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Coronavirus : relocaliser en France, une stratégie envisageable ?

Avec la crise du coronavirus, relocaliser la production en France semble s'être imposée comme une obligation. Mais pour obtenir de la rentabilité, les entreprises devront miser sur du haut de gamme.

Un salarié de l'usine Toyota Onnaing, près de Valenciennes, sur une ligne de production.
Un salarié de l'usine Toyota Onnaing, près de Valenciennes, sur une ligne de production.
Entreprises : relocaliser en France, une stratégie envisageable ?
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Martial You - édité par Bastien Hauguel

Emmanuel Macron a lancé mardi 16 juin la relocalisation d'une partie de la production de médicaments en annonçant un plan de 200 millions d'euros pour aider la recherche et la fabrication. Relocaliser est une obligation qui semble s'être imposée avec le coronavirus. De la vraie politique avec un grand P, car les décisions en matière de stratégie industrielle dépendent vraiment de l'impulsion politique. On se souvient du patron d'Alcatel qui rêvait d'une "entreprise sans usine", oubliant que le "Made In Low Cost" a un coût social très lourd. L'industrie en France représente encore 3 millions d'emplois et un pan entier de notre histoire collective.
 
La relocalisation permet de donner une deuxième jeunesse à nos points forts des années 70. Ce qu'on doit absolument relocaliser, c'est précisément ce qu'on a laissé filer : les médicaments, l'automobile (on produit aujourd'hui à peu près autant de voitures en France qu'en 1968), l'énergie, l'aéronautique, l'agro-alimentaire... On court après notre industrie perdue après avoir laissé démanteler Alstom, la filière nucléaire, et après avoir appauvri nos agriculteurs.

Un savoir-faire indéniable

Mais est-ce rentable de produire en France ? Oui, si on joue le haut de gamme et qu'on cesse de courir après les coûts. La matière première pour relocaliser, c'est la matière grise. Nous sommes un pays d'ingénieurs, avec de bonnes universités et le crédit d'impôt recherche. Tout cela nous permet de penser qu'on est armé pour fabriquer du haut de gamme et qu'on peut être en pointe sur l'intelligence artificielle.

Notre industrie a certes pris un coup de vieux, mais on a encore une tradition et un savoir-faire qu'on peut réactiver. Dans l'industrie pharmaceutique, un salarié sur cinq travaille par exemple pour la recherche. Il existe également des exemples de rentabilité possible sur des secteurs qui avaient été phagocytés par la Chine, comme les lunettes. Autour des villes d'Oyonnax et de Morez, dans les vallées de lunettiers, on a pu relancer cette production qui semblait perdue à jamais.

Un coût de production encore trop important

Le problème de la relocalisation reste le coût de la production. Nos salariés sont payés plus chers que les autres mais, surtout, fabriquer en France coûte beaucoup plus cher qu'ailleurs. Le diagnostic du gouvernement est fait sur ce point : il faut baisser les impôts de production. Ces derniers représentent tout ce que paie un industriel avant d'avoir sorti la moindre pièce de son usine : les impôts fonciers pour ses bâtiments, les taxes sur les machines, les impôts locaux, etc. Un vieux combat du Medef, mais qui pénalise vraiment l'industrie française ?
 
La différence est majeure sur ce point. Difficile de ne pas la comprendre entre les lignes quand on analyse l'affaire des ouvriers polonais de PSA. La concurrence à ce niveau se joue entre pays européens. Quand on peut faire venir des travailleurs polonais dans une usine PSA du Nord de la France, cela démontre qu'il n'y a pas de plus value dans notre industrie. Un Polonais de Peugeot sait faire aussi bien qu'un Français de Peugeot. Mais pour moins cher.

Miser sur une montée en gamme des productions

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Il ne faudrait donc pas craindre uniquement le salarié low cost asiatique. Il est important de ne pas dépendre de la Chine. Mais la quitter ne veut pas dire revenir en France. Dans l'enquête E&Y, 83% des dirigeants qui pensaient relocaliser leurs usines en Europe imaginaient aller en Europe de l'Est, en Turquie ou au Maghreb. Le coût de la production reste donc un critère essentiel.

La solution, c'est la montée en gamme de nos productions : numérique, voiture électrique, médicaments d'avenir... Des produits dont le prix de vente est élevé car ils ont recours à une technologie de pointe. Il ne faut également pas se tromper dans le diagnostic et dans le rapatriement des productions. Il faut savoir faire une croix sur certains secteurs, comme le textile à petit prix. Et se dire que si les industriels se sont installés en Chine ou en Inde, c'est aussi pour alimenter le marché local, parce qu'on y trouve un tiers de l'humanité.

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