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Des lycéens prennent connaissance de leurs sujets du baccalauréat (image d'illustration).
Crédit : MARTIN BUREAU / AFP
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Être seul face à un jury et prendre la parole pendant plusieurs minutes... L'épreuve du Grand oral intimide de nombreux lycéens au baccalauréat. Du lundi 22 juin au 1er juillet 2026, des dizaines de milliers d'élèves de Terminale vont devoir affronter l'examen tant redouté.
Celui-ci dure 40 minutes au total. Le candidat doit préparer son épreuve pendant 20 minutes lors de son arrivée dans la salle. Après, il doit présenter son travail en fonction du sujet choisi par le jury sur les deux que le candidat propose. À l'issue de l'oral, l'élève est invité à répondre aux questions des deux professeurs présents pendant dix minutes. Le Grand oral compte pour 10% de la note finale en voie générale et 14% en voie technologique.
Bertrand Périer, avocat, spécialiste de l'art oratoire et auteur du livre Petit manuel pour Grand Oral, qui a d'ailleurs été consulté au moment de la création de l'épreuve, et Marie Ponsot, professeure de français et membre du jury du grand oral en spécialité théâtre en 2024 et 2025 dans un lycée des Hautes-Pyrénées, partagent sur RTL.fr leurs meilleurs conseils pour réussir l'examen.
Selon une étude OpinionWay publiée en juin 2025, 69% des jeunes disent être stressés lorsqu'il s'agit de prendre la parole en public. "Il n'y a qu'un seul antidote au stress, c'est le travail, insiste Bertrand Périer. Le jour du Grand oral cela doit être la dixième fois qu'on s'y est exercé. C'est la seule façon d'appréhender une situation objectivement stressante". Le spécialiste de l'art oratoire préconise de s'entraîner devant un miroir ou de s'enregistrer avec son téléphone.
De son côté, Marie Ponsot propose à ses élèves un autre exercice qu'elle juge comme "le meilleur conseil" qu'elle peut donner aux candidats afin d'éviter un stress important le jour J. "Je dis aux élèves de se mettre dans la peau du jury, explique la professeure de français d'un lycée du sud-ouest de la France. Ils se mettent par groupe : une partie des élèves va incarner le jury, pendant qu'un autre s'entraîne devant eux pour son grand oral. Et vice-versa. Lorsque l'élève devient juré, il doit ainsi comprendre le sujet de son camarade et être capable de lui poser des questions après. Quand un lycéen se met dans la peau du jury, il est lui-même plus clair pour son oral et pendant ce temps, cela permet à un autre candidat de s'entraîner à prendre la parole devant un public".
La professeure de français assure que les élèves entre eux sont souvent plus durs dans leurs remarques que le jury qui sera face à eux le jour de l'examen. "Ils ne prennent pas de gants et se disent les choses frontalement", souligne-t-elle.
"Le plus important est d'avoir quelque chose à dire. Il n'y a pas de secret pour éviter d'être stressé, il faut avoir travaillé son sujet en amont", explique l'avocat à RTL.fr. Avant de poursuivre : "Ce n'est pas une thèse, ni le grand oral de l'ENA (L'École nationale d'administration). C'est simplement un oral qu'on demande de faire à un lycéen. Il ne faut pas se stresser davantage".
"C'est une épreuve de partage entre un élève et des professeurs, poursuit Bertrand Périer. Ils (les examinateurs) attendent du candidat que celui-ci dévoile ses connaissances, ou encore ses convictions sur le sujet." Et de poursuivre : "Ceux qui auront travaillé auront de bonnes notes, ceux qui n'auront pas travaillé en auront des mauvaises. Il n'y a pas de secret".
Marie Ponsot partage le même avis : "Quoiqu'il arrive il faut bien connaître son sujet. Il faut le défendre. Globalement, les élèves sont bons sur le fond, la forme peut toutefois poser davantage de problèmes. Un phénomène notamment lié au stress".
Le choix de la tenue vestimentaire est aussi un aspect important à prendre en compte. Il est essentiel de rappeler qu'il faut privilégier des vêtements dans lesquels vous vous sentez à l'aise. Bertrand Périer donne un exemple concret : "Il faut imaginer que vous êtes invité chez des amis de vos parents que vous ne connaissez pas. Vous n'êtes ni invité chez le préfet, ni chez des potes. Il faut s'habiller correctement, mais rien ne sert d'y aller en smocking. En revanche, il ne faut pas non plus venir en jogging".
Il précise que de s'habiller correctement est également un signe de respect envers le jury. Il conseille par exemple de ne pas mettre une veste si en temps normal, le candidat n'en met pas. L'essentiel étant d'être à l'aise.
