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Consigne sur les bouteilles en plastique : pourquoi l'idée d'Emmanuel Macron est loin de faire l'unanimité chez les élus locaux

Emmanuel Macron relance l’idée d’une consigne sur les bouteilles en plastique et les canettes pour améliorer les performances de recyclage de la France. Mais le projet suscite une vive opposition des collectivités locales, qui dénoncent un coût économique important et contestent son efficacité environnementale.

Des bouteilles en plastique

Eléonore Aparicio & AFP

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Emmanuel Macron espère accélérer le recyclage des déchets en France en relançant l’idée d’une consigne pour les bouteilles en plastique et les canettes. Mais cette proposition, déjà évoquée à plusieurs reprises ces dernières années, est loin de faire consensus. Entre impératifs écologiques, intérêts économiques et tensions avec les collectivités locales, le projet provoque déjà une forte opposition.

Lors d’un conseil de planification écologique à Paris, le président de la République a demandé au gouvernement d’ouvrir une concertation sur la mise en place d’un système de consigne. Le principe est simple : les consommateurs rapporteraient leurs bouteilles usagées dans des bornes installées notamment dans les supermarchés, en échange de quelques centimes.

Rattraper son retard et réduire la facure

Pour Emmanuel Macron, cette mesure pourrait aider la France à rattraper son retard en matière de recyclage. Les chiffres sont en effet préoccupants : en 2024, seulement 23,1 % des déchets plastiques collectés en France ont été recyclés. Le reste est principalement incinéré ou mis en décharge. Ces résultats placent la France loin derrière plusieurs voisins européens comme l’Espagne ou la Belgique, qui dépassent les 40 % de recyclage.


Le chef de l’État insiste aussi sur l’enjeu financier. Selon lui, la France paie chaque année près de 1,5 milliard d’euros pour non-respect des objectifs européens liés au recyclage et à la consigne. À ses yeux, le statu quo n’est donc plus possible.

Pourquoi les collectivités freinent des quatre fers

Mais du côté des collectivités locales, la colère monte. Les associations d’élus dénoncent une mesure qui risque de fragiliser financièrement les communes et les intercommunalités. Aujourd’hui, ce sont elles qui récupèrent une partie des bouteilles plastiques via les centres de tri et qui revendent ensuite ces matériaux recyclables. Avec une consigne nationale, une partie importante de ces déchets quitterait le circuit municipal pour être directement récupérée par les distributeurs et les industriels.

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Pour les élus locaux, cela représente une perte économique importante. Jean-François Vigier, vice-président de l’Association des maires de France, a ainsi promis de “se battre” contre le projet. Les associations d’élus parlent même d’une “aberration environnementale et financière”.

Leur critique ne porte pas uniquement sur l’argent. Elles estiment aussi que cette “fausse consigne” favorise surtout le recyclage du plastique plutôt que la réduction réelle des déchets ou le réemploi des emballages. Certains craignent également que les consommateurs soient perdus entre les différents systèmes de tri déjà existants.

Un dispositif imposé par l'UE à partir de 2029

Face à ces critiques, le gouvernement tente de calmer le jeu. Le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, assure qu’il ne s’agit pour l’instant que d’une phase de concertation et non d’une mise en œuvre immédiate. Il rappelle toutefois que l’Union européenne imposera de toute façon ce type de dispositif à partir de 2029.

Même parmi les acteurs du secteur plastique, certains appellent à la prudence. Plastics Europe estime que la consigne ne sera pas “une solution miracle”. L’organisation souligne que d’autres pays ont amélioré leurs performances de recyclage sans passer par ce système, simplement en optimisant le tri des déchets.

Le débat autour de la consigne illustre donc un conflit plus large entre ambition écologique et organisation territoriale. Si le gouvernement veut améliorer rapidement les résultats français en matière de recyclage, les collectivités refusent de perdre la maîtrise d’un système qu’elles financent et gèrent depuis des années. La concertation annoncée s’annonce donc particulièrement tendue.

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