4 min de lecture Santé

Qu'est-ce que l'expérience de mort imminente ?

ÉCLAIRAGE - La semaine dernière, un adolescent américain de 13 semble avoir vécu une EMI avant de sortir du coma. L'occasion de revenir sur ce qu'est cette expérience encore très mystérieuse.

Entre 4% à 8% de la population ont déjà fait une expérience de mort imminente (illustration)
Entre 4% à 8% de la population ont déjà fait une expérience de mort imminente (illustration) Crédit : Jeff Stanford / Flickr CC
Cécile De Sèze
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Une lumière blanche, un tunnel, une sensation de bien-être intense, un sentiment de décorporation... Les symptômes sont récurrents avec une touche de paranormal chez les personnes qui ont déjà fait une expérience de mort imminente (EMI). Des récits qui font échos à un imaginaire commun de la vie après la mort, à un paradis.

Début mai, Trenton, un Américain de 13 ans, s'est réveillé d'un coma en disant qu'il pensait avoir été au paradis. L'occasion de revenir sur ce phénomène encore très peu étudié scientifiquement et pourtant particulièrement intriguant. Les scientifiques ne savent pas concrètement ce qu'il se passe dans notre corps et notre cerveau lorsqu'on fait une expérience de mort imminente.

Elles touchent des patients qui sont dans le coma, qui font un arrêt cardiaque ou qui sont anesthésiés. Dans le monde, entre 4% à 8% de la population a déjà fait cette expérience, estiment les spécialistes, comme Charlotte Martial, neuropsychologue (aspirante FNRS) dans l'équipe du professeur Steven Laureys. On ne sait pas à quel moment précis elle se déroule, si c'est pendant l'arrêt cardiaque par exemple, juste avant de se réveiller d'un coma, au début, ou en plein milieu. 

L'EMI n'a "rien à voir avec le rêve"

À RTL.fr, Charlotte Martial précise que les études sont plus nombreuses en cas d'EMI à la suite d'un arrêt cardiaque. Pourquoi ? Parce que les patients victimes d'arrêts cardiaques ont une activité cérébrale considérée diminuée. Ainsi, l'EMI, dans ce cas pose la question de la conscience et son indépendance par rapport au corps. "Pour vivre une EMI, on pense qu'il faut être dans un état de conscience altérée", ajoute la neuropsychologue, "mais il y a toujours une activité cérébrale".

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Toute la question est de savoir si c'est le cerveau qui dysfonctionne à un moment donné ou si c'est notre conscience qui continue de fonctionner sans le corps. "Il faut qu’on sache ce que devient la conscience lorsque le cœur s’arrête et que le cerveau n’est plus irrigué", explique Samuel Parnia, professeur assistant de médecine de l’université Stony Brook de New York, dans Sciences et avenir. Pour les plus croyants, c'est simplement la preuve d'une vie après la mort.

Eben Alexander, un neurochirurgien américain, racontait en 2012 sa propre expérience de mort imminente, qui a été vécue par les lecteurs comme "un rêve intense rien de plus", rapporte Le Monde. Si certains décrivent les EMI comme un simple gros rêve, ce n'est pas le cas. Ça n'a même "rien à voir avec le rêve", insiste la neuropsychologue. "C'est beaucoup plus intense, beaucoup plus riche, poursuit-elle. On le vit plus comme la réalité que comme un rêve. Le souvenir reste aussi intense après des années, contrairement aux rêves qui s'estompent dès le réveil".

Un sujet délicat car il touche la mort

L'expérience de mort imminente n'est pas nouvelle. D'après Charlotte Martial, "depuis la nuit des temps on trouve des récits, comme chez Platon, qui font référence aux expériences de mort imminente". 

Voilà un extrait du Commentaire sur La République de Platon : "Cléonyme reprend peu à peu ses sens, se réveille et raconte tout ce qu'il avait vu et entendu après qu'il avait été hors du corps. Il lui avait paru que son âme, au moment de la mort, s'était dégagée, comme de certains liens, du corps gisant à côté d'elle, s'était élevée vers les hauteurs (...)".

Ce n'est qu'en 1975, dans Life After Life, que Raymond Moody popularise l'expression d'expérience de mort imminente (Near Death Experience ou NDE en anglais). Dans son ouvrage, il a recueilli de nombreux témoignages de personnes ayant vécu des EMI. Plus de quarante ans après, les recherches scientifiques ne sont toujours pas foisonnantes, il en existe peu. Charlotte Martial explique cette lacune par le caractère subversif de l'EMI. 

"Ça touche à la mort, c'est un sujet délicat, et à la frontière de la médecine, de l’anthropologie" d'autant qu'il y a encore quelques années, "le sujet était encore tabou" et les témoignages plus timides. "Certains patients étaient traités de fous à leur réveil en racontant leur expérience", précise-t-elle. 

À l'origine de l'imaginaire du paradis ?

Ces récits se ressemblent, et ont de nombreux points communs. Le professeur de neurologie Steven Laureys, reconnu pour ses recherches sur le cerveau et le coma avec qui travaille Charlotte Martial, raconte à Sciences et Avenir les récurrences dans les différents témoignages : "90% disent s'être sentis incroyablement bien, 80% sont sortis de leur corps, 70% parlent de lumière, 25% ont vu leur vie défiler et des êtres chers."

"Mais chaque récit est vraiment personnel et unique", nuance Charlotte Martial. Est-ce une différence dans ce que les patients voient ou dans l'interprétation de ce qu'ils voient ? Impossible d'avoir la réponse, "on est loin de savoir ce qu'ils voient vraiment". 

D'ailleurs, certaines variantes apparaissent en fonction de la géographie. Ainsi, dans la société occidentale, le patient rapportera davantage l'image d'un tunnel, alors qu'en Asie, ce tunnel sera décrit comme une rivière. Selon certaines études citées par Charlotte Martial, la culture influence la manière de rapporter l'expérience, pas forcément l'expérience elle-même.

Alors est-ce que les EMI peuvent être à l'origine de l'imaginaire religieux et cultuelle de la vie après la mort ? "Je dirais que oui, c'est mon opinion, lance la neuropsychologue. C'est interprété comme une preuve de vie après la mort par certains, mais les EMI peuvent être difficilement considérées comme une preuve puisque il n'y a pas de mort cérébrale mais une mort clinique". Donc savoir s'il y a une vie après la mort, ou même un paradis, "actuellement, on pense que ce ne sont pas les EMI qui vont le prouver puisqu'il n'y a pas de mort définitive", conclut-elle.

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