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Piratage géant de Binance : une cyberattaque de cette ampleur peut-elle toucher une banque française ?

Le géant des cryptomonnaies Binance, victime d'un piratage massif au préjudice estimé à 6,3 milliards de dollars (5,6 milliards d'euros), a précisé avoir subi une "attaque complexe" ayant causé "plusieurs brèches" dans sa sécurité. Si le risque zéro n'existe pas, le secteur bancaire bénéficie d'un encadrement strict en matière de cybersécurité.

Binance est la première plateforme d'échanges de cryptomonnaies au monde

Crédit : AFP

Juliette Vignaud & AFP

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C'est une cyberattaque d'une ampleur sans précédent dans le monde des cryptomonnaies. Le géant du secteur Binance a indiqué, ce vendredi 30 octobre, avoir été victime d'un piratage massif, pour lequel il travaille "sans relâche" afin de limiter son impact. Le préjudice estimé est à un record historique de 6,3 milliards de dollars (5,6 milliards d'euros). Selon la plateforme, qui revendique 335 millions d'utilisateurs, il s'agit d'une attaque "complexe" ayant causé "plusieurs brèches" dans sa sécurité.

Pour comprendre le fonctionnement de ce "hack" sans équivalent, il faut revenir à la base du fonctionnement des cryptomonnaies. Ces dernières reposent sur une technologie appelée "blockchain", ou chaîne de blocs en français : un registre numérique qui conserve l'historique des transactions et dont la conception rend la falsification particulièrement difficile. Cela ne met toutefois pas les fonds à l'abri des vols : leurs transferts sont autorisés au moyen de clés privées, de longues suites de caractères qui doivent rester secrètes. 

Les portefeuilles numériques servent à gérer ces clés, et non à stocker les cryptomonnaies elles-mêmes, dont les mouvements sont inscrits sur la blockchain. Une personne qui obtient ces clés peut donc déplacer les fonds sans devoir truquer le registre. Pour accéder aux clés privées ou aux systèmes autorisant les transferts, les pirates peuvent exploiter une faille informatique, utiliser un logiciel malveillant ou cibler les personnes, par hameçonnage ou sous la menace.

Certaines clés sont conservées sur des portefeuilles matériels non connectés à Internet. Mais ces dispositifs ne sont pas pour autant à l'abri des attaques : des fonds d'utilisateurs du spécialiste français Ledger ont ainsi été subtilisés au moyen d'implants malveillants glissés dans des appareils commercialisés par un revendeur.

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LA RÈGLE D'OR NUMÉRIQUE - Cryptomonnaies : comment éviter les arnaques

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Dans le cas de Binance, l'enquête s'est orientée vers "un ordinateur portable dont la sécurité a été affectée", appartenant à un ingénieur, avant que plusieurs "points de brèche supplémentaires" soient mis à jour, a indiqué la plateforme sur X. Le déroulement exact de l'attaque reste à établir.

Le secteur bancaire reste plus encadré malgré le renforcement de la régulation des cryptos

Un phénomène identique pourrait-il arriver aux clients d'une banque classique ? Nicolas Arpagian, spécialiste en cybersécurité, se veut rassurant. "Les banques, notamment les plus grandes d'entres elles, sont particulièrement surveillées, encadrées et surtout testées par la Banque centrale européenne (BCE)", dit-il au micro de RTL. Selon lui, la BCE "établit des cahiers des charges techniques extrêmement sévères, robustes". 

Et surtout, la BCE possède "la particularité de tester" ces cahiers des charges "à l'occasion d'exercices, désignés sous le nom de 'stress test', où ils sont mis en difficulté pour voir techniquement s'ils sont capables de réagir, s'ils ont les bons protocoles de détection". 

Pour Nicolas Arpagian, le secteur de la banque est "l'un des mieux encadrés et les mieux impliqués dans la protection des actifs numériques", même si la régulation des plateformes de cryptomonnaie s'est considérablement renforcée ces dernières années, notamment en Europe, où Binance ne peut plus proposer ses services aux utilisateurs du continent à défaut d'avoir obtenu tous les agréments nécessaires.

Une partie des fonds volés gelés par des partenaires de Binance

Binance indique qu'environ 3 milliards de dollars d'actifs, soit près de la moitié du montant affecté, ont été gelés avec l'aide d'émetteurs ou d'infrastructures partenaires. Ces opérations se poursuivent, mais le gel ne signifie pas que les fonds ont déjà été récupérés.

Les auteurs du vol pourraient par exemple payer des partenaires russes ou chinois avec les devises numériques volées, en leur laissant le soin de dissimuler l'origine illégale, estime Stéphane Ifrah, analyste chez Coinhouse, interrogé par l'AFP. Ils peuvent aussi recourir à des dispositifs d'anonymisation, comme les "mélangeurs" (ou "mixeurs") de cryptomonnaies, destinés à compliquer le traçage des sommes dérobées. Binance affirme qu'elle couvrira les pertes liées au piratage. Mais "on voit bien qu'il n'y a pas de risque zéro", souligne Stéphane Ifrah.

Le montant dérobé représente quatre fois celui de la plus grande cyberattaque de ce type : 1,5 milliard de dollars siphonné en février 2025 sur la plateforme Bybit, un vol attribué à un groupe de pirates nommé TraderTraitor, affilié à la Corée du Nord. Selon la société d'analyse TRM Labs, il est très probable que ce même groupe nord-coréen soit derrière le vol au détriment de Binance.

"Plusieurs caractéristiques de cette attaque correspondent à celles de précédents vols liés à la Corée du Nord", assure TRM Labs, en disant s'appuyer sur des "renseignements solides à l'intérieur et hors de la blockchain". "Nous travaillons 24 heures sur 24 et nous rendrons public un rapport d'analyse à froid, une fois les investigations terminées", a promis Binance.

La cyberattaque sur Binance intervient alors que plusieurs observateurs s'inquiètent de voir les capacités des modèles d'intelligence artificielle mettre en péril la cryptographie et les protocoles de sécurité informatique.

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