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Mode dégivrage activé à distance, millions d'euros de pertes... Ce que l'on sait de la cyberattaque hors norme qui a touché plus de 200 supermarchés français

Une attaque informatique a touché les installations frigorifiques de centaines de supermarchés français Coopérative U et Intermarché, forçant le dégivrage à distance de nombreux frigos. Des tonnes de produits frais et surgelés pourraient devoir être jetées, tandis qu'une enquête a été ouverte.

L'Intermarché de Quimperlé (Finistère) (illustration)

Crédit : FRED TANNEAU / AFP

Fanny Rocher & AFP

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C'est un piratage au mode opératoire inédit dans l'Hexagone. Plusieurs supermarchés ont été victimes dans la nuit de dimanche 11 à lundi 12 octobre d'une cyberattaque visant leurs installations frigorifiques. 

L'origine de ces actions est encore un mystère, mais leurs conséquences sont déjà bien réelles. Au total, 150 à 200 magasins Intermarché et moins d'une centaine de points de vente de Coopérative U ont été touchés, ont indiqué les deux distributeurs à l'AFP, confirmant une information de BFMTV. 

Les pirates auraient "réussi à déclencher à distance le dégivrage forcé" des installations frigorifiques de nombreux magasins, qui seront contraints de "jeter l'ensemble des produits" frais et surgelés concernés, a précisé Intermarché à l'AFP.

Une faille de sécurité exploitée dans un logiciel de régulation frigorifique

Toujours selon BFMTV, la cyberattaque a touché les systèmes de régulation frigorifique du fabriquant danois Danfoss, qui équipe de nombreux supermarchés français. Cette régulation comprend un système de dégivrage automatique. 

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Dans la nuit de dimanche à lundi, les pirates ont profité d'une vulnérabilité connue de l'ancienne version du logiciel de régulation Danfoss pour détourner ce système de dégivrage. 

Ils ont alors réussi à imposer un dégivrage continu et ont fait hausser la température des produits. Dans certains magasins, la température des frigos a atteint les 50°C.

Des millions d'euros de perte ?

Selon BFMTV, des établissements d'E.Leclerc sont également touchés et d'après le site spécialisé Je bosse en grande distribution, des magasins Carrefour Market et Monoprix sont également touchés. L'AFP n'a pas encore pu confirmer ces informations.

De nombreux magasins seront contraints de "jeter l'ensemble des produits" frais et surgelés concernés, a précisé Intermarché à l'AFP. Selon le parquet de Paris, il y a aussi eu des "départs de feu".


Intermarché déplore le "gaspillage alimentaire" et la "perte" financière entraînée par cette attaque, sans donner de chiffres. "L'un des points durs" aura trait aux assurances qui ne "couvrent pas ce type" d'incident en magasin, a précisé l'enseigne à l'AFP. Étant donné le nombre de magasins touchés, les pertes globales pourraient atteindre plusieurs millions d'euros. 

Une enquête ouverte, l'ANSSI mobilisée pour éviter toute propagation à d'autres acteurs

Sollicité par l'AFP, le parquet de Paris a annoncé le lancement d'une enquête de sa propre initiative sur "la cyberattaque d'ampleur touchant les réfrigérateurs connectés de plusieurs grands magasins de distribution alimentaire sur tout le territoire français".

L'enquête, dirigée par la section anticybercriminalité et "confiée à l'Office anticybercriminalité (OFAC), doit permettre de recenser les victimes et d'établir le lien avec les dégâts rapportés par celles-ci en termes de pertes de denrées alimentaires et de départs de feu", a-t-il précisé. De son côté, le ministère du Commerce a indiqué être "en lien avec les distributeurs", sans avoir à ce stade "d'informations supplémentaires".

D'après les informations de RTL, le premier ministre a également demandé à l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) de se saisir du sujet. L'agence a déjà identifié une vulnérabilité dans le logiciel fourni par la société danoise et a pris contact avec l'éditeur, en lien avec ses homologues européens. Elle cherche également à vérifier si d'autres entreprises françaises peuvent être concernées par cette menace pour les alerter et les conseiller afin d'éviter toute propagation.

Une attaque "inédite"

Dans un message posté sur X, le patron de Coopérative U Dominique Schelcher a confirmé la cyberattaque qui a touché "les installations de production de froid" de plusieurs de ses magasins. "S’attaquer à des équipements essentiels à la conservation des produits frais et à l’approvisionnement alimentaire des Français est d’une extrême gravité et est inédit. C’est inacceptable", a-t-il dénoncé. 

"Nos équipes sont pleinement mobilisées, en lien avec les frigoristes, pour rétablir la situation au plus vite", tandis qu'"une enquête devra permettre de faire toute la lumière" sur cette situation, a-t-il ajouté. 

Pas de revendication

À ce stade, l'attaque n'a fait l'objet d'aucune revendication et rien ne permet d'en attribuer la responsabilité à un groupe précis. Elle intervient toutefois dans un contexte de menace cyber élevée en France. 

Ces derniers mois, les autorités françaises ont notamment attribué à des acteurs liés aux services russes plusieurs campagnes d'espionnage et de compromission visant des organisations françaises. Aucun élément ne permet cependant, à ce stade, d'établir un lien entre ces opérations et l'attaque contre les infrastructures frigorifiques des supermarchés.

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