selon une étude de l’Observatoire des emplois menacés publiée le 1er avril dernier.

Jacques Pommeraud est-il le premier à tenter ça ? En France, c'est le seul connu, mais des expérimentations existent aux États-Unis, souligne Andrea Tueni, analyste financier chez Saxo Bank. "Il y a eu des cas du côté de Meta notamment, avec Mark Zuckerberg qui veut utiliser un avatar pour avoir une intervention encore plus marquée auprès de ses employés déjà", explique-t-il, sachant qu'il y a aussi eu un café en Suède géré par une IA, qui est devenu un flop.

D'autres entreprises pourraient en revanche aller bientôt plus loin en nommant à leur tête une intelligence artificielle. "Avec justement ce PDG IA, on a cette capacité analytique qui est surpuissante. Il permettrait un gain de productivité, un gain d'efficacité pour cette entreprise qui serait non négligeable", poursuit Andrea Tueni. Reste que ce n'est pas sans risque. D'après lui, il faudra toujours un humain co-PDG pour éviter les dérives, en particulier si l'IA se met à prendre des décisions absurdes ou si elle se fait pirater.

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