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Attentats à Paris : un hymne... à la vie

REPLAY - "La Marseillaise" figure à la une de nombreux journaux français et étrangers ce mardi 17 novembre.

Adeline François
Adeline François
Crédit : Romain Boé
Attentats à Paris : un hymne... à la vie
06:42
Adeline François

"Allons enfants de la patrie"... Il n'en est pas encore tout a fait un, un enfant de la patrie. Didi a 35 ans, il est Algérien, mais depuis samedi, il songe a demander la nationalité française. "Je me sens français même sans les papiers. Encore plus depuis vendredi soir." Didi est le responsable de la sécurité du Bataclan depuis 12 ans et il se confie ce matin au Monde. Vendredi soir, il était le seul agent présent devant les barrières de sécurité à l'entrée du bataclan. On le dit mort depuis samedi, mais il est bien vivant, tout comme les cinq autre vigiles qui travaillaient vendredi soir.

Didi raconte à son tour l'horreur, l'enfer de vendredi soir. Les premiers tirs, les terroristes et leur discours sur les frères en Syrie et la faute de Hollande. "Je me suis dit : 'Qu'est-ce qu'ils viennent nous faire chier avec leurs conneries, en plein concert de rock !'" Didi connaît toutes les issues de secours, il montre le chemin, fait sortir des centaines de spectateurs. "Je suis videur, pas soldat, pas membre du GIGN." Il ne fanfaronne pas, ne se sent pas du tout l'étoffe d'un héros. Il est juste en vie et il veut penser à ceux qui ne le sont plus. Et aussi aux démarches pour avoir la nationalité française. 

Bleu, blanc, rouge

Les paroles de La Marseillaise sont partout ce matin. Elles sont d'abord en une de L'Équipe : "Allons enfants", titre le quotidien sportif, avec en photo, un gros plan sur le torse d'un supporter de l'équipe de France, la main sur le cœur. Allons enfants, continuez à courir derrière un ballon, pourrait-on dire aux Bleus qui affrontent l'Angleterre ce soir à Londres, comme on le dit à des mômes dans la cour de récré.

Ce sera, comme le dit L'Équipe"tellement plus que du foot". L'éditorialiste Fabrice Jouhaud en a le souffle coupé et a décidé de publier un édito blanc, intitulé "Silence" : une colonne blanche, sans aucun mot. 

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Fallait-il annuler le match ? Pour le quotidien, la question ne se pose pas, il fallait être à Wembley, participer à l'hommage du monde et de l'Angleterre, il faudra donc jouer, sans savoir à quoi peut ressembler un tel match. "Être ce soir a Wembley", écrit Vincent Duluc, "c'est une manière d'être fidèle à nos vies en temps de paix, de partager une humanité et beaucoup de chaleur". L'histoire de ce match ne sera pas ce match, ce sera celle d'un Wembley aux couleurs bleu, blanc, rouge, et de 75 000 Anglais qui vont chanter La Marseillaise après God save the Queen, dans un renversement du protocole qui est déjà bouleversant. Et il n'est pas un peuple au monde qui chante mieux les soirs de peine que les Britanniques.  

La presse anglaise aussi

Et pour que les supporters anglais puissent donner de la voix, le Daily Mirror publie l'intégralité des paroles de La Marseillaise à la une de son édition sports. "Aux armes citoyens", clame The Independent en une, mais pas pour parler de foot. La photo est celle de François Hollande, entouré de ses ministres, lundi lors de la minute de silence.

"Formez vos bataillons". A la une de la plupart des quotidiens français, François Hollande est le "chef de guerre"comme le titre Le Télégramme. La presse salue quasi unanimement un François Hollande qui "a pris la mesure de cette épreuve historique et, par la même occasion, marqué un point politique", comme l'écrit Laurent Joffrin dans Libération.

Même Nicolas Beytout, dans le journal libéral L'Opinionlui accorde un satisfecit : "La détermination froide de son discours devant le congrès sonne comme une bonne nouvelle : enfin !". Enfin, la réaction de l'État est à la hauteur de la tragédie. Bon, il faut pas exagérer non plus, Nicolas Beytout dénonce une hasardeuse proposition de réforme de la Consititution et l'ouverture des vannes budgétaires. "Ce sont les cigales qui l'ont emporté", déplore-t-il. 

Un coup politique pour Hollande

D'autres voient dans les propositions du président une "habilité politique" contre l'opposition. Pour Le Parisien, ce lundi aura même été "le jour où Hollande a piégé Sarkozy". "Il a tendu un redoutable piège a la droite", en siphonnant le stock de propositions des Républicains, et même de Marine Le Pen, écrit Nathalie Schuck. "Ils ont été un peu naïfs, ils nous ont fait des propositions et on leur a répondu : chiche !", tacle un proche de l'Élysée. Un ministre ironise aussi sur les 5 000 nouveaux postes de policiers et gendarmes qui vont combler les réductions d'effectifs décidés par son prédécesseur : "Il a coupé l'herbe sous le pied de Sarko, c'est d'une habileté redoutable, il est diabolique (...) Il était martial mais calme, la voix douce, sans effet de manche, pas anxiogène. Tout le contraire de Sarkozy !". Les cartes sont totalement rebattues, dit un conseiller.

Habileté, détermination, mais que de temps perduécrit Yves Thréard dans Le Figaro. Il "eût été bon de prendre plus tôt les mesures annoncées hier", écrit aussi Raymond Couraud dans L'Alsace. "Nous ne sommes pas en guerre depuis vendredi soir, ni depuis Charlie, nous le sommes depuis des années", dit-il.  

Où est Charlie ?

Charlie Hebdo est aussi évoqué dans Le Monde. Il faut lire cet article d'Ariane Chemin sur les dix mois de la France "Charlie" qui viennent de s'écouler. "On ne sait pas exactement quand c'est arrivé, le premier jour sans Charlie. Un mois, cinq semaines, davantage ? Un soir, on s'est aperçu qu'à la radio, on n'avait pas parlé une seule fois de la tuerie. Le dimanche suivant, on a réalisé qu'au repas de famille, on avait oublié de se disputer sur les attentats de janvier. Dans les appartements, les numéros de Charlie Hebdo s'empilent sans avoir été ouverts, l'abonnement pour soutenir l'hebdomadaire court pendant un an." 

Ariane Chemin raconte toute la suite de notre vie en cette année 2015 : les vigiles qui s'ennuient devant les bâtiments qu'ils surveillent depuis janvier, la France qui baisse la garde cet été, qui n'entend pas ou mal les voix, comme celle de Marc Trévidic qui martèlent que le danger rôde. Il y a quelques travaux pratiques comme l'attaque du Thalys, un épisode accablant transformé en épopée par des héros décorés de la légion d'honneur.
 
Et puis le vendredi 13 novembre, qui a commencé par d'autres travaux pratiques : le matin, les secouristes parisiens s'entraînent pour un exercice grandeur nature qui prévoit 180 morts...
 
"Toute sa vie", écrit Ariane Chemin, "on se souviendra d'où et avec qui on était vendredi vers 21h30, exactement comme dix mois plus tôt. Tout a recommencé, dans le même quartier de la République". 

Mais qui se souvient que vendredi matin, les disquaires rangeaient dans les bacs le dernier album de Johnny Hallyday, qui avait choisi le vendredi 13 novembre pour mettre en vente son album le plus engagé. "De l'amour" comporte une chanson sur le djihad, ainsi qu'une chanson sur Charlie Hebdo. Le chanteur y demande : "Que reste-t-il des dimanches de janvier ?"

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