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Pourquoi ne sommes-nous jamais retournés sur la Lune ?

ÉCLAIRAGE - Plus de 40 ans après le lancement du programme Apollo, seuls trois pays se sont lancé le défi d'alunir mais sans jamais oser de nouveau fouler le sol lunaire.

Koweit City durant la Super Lune
Koweit City durant la Super Lune Crédit : YASSER AL-ZAYYAT
Yannick Sanchez
Journaliste RTL

Le XXIème siècle devait être celui des voitures volantes et des voyages dans l'espace, il demeure celui du réchauffement climatique et des voitures qui rasent le bitume. Pourquoi diable près de 40 ans après le "grand pas pour l'humanité" ne sommes-nous pas retournés sur la Lune ? La Chine a certes réitéré l'exploit d'alunir un robot d'exploration en 2013 mais aucun humain n'a foulé le sol lunaire depuis le planté du drapeau américain de 1969

Une expédition politique mais pas scientifique

En 1961, en pleine guerre froide avec les Soviétiques, les États-Unis lancent leur ambitieux programme Apollo de conquête spatiale. Quelques mois plus tôt, les Russes étaient les premiers à envoyer un homme dans l'espace, Youri Gagarine. Pour damer le pion à Brejnev, le président américain John F. Kennedy annonce devant le Congrès vouloir envoyer des hommes sur la Lune d'ici la fin de la décennie. Un véritable coup de poker diplomatique.  

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John F. Kennedy "Landing a man on the Moon" Address to Congress - May 25, 1961

"Si vous écoutez le discours de Kennedy en entier, Kennedy n'a jamais parlé de science" se remémore Francis Rocard, responsable des programmes d'exploration du système solaire au centre national d'études spatiales (CNES). A l'époque, le Président américain se focalise presque uniquement sur les enjeux géopolitiques d'une telle entreprise et évoque à peine les questions de technologie par satellite. "Aujourd’hui, mettre 100 milliards d’euros pour envoyer un homme sur la Lune n'aurait pas trop d’intérêt scientifique", résume Francis Rocard. De plus, une fois sur place, l'expert du CNES estime que l'homme "dépenserait 80% de son énergie à survivre pour seulement 20% de recherche scientifique." 

Y'a-t-il un intérêt scientifique à aller sur la Lune ?

Si les hommes ne vont plus sur la Lune, ils n'ont pas abandonné son étude. Mardi dernier, le Japon a révélé que son agence d'exploration spatiale, la Jaxa envisageait pour 2018-2019 une mission inhabitée sur place avec un robot de 150 kg. En France, le chercheur Mark Wieczorek de l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP) a récemment proposé à l'Agence spatiale européenne (ASE) une mission consistant à se poser sur la face cachée de la Lune. La rotation de la Lune étant synchronisée avec celle de la Terre, une partie de l'astre de la nuit nous est perpétuellement cachée. 

Les conditions d'exploration sur la face cachée de la Lune promettent d'être exceptionnelles (...)

Mark Wieczorek
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L'objectif serait d'étudier la structure interne de la Lune pour comparer l'astre avec la disposition du noyau terrestre. "Nous poursuivons deux objectifs, explique le chercheur à RTL. D'une part, celui de prendre des mesures géophysiques pour connaître la structure interne de la Lune, de l'autre des mesures d'astronomie radio. Les conditions d'exploration sur la face cachée de la Lune promettent d'être exceptionnelles car il n'y a pas de bruit émanant de la Terre ni du soleil (le soleil n'éclaire cette facette de l'astre blanc que 50% du temps)."

Entre 100 et 1.000 fois moins cher d'envoyer un robot

"Un robot, c’est une tonne qu’on envoie sur la Lune. Un homme, c’est un lanceur Saturne 5 et 100 tonnes qui partent dans l'espace", explique Francis Rocard. Le coût additionnel d'un vol habité est donc non négligeable, de "100 à 1.000 fois" plus important selon le spécialiste. Quant au potentiel technique des machines, le robot Philae parti sur une comète ou encore l'astromobile Curiosity qui se balade sur Mars ont démontré que leurs capacités techniques étaient à la hauteur des enjeux. 

(...) mettre un Européen dans l'espace coûterait entre 10 et 20 milliards d'euros.

Francis Rocard
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"Les missions Apollo ont permis de rapporter 380 kilos de cailloux mais certains disent qu'on n'avait pas besoin de l'homme pour faire ça", pointe Francis Rocard. "On aurait ramené moins de pierres mais le résultat scientifique aurait probablement été le même". Aujourd'hui, "mettre un Européen dans l'espace coûterait entre 10 et 20 milliards d'euros", évalue le scientifique. Or, le budget européen pour les vols habités est de 200 à 400 millions d'euros par an quand celui des États-Unis avoisine les 10 milliards de dollars annuels.  

L'Europe, 28 conceptions différentes de l'exploration spatiale

L'Europe, comme bien souvent, est victime de sa polyphonie. "Chaque pays a une politique sur les vols habités qui lui est propre, raconte Francis Rocard. Les Français et les Anglais y sont plutôt opposés alors que l'Allemagne et l'Italie sont plus ouverts sur cette question." En réalité le débat n'est plus trop celui d'envoyer des hommes sur la Lune, il concerne davantage les calculs qu'on y effectuerait.

D'autre part, "toutes les missions planétaires du nouveau programme de l'Agence spatiale européenne ont été éliminées, souligne Mark Wieczorek dont le projet Farside s'est fait recaler. Un signe que la priorité scientifique de l'Europe n'est pas forcément liée à l'exploration planétaire.  

L'objectif aujourd'hui, c'est Mars

Retourner sur l'astre blanc est en fait une vieille Lune. Le nouvel objectif est de se poser sur Mars. Mais là encore, difficile de donner des arguments scientifiques à une telle expédition. L'épais rapport du National research council (NRC) "Pathways to exploration" a consacré un chapitre de 40 pages baptisé "why we go there" (pourquoi nous allons là-bas) tentant de justifier les futures formes d'exploration planétaire. 

En introduction du texte, les membres du NRC expliquent "qu'il est difficile d'évaluer quantitativement l'impact d'un vol habité". Ainsi pour justifier une telle entreprise tout est mis sur la table, même l'apport à la culture populaire et au divertissement : "le comité observe la prééminence des vols habités au cinéma, dans les publicités et les médias", peut-on lire en page 44 du rapport. En fait, nous ne savons pas ce que nous cherchons. Le NRC pose deux questions simples auxquelles ses membres ne donnent pas de réponse franche : jusqu'où les humains peuvent-ils se rendre depuis la Terre ? Que peuvent-ils découvrir et accomplir une fois qu'ils y sont ? 

Quant aux voyages sur la Lune, ils sont aujourd'hui l'apanage des pays émergents qui doivent encore prouver leurs capacités techniques et tester leurs aptitudes à effectuer des voyages lointains. La Chine et l'Inde se livrent à une nouvelle course à la conquête spatiale mais une fois de plus, la portée scientifique de leurs expéditions reste à démontrer. Comme quoi, la science ne fait pas forcément bon ménage avec la politique. 

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