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"Swatting" : les services de police alarmés par la contagion du phénomène

REPLAY - Un canular téléphonique qui mobilise pour rien une équipe d'intervention de la police d'élite : on appelle cela le "swatting". Le phénomène, en pleine expansion, inquiète les autorités.

Un policier du Raid (illustration)
Un policier du Raid (illustration)
Crédit : AFP / Archives, Thomas Samson
"Swatting" : les services de police alarmés par la contagion du phénomène
03:21
Loïc Farge
Loïc Farge

La police - et même souvent des unités d'élite comme le Raid - alertée d'une situation grave à un domicile, intervention d'urgence. Sauf que c'est en fait un pirate informatique qui a pris possession de la ligne téléphonique pour lancer une fausse alerte. Plusieurs personnalités ont été victimes de ces dangereux canulars qui inquiètent la police.

Ce phénomène s'appelle le "swatting". Aux États-Unis, les unités d'élite de la police s’appellent les SWAT. On a donc rajouté un nouvel anglicisme à la langue française. Depuis quelques semaines, le "swatting" s'affiche en gras en haut de notes confidentielles de la police, alarmée par la contagion qui mobilise à chaque fois en pleine nuit de nombreux policiers.

Cibles diverses

Il faut imaginer la violence et la dangerosité de certaines interventions. Lorsque le Raid déboule à 3 heures du matin, pensant déloger un forcené qui vient de décimer sa famille, ça ne se fait pas en douceur. Le 9 juin dernier, Pierre Stambul a ainsi été la victime d'une opération de "swatting" à Marseille.

"Vers 3 heures du matin, j'ai entendu du bruit. En fait, le Raid est arrivé", raconte-t-il. "Je suis sorti devant ma porte, je me suis présenté. Ils m'ont sauté dessus. Ils m'ont fait très mal, ils m'ont traîné par terre. J'ai été battu et insulté", poursuit-il, affirmant avoir été menotté pendant une heure.

Le Raid avait tous les moyens de savoir qu'il avait été victime d'une dénonciation calomnieuse

Pierre Stambul, victime d'une opération de "swatting"
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"Ce qui est fou c'est que trente secondes après leur intervention, la femme que j'étais censée avoir tuée était là. Ils avaient tous les moyens de savoir qu'ils avaient été victimes d'une dénonciation calomnieuse", se désole-t-il.

Pierre Stambul n'a pas été visé au hasard. Il est le co-président de l'Union juive pour la paix, que certains trouvent trop favorable aux Palestiniens.
Parmi les cibles des hackers qui pratiquent le "swatting" figurent beaucoup de journalistes, d'élus ou de personnalités, qui ont pris des positions du même ordre. Même la maire de Lille, Martine Aubry, a été prise pour cible il y a quelques mois.

Plaisanteries idiotes

La police sait-elle qui est derrière ces attaques ? Un nom revient en tout cas très souvent : celui de Grégory Chelli, alias "Ulcan", un hacker installé en Israël. Ce n'est pas lui l'inventeur du "swatting", mais il l'a démocratisé. Il a même créé un site baptisé Viol Vocal qui, d'après une récente note des services de renseignement français, lui permet de diffuser largement ses canulars et leur mode d'emploi.

Cela permet presque à n'importe qui de se livrer à ce genre de plaisanteries idiotes. La preuve : une famille sans histoires a été visée la semaine dernière près de Lyon. Plusieurs enquêtes judiciaires sont ouvertes en France. Quelques-unes ciblent nommément Grégory Chelli. Mais assez bizarrement, aucun mandat d'arrêt n'a encore été adressé par la France aux autorités israéliennes. Le hacker jouit pour l'instant d'une immunité totale.

"Ulcan" n'est pas l'inventeur du "swatting", mais il l'a démocratisé

Damien Delseny

Comment juguler le phénomène ? En rappelant d'abord que le délit de "fausse alerte" est passible de deux ans de prison et de 30.000 euros d'amende. En espérant aussi que la sensibilisation récente des policiers français au phénomène soit efficace. Dans sa note éditée début juin, la Direction centrale de la sécurité publique invite ses troupes à une "particulière vigilance" et à faire "toutes les vérifications possibles avant de déclencher l'intervention des forces spécialisées".

Reste à espérer maintenant que cet appel à la prudence ne produise pas l'effet inverse, qui retarderait des interventions vraiment urgentes celles-là.

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