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3 min de lecture
Julie Bourges alias Douze Février
Crédit : Julie Bourges
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Une vie bouleversée en quelques secondes. Grande brûlée lors d'un accident survenu alors qu'elle n'avait que 16 ans, Julie Bourges s'est reconnue dans le traumatisme vécu par les victimes grandes brûlées de l'incendie mortel de Crans-Montana dans la nuit du Nouvel-An. Elle qui a lutté pendant cinq ans à se réapproprier son corps et faire face au regard des autres, elle souligne aujourd'hui l'importance de mettre en avant le combat des grands brûlés dans la société.
"Si on n'a pas de modèle de représentation, on va se cacher. Moi, c'est ce que j'ai fait pendant cinq ans," raconte-t-elle dans le 20.10 d'Anne-Sophie Lapix. "Si on se cache, on ne sait pas qu'on existe. Si on ne sait pas qu'on existe, il y a encore moins de modèles de représentation, il y a encore moins d'aides, il y a plus de discrimination." Un modèle de représentation, elle en devenu un elle-même, à travers son compte Instagram qui rassemble aujourd'hui près de 700.000 abonnés.
Comme pour les victimes de Crans-Montana, la vie de Julie a basculé lors d'une journée qui se voulait pourtant festive : le 12 février 2013, elle se rend au lycée déguisée en mouton pour le carnaval. "C'est une journée tout à fait banale et heureuse dans une vie de lycéenne," se souvient-elle. Mais à la fin de la journée, alors qu'elle allume une dernière cigarette en bas de chez elle, son costume prend feu. "Je baisse les yeux, et je vois mon costume s'enflammer à une vitesse folle." C'est grâce à l'intervention d'une voisine qu'elle parvient à éteindre les flammes.
Si elle n'a pas perdu connaissance sur l'instant, Julie a tout de même dû être plongée dans un coma artificiel, comme c'est le cas pour permettre le traitement des grands brûlés, dont le pronostic vital est très souvent engagé. "Normalement, un coma artificiel de grand brûlé dure trois semaines, un mois, voire un mois et demi. Moi, je suis restée plongé dans le coma trois mois."
À sa sortie de l'hôpital, Julie doit se réapproprier son corps d'un point de vue physique : des heures de kinésithérapie, réapprendre à parler, à manger, à marcher. Mais "le vrai combat est venu après," lorsqu'il a fallu retourner "dehors, face aux gens qui découvrent, comme nous, les brûlures sur notre propre corps".
Julie se rappelle avoir pris conscience de sa différence à travers le regard des autres. De retour au lycée, elle retrouve rapidement ses amis, et fait "un peu semblant" d'avoir une vie normale. Mais elle qui vivait sur la Côte d'Azur à l'époque, une région où l'on "aime se montrer", elle a passé cinq ans sans porter de robe, de short, à porter une écharpe autour du cou pour se protéger du soleil.
"On n'en parle pas assez dans la société, parce que c'est un combat qui est très invisibilisé," déplore-t-elle aujourd'hui. "Peur de ne pas retrouver l'amour, peur de ne pas retrouver un travail, peur de retourner au lycée, peur de ce qu'on voit à travers ce miroir qui reflète en rien quelque chose de notre société." Ancienne gymnaste, une discipline qui lui a selon elle permis de faire preuve de résilience face à cette épreuve, elle veut aujourd'hui se battre pour la représentation des grands brûlés dans la société.
Car ce sont 400.000 personnes qui sont grièvement brûlées en France chaque année, dont près de 10.000 sont hospitalisées. "Aujourd'hui, le vrai combat, il est dans le fait de montrer, de montrer que ça existe." Elle est d'ailleurs à l'origine d'un gala caritatif pour les victimes de Crans-Montana, à qui elle a également adressé un message d'espoir dans une lettre publié sur ses réseaux sociaux.
"Ça passera. Pas aujourd'hui, pas demain, mais ça passera. Il y aura la douleur qui mord, les nuits sans fin, les pansements qui collent à la peau et le 'pourquoi moi?' Il y aura le silence dans la chambre et la douleur dans les yeux de ceux qui aiment, surtout dans ceux de maman. Ça passera," écrit-elle dans cette lettre. Un message avec un objectif bien précis : "Je me suis dit qu'il ne fallait pas qu'ils vivent la même solitude que j'ai moi-même traversée quand je me suis réveillée de cet accident qui a bouleversé ma vie."
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