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"Un patient est venu après trente ans sans rendez-vous médical" : dans le Finistère, un "médicobus" contre les déserts médicaux

Dans les petites communes, seul un Français sur deux estime qu’il lui est facile de trouver un médecin. Dans les monts d’Arrée, le département du Finistère a lancé un cabinet médical mobile. En deux mois et demi, le "médicobus" a déjà séduit 200 patients, parfois sans suivi depuis des décennies.

Médicobus

Crédit : Département du Finistère

"Un patient est venu après trente ans sans rendez-vous médical" : sans le Finistère, un "médicobus" contre les déserts médicaux

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Mathieu Lopinot

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Garé devant la mairie, le grand camping-car blanc ne passe pas inaperçu. À l’intérieur, une table d’examen, un électrocardiogramme, un échographe portable. Bienvenue dans le "médicobus". Ce cabinet médical itinérant sillonne, depuis début décembre, trois communes des monts d’Arrée, au cœur du Finistère. Vous pouvez croiser le médicobus trois jours par semaine à Huelgoat, Brasparts et Scrignac. Ici, ce ne sont plus les patients qui vont chez le médecin, mais les médecins qui viennent à eux.

Médicobus

Crédit : Département du Finistère

À l’approche des élections municipales, l’accès aux soins est devenu un enjeu central. Selon un récent sondage Toluna Harris Interactive pour RTL, dans les plus petites communes, seul un Français sur deux estime qu’il lui est facile de trouver un médecin, soit dix points de moins en six ans. Une réalité que connaissent bien les habitants de ce territoire rural.

À Huelgoat, commune de 1.440 habitants, un seul médecin exerce encore. Sa patientèle atteint 3 300 patients. Sur les 12 communes alentour, pour 7.000 à 8.000 habitants, on ne compte que deux généralistes, séparés par 25 kilomètres. "On est vraiment dans un désert médical", souffle Jacques Thépaut, le maire de Huelgoat. Depuis 2018, la commune cherche à attirer des praticiens, sans succès. 

Quand on nous a parlé du Médicobus, ça a été un ouf de soulagement. Ça nous sauve beaucoup

Jacques Thépaut, le maire de Huelgoat

Le véhicule, financé à hauteur de 215.000 euros par le département du Finistère, cible en priorité les zones les plus en tension. "On a commencé là où il n’y avait même pas 0,2 médecin pour 1.000 habitants, alors qu’il en faut au minimum un", explique Raymond Messager, vice-président du Département chargé de la ruralité et de l’accès aux soins. Et la pression ne va pas faiblir : le nombre de plus de 75 ans devrait doubler dans les années à venir.

À bord, le docteur Juliette Oran et Jérôme Bénéat, infirmier en pratique avancée, assurent les consultations. Une dizaine de patients par jour, loin des 20 à 25 vus en cabinet classique, mais ici, le temps médical est différent. 

Sur les 200 patients que nous avons vus, certains n’avaient pas consulté depuis 20 ou 30 ans

le docteur Juliette Oran et Jérôme Bénéat, infirmier en pratique avancée, assurent les consultations dans le médicobus

Diabète, hypertension, pathologies silencieuses : le bus révèle des situations inquiétantes. Un patient est venu après trente ans sans rendez-vous médical. D’autres n’avaient pas vu de médecin depuis dix ou vingt ans. "Le fait de venir ici leur permet de refaire un point sur leur santé. C’est bénéfique", souligne le docteur Oran. 

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Le médicobus est équipé d’un tensiomètre, d’un dermatoscope, d’un stéthoscope connecté et même d’outils prêts pour la téléconsultation. "On est parfois mieux équipés que dans certains cabinets", assure l’équipe.

Je n'avais pas vu de médecin depuis 2 ans, je suis presque contente de venir chez le docteur

Marie-Christine, 66 ans

Pour les habitants, l’arrivée du bus change tout. Marie-Christine, 66 ans, en est l’exemple. Installée depuis deux ans dans la région, elle n’avait pas de médecin traitant. "L’an dernier, un médecin a accepté de me recevoir, mais m’a dit qu’elle ne pouvait pas me prendre comme patiente, elle était overbookée". Sans solution locale depuis plus de cinq ans, elle envisageait les urgences ou un retour en Belgique, son ancien pays de résidence, pour renouveler ses prescriptions.

"Quand j’ai lu qu’on allait avoir un Médicobus, j’ai sauté sur l’occasion. Être sans médecin à mon âge, c’est compliqué. Là, c’est hyper pratique, le bus vient presque à domicile. Je suis presque contente de venir chez le médecin", sourit-elle.

Au-delà des consultations ponctuelles, l’équipe établit des déclarations de médecin traitant. Une centaine de patients sont déjà suivis régulièrement. Face au succès, le département envisage le lancement d’un second cabinet mobile d’ici un an et demi.
Dans ces territoires où la distance au soin est devenue la norme, le médicobus apparaît comme une réponse concrète, sinon définitive. À quelques semaines des municipales, il incarne surtout une attente forte : celle de ne plus avoir à parcourir des kilomètres pour voir un médecin.

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