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Une enseigne Decathlon (illustration)
Crédit : PASCAL GEORGE / AFP
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Des bénéfices qui s'accumulent et un pouvoir d'achat qui recule. Tel est le slogan des organisations syndicales qui appellent à la grève chez Decathlon, ce samedi 6 juin 2026. Les salariés sont invités à cesser de travailler ce jour-là pour témoigner de leurs revendications salariales. C'est paradoxal. Mais c'est la bonne santé de l'enseigne de matériel et de vêtements de sport qui a déclenché le mouvement.
Decathlon, l'une des marques préférées des Français, appartenant au groupe Auchan, a réalisé 17 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025, avec un bénéfice de plus de 900 millions d'euros, en hausse par rapport à l'année précédente.
Les syndicats demandent à la fois des moyens supplémentaires et des augmentations de salaire, pour participer aux fruits de la croissance et du profit. Cela ne semble pas vraiment anormal.
Ce conflit est un signe précurseur de la situation sociale en France. Il y a des éléments propres à Decathlon, mais il y a également une toile de fond qui est identique pour toutes les entreprises françaises. Les négociations salariales ont été bouclées fin 2025 ou début 2026, à une époque où l'inflation était à peine supérieure à 1%. Les salaires de cette année ont donc été augmentés de moins de 2%.
Depuis, la guerre en Iran et le blocage du détroit d'Ormuz ont fait flamber le cours du pétrole et du gaz, et tiré l'inflation. Celle-ci atteint 2,4%. Certains économistes prédisent d'ailleurs une hausse des prix de 2026 pouvant être supérieure à celle de 2022, lors de l'invasion de l'Ukraine.
Cela signifie que le pouvoir d'achat va baisser en France cette année ? À la mi-2026, c'est déjà le cas. Les salaires réels ont probablement légèrement baissé. Ce serait la première fois depuis 2013.
Et cette nouvelle crise inflationniste intervient tandis que les salaires de la zone euro viennent tout juste de rattraper leur déficit, creusé par les années 2022-2023. En France, la situation était différente, car le gouvernement avait mis en place un bouclier tarifaire, qui avait considérablement atténué la morsure de l'inflation, et permis au pouvoir d'achat de se maintenir pendant cette période. Ce bouclier avait protégé les salariés, et les entreprises, qui n'ont pas subi de pression sociale pour augmenter les salaires.
Mais cette fois-ci, il n'y a pas de bouclier. Il n'y a que des mesures sectorielles, dont l'ampleur est incomparable à côté de ce qui a été fait en 2022. On a déjà utilisé toutes les marges du déficit. Cela signifie que les syndicats vont se tourner davantage vers les employeurs, pour demander des revalorisations, surtout si les bénéfices progressent. La grève chez Decathlon n'est peut-être que la première d'un front social agité.
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