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"Quand on a été violée, on est en danger de viol" : comment expliquer le phénomène de "revictimisation" ?

Flavie Flament a dénoncé être victime de viol par le photographe David Hamilton d'abord, à l'âge de 13 ans, puis par le chanteur Patrick Bruel ensuite, à l'âge de 16 ans. RTL vous explique ce phénomène de "victime en série", très souvent observé dans les dossiers de violences sexuelles.

L'animatrice Flavie Flament en 2022

Crédit : JEFF PACHOUD / AFP

Affaire Patrick Bruel : le phénomène de la "revictimisation"

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Plana Radenovic

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Dans les affaires de femmes victimes de viols ou d'agressions sexuelles, un phénomène se distingue : celui de la "revictimisation". Les femmes, déjà victimes de violences sexuelles, peuvent en être à nouveau victimes par la suite. 

C'est le cas de l'animatrice Flavie Flament, qui a dénoncé les viols du photographe David Hamilton quand elle avait 13 ans, et récemment, ceux du chanteur Patrick Bruel, quand elle avait 16 ans. La journaliste a expliqué que les premiers viols subis avaient fait d'elle une proie "facile" pour le chanteur. "Le plus grand risque un jour d'être violée, c'est de l'avoir déjà été. En fait, quand on a été violé, on est en danger de viol. On est affaibli par l'agression funeste que l'on a subie. On est muselé par ce poids de la honte et du secret. On est repérable", avait-elle souligné. 

Pour comprendre ce phénomène de revictimisation, RTL est allé à la rencontre de maître Carine Durrieu Diebolt, avocate spécialisée dans l'accompagnement des victimes de violences sexuelles. Parmi ses clients, ce phénomène est fréquent. "C'est une situation qui est récurrente dans les affaires de violences sexuelles, dans la mesure où très fréquemment les victimes de violences sexuelles resubissent à la suite d'une première violence, de nouvelles violences. Donc ce sont des violences qui sont répétées dans la vie des victimes", analyse l'avocate.

Un facteur aggravant pour d'autres violences sexuelles

Selon l'Organisation mondiale de la Santé, avoir vécu des faits de violences sexuelles est un facteur de risque aggravant pour en subir d'autres. Ce risque est multiplié par quatre, selon plusieurs études, lorsque l'acte violent est commis pendant l'enfance. Les clientes de Me Durrieu Diebolt qui ont subi ce genre de violences lui expliquent souvent se sentir mortes à l'intérieur, et donc plus vulnérables face aux agresseurs.

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"Dans un procès criminel, j'avais eu un expert psychiatre qui avait indiqué que les agresseurs ont comme un radar pour détecter la vulnérabilité d'une victime. Il détecte très bien des signaux et des comportements si une victime est dissociée et si elle va réagir ou non à la violence. Et ça fait partie intégrante de son mode opératoire", explique-t-elle. 

Mais dans les prétoires, le fait de dénoncer des viols successifs commis par plusieurs agresseurs est souvent un argument pour décrédibiliser le récit de la victime. Alors que d'après Me Durrieu Diebolt, cela devrait être le contraire. "C'est souvent un argument qui est invoqué par la défense. Moi, ça me fait évidemment bondir parce que ça revient aussi à, vous savez, le mythe de la victime parfaite qui doit quasiment être asexuée et donc ne pas avoir vécu par ailleurs de sexualité ou de violence."

Pour reprendre des forces, il est vraiment nécessaire que ces victimes soient accompagnées psychologiquement

Isabelle Rome, ex-magistrate spécialisée dans les violences faites aux femmes

Au moins la moitié des clientes de cette avocate qui disent avoir été violée l'avaient en fait déjà été auparavant, souvent pendant l'enfance. Isabelle Rome est une ancienne magistrate spécialisée dans les violences faites aux femmes. Pour elle, la victime peut sortir de ce cercle vicieux grâce à un accompagnement psychologique. "Il ne faut pas en tirer une sorte de fatalité, de déterminisme. Pour reprendre des forces, il est vraiment nécessaire que ces victimes soient accompagnées psychologiquement. Pour moi, c'est vraiment la condition sine qua non pour se protéger, pour aussi se réparer. C'est un accompagnement psychologique", assure-t-elle.

La justice aussi peut permettre d'aider les victimes à réparer leur traumatisme. Dans ces affaires, les professionnels sont formels : c'est la parole qui peut permettre aux victimes de passer de l'état de survivante à celui de vivante.

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