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Pour que l'emploi suive la reprise économique, il y a encore du travail

ÉDITO - Les chiffres de la croissance française au 3e trimestre, fraîchement dévoilés, sont encourageants, mais il faudra être patient pour voir baisser le chômage de façon notable.

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Pour que l'emploi suive la reprise économique, il y a encore du travail Crédit Média : RTLnet | Date :
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Martial You
Martial You Journaliste RTL

Les chiffres de la croissance française au 3e trimestre viennent d'être annoncés par l'INSEE. Une croissance de 0,5%. L'économie semble repartir depuis le début de l'année... Et pourtant, les sociétés d'intérim nous disent qu'elles n'arrivent pas à fournir la demande de main d'oeuvre des entreprises. Notre économie repart-elle trop vite ? Pas forcément, mais le souci est que tout le monde cherche à peu près les mêmes profils.

Dans le baromètre de l'intérim, le nombre d'embauches a augmenté de 12%, mais c'est encore plus élevé dans l'industrie ou dans les transports routiers. Il manque 20.000 postes de chauffeurs poids-lourds. Cela est typique des besoins d'une économie qui repart quand on a de gros besoin en logistique pour transporter la production des usines.

Résultat, 10 à 15% de la demande d'intérimaires n'est pas disponible et on a environ 300.000 postes qui ne sont pas pourvus. Cela représente en gros l'ensemble du stocks d'emplois qui seront créés cette année en France. Manquer de bras dans une économie qui a 3 millions et demi de chômeurs... On est là au cœur du paradoxe français.

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Le problème de la réticence envers l'apprentissage

Première raison, qui sera au cœur des discussions entre partenaires sociaux et gouvernement dans les prochaines semaines : la formation. La France manque d'ouvriers non qualifiés, de tourneurs-fraiseurs, de chaudronniers, de techniciens pour les réseaux télécoms, de soudeurs... Pour ces métiers il y a actuellement 5 offres pour un candidat. Plein emploi dans ces branches, mais personne ne souhaite aller dans ces filières de formation.

Alors on va nous reparler "d'un apprentissage d'excellence", mais cela ne veut rien dire ! Pour qu'elles soient d'excellence, ces filières doivent accueillir ceux qui sont excellents, et pas ceux qui sont en échec scolaire. En Allemagne ou en Suisse, on devient ingénieur en partant de l'apprentissage. Il faut également faire un cursus international pour les apprentis, afin qu'ils puissent aller au moins un an à l'étranger comme ceux qui font Erasmus. Les Compagnons du Devoir ont maintenant abandonné leur Tour de France pour un Tour d'Europe.

Deuxième raison : la géographie du marché du travail. Les chantiers navales à Saint-Nazaire recrutent en masse, ou Peugeot à Montbéliard, la logistique en Île-de-France ou encore l'aéronautique à Toulouse... Le problème, c'est que la main d'oeuvre des emplois n'est pas mobile. Les chômeurs du Centre de la France ne partent pas dans l'Est.

Un code du Travail uberisé

Le retour de l'économie va finir par s'accompagner d'une baisse du chômage, mais pour cela il faut un déclic : le jour où les gens occuperont un emploi à la hauteur de leurs compétences. Aujourd'hui, beaucoup de Bac+2 occupent des postes théoriquement réservés à ceux qui sont niveau Bac voire légèrement en-dessous. À ce moment-là, les salaires vont repartir à la hausse. On n'y est pas encore, et l'on va rester, selon l'Unedic et selon l'OFCE, au-dessus de 9% de chômage l'an prochain, même avec une croissance solide.

Pendant quelques mois encore, les contrats d'intérim vont s'envoler davantage que les CDI. Cela illustre un phénomène de fond : la précarisation de notre marché du travail. La flexibilité donnée par les ordonnances sur la loi Travail, c'est déjà un combat dépassé. Le Code du Travail s'est fait ubériser, on embauche en CDD, on embauchera demain en CDI de projet : c'est la même chose. On travaille avec des chauffeurs de VTC indépendants ou des livreurs à vélo indépendants qui assument tous les risques de l'activité, on va chercher la main d'oeuvre qui manque chez nos voisins sans chercher à les intégrer en France.

Les travailleurs sont détachés, mais finalement les employés aussi sont de plus en plus détachés de l'entreprise avec laquelle ils travaillent. C'est un système qui correspond très bien à une période de reprise économique mais qui ne protégera pas en cas de ralentissement.

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2017-10-31 09:50:00
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