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D'où vient le débat sur le partage des richesses en entreprise ?

ÉCLAIRAGE - Depuis les années 1850, certains salariés bénéficient de parts de leur entreprise. Une participation qui n'a cessé d'évoluer au fil des décennies. La crise de la Covid-19 pourrait remettre le sujet sur la table.

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HISTOIRE DU MONDE D'APRÈS - D'où vient le débat sur le partage des richesses en entreprise ? Crédit Image : PHILIPPE HUGUEN / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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Anais Bouissou
Anaïs Bouissou édité par Louis Chahuneau

Le partage des richesses, c’est un débat pour les mois et les années qui viennent, comme l'a expliqué le Premier ministre Jean Castex : "Je souhaite enfin que le dialogue social s’empare sans délai des questions du partage de la valeur dans les entreprises et prévoit les conditions d’une relance de la participation et de l’intéressement". 

Mais le partage des richesses d’une entreprise c’est un débat qui existait déjà au milieu du XIXème siècle ! Dans les années 1850, la France entame sa révolution industrielle, le commerce se développe. Vapeur, charbon, chemin de fer, machines augmentent la productivité, compressent le temps et les distances.


"Il fut un temps où tous les outils tenaient dans les mains d’un homme. Notre standard de vie suivait la courbe ascendante du progrès mécanique". Seulement, le capitalisme grandissant perd parfois dans son sillage, la valeur travail, le salarié.

Frédéric Lerais, est directeur de l’Institut de recherche économique et sociale : "La question dans l’entreprise est de savoir comment se fait-il qu’une part des richesses produites ne revienne pas aux travailleurs. Il y a une amélioration globale de la richesse produite en entreprise. À cette époque-là le salaire se fixe sans norme et parfois ne suffit pas à vivre." On observe des mouvements d’économistes, et on crée des rapports sur la pauvreté. Les revendications sont alors très fortes.

La naissance du salaire minimum

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Face à cette injustice, une idée émerge au début du XXème siècle, celle de garantir un minimum pour vivre. Quelques chefs d’entreprises décident alors d’offrir à leurs salariés, une partie des richesses produites. Mais il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que l’État s’en saisisse.  

La France est en pleine reconstruction, l’inflation galopante menace les salariés de pauvreté.
En 1950, un salaire minimum est alors crée : le SMIG, 78 francs de l’heure en Île-de-France, 65 francs partout ailleurs.

"Ce qu’on appelait le SMIG avec un G qui évoluera peu au début, ancêtre de l’inflation. Les experts ont défini ce que devait avoir un ouvrier en région parisienne. C’est ce panier qui a permis de définir ce montant initialement. Il a fallu aider en mettant un salaire minimum", explique Frédéric Lerais.

De Gaulle crée la notion de participation

Le SMIG deviendra le SMIC, lui-même régulièrement réformé et réévalué. Mais le partage des richesses n’est pas réservé aux salaires les plus bas. À la fin des années 50, le général de Gaulle introduit une notion nouvelle dans la loi. Un bonus pour les salariés dont l’entreprise génère des bénéfices. C’est la participation.
 
 "Il y a d’abord la partie 1959. Ça ne prend pas parce que ça reste facultatif. En 1967 cela devient obligatoire pour les grandes entreprises. Georges Pompidou fait un premier bilan un an plus tard. C’est un dispositif qui va se développer. Aujourd’hui, les dernières études laissent penser qu’il y a à peu près la moitié des salariés couverts par ces formes de dispositifs de partage des fruits de la croissance de l’entreprise". 
 
Dans les années 1980, les richesses de l’entreprise se partagent encore un peu plus, avec le développement de l’actionnariat. "Dans les années 80 se développe une financiarisation des actions, avec un gonflement des dividendes. L’actionnaire va demander un certain rendement. Les dividendes continuent de poser question, les économistes s'écharpent régulièrement sur ces questions-là. Mais aujourd’hui au-delà du partage entre les actionnaires, employeurs et salariés, il y a toujours les salariés qui sont là".

"La crise sanitaire a mis en visibilité des travailleurs à bas salaire qui ne pouvaient pas télétravailler.

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Et avec le temps, le gâteau du partage des richesses se fractionne en part de plus en plus inégales. Y compris entre les salariés eux-mêmes. Et l’évolution des bas salaires est différente des hauts salaires. Ça fait partie des revendications de justice sociale plus importante parmi les travailleurs".

"La crise sanitaire a mis en visibilité des travailleurs à bas salaire qui ne pouvaient pas télétravailler, et qui étaient soumis à un risque. La question qui va se poser c’est est-ce que l’effort est bien partagé entre tous ?" Il le fait pour le salaire des fonctionnaires, il faudra qu’il le fasse aussi dans le privé.

Faut-il donc plafonner les hauts salaires ? Augmenter les bas revenus ? Modérer, ou pas les dividendes ? Comment développer la participation jusque dans les plus petites entreprises. Et dans tout ça, quelle est la place de l’Etat ? Ce sont bien ces notions, ces questions du monde d’avant, qui s’apprêtent à se poser à nouveau dans le monde d’après.

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