Marie Ponsot conseille de visualiser l'oral comme "un parcours d'obstacles". Selon elle, il vaut mieux privilégier un moment de détente la veille de l'examen. "Rien ne sert de se stresser en révisant à la dernière minute. Il vaut mieux également privilégier son sommeil". Un avis partagé par Bertrand Périer.
"Cela peut paraître idiot comme conseils mais il faut bien s'hydrater avant de réaliser son grand oral, explique-t-elle. Le candidat évite ainsi d'avoir la bouche pâteuse et des maux de tête surtout en période de fortes chaleurs. Rien ne sert également de venir trop en avance au centre d'examen. Le fait d'attendre parfois des heures dans les couloirs peut être une source de stress supplémentaire".
Le grand oral est un entraînement pour votre future vie
Marie Ponsot, professeure de français et de théâtre dans un lycée des Hautes-Pyrénées
Pour la professeure de français, l'avis des autres élèves peut être contre-productif dans ce genre de situation. "Le candidat qui sort de la salle va donner son avis sur le jury à ceux qui attendent. S'il dit que les examinateurs sont sévères, les autres vont commencer à stresser pour rien, explique Marie Ponsot. Il ne faut pas les écouter. Chaque examen est unique. D'ailleurs, le jury qui semble être ultra sympa n'est pas forcément celui qui met les meilleures notes."
"Il faut quand même se souvenir qu'on ne joue pas sa vie lors du grand oral. C'est simplement un entraînement pour votre future vie", martèle-t-elle.
Pour les personnes de nature timide, sensible, plutôt introvertie, parfois anxieuse, la prise de parole devant d'autres individus peut devenir une expérience traumatisante. Nombreuses sont les personnes à réciter le texte le jour du grand oral, par peur de ne plus savoir quoi dire. "Une double peine", selon Bertrand Périer.
"Il ne faut pas faire du Grand oral, une épreuve de récitation, ou de déclamation. Ce n'est pas non plus un concours d'éloquence, martèle le spécialiste. En récitant, le candidat ajoute à son angoisse de prendre la parole en public, celle du trou de mémoire." L'avocat indique qu'il s'agit en réalité d'une "épreuve de conviction et de démonstration" en présentant un sujet choisi. Il conseille également de ne pas apprendre ses fiches par cœur.
On ne veut pas rencontrer un robot
Marie Ponsot, professeure de français et de théâtre dans un lycée des Hautes-Pyrénées
La professeure de français voit cette épreuve comme "une partition". "Durant la prise de parole, il faut faire des pauses, des ruptures afin d'éviter de réciter le texte de façon monotone. Il ne faut pas débiter son texte sans respirer. On perd souvent son auditoire. Il faut savoir marquer les transitions en particulier celles qui permettent de donner des exemples. L'objectif est de rendre la structure le plus claire possible", indique-t-elle. "On ne veut pas rencontrer un robot", ajoute l'enseignante.
Au moment de l'entretien avec le jury, certains candidats n'ayant pas la réponse à une question sont tentés de bluffer. "Une mauvaise idée", selon la professeure de français. "Ce n'est pas grave de ne pas avoir la réponse à toutes les questions. Au contraire, il faut l'assumer".
Le Grand oral n'est pas un quiz.
Bertrand Périer, spécialiste de l'art oratoire
"Il faut toutefois réfléchir avec le jury, réenchérit Bertrand Périer. Le grand oral n'est pas un quiz. Pour la simple et bonne raison que l'un des deux examinateurs n'est pas un enseignant de la spécialité abordée. C'est un candide. Il va être en situation d'apprendre des choses. L'élève en sait généralement plus que lui sur le sujet".
Marie Ponsot ajoute que des "questions tatillonnes" de la part du jury ne sont pas forcément une mauvaise chose, bien au contraire. "C'est le signe que l'oral est excellent, précise-t-elle. Les examinateurs estiment qu'ils peuvent creuser le sujet parce qu'ils ont en face d'eux un élève qui peut en parler."
La posture est-elle importante lors du grand oral ? "C'est du folklore", s'exclame Bertrand Périer. Avant de poursuivre : "Le plus important est d'avoir des choses à dire. Le reste n'a pas d'importance. On cherche à connaître la personnalité d'un candidat rien d'autre. Si à cause du stress, il a le regard fuyant, les mains dans les poches ou croise les bras, c'est pas très grave. Ce n'est pas du théâtre, ni un concours d'éloquence". Marie Ponsot conseille toutefois d'éviter de mettre ses mains sous la table, par exemple. "Cela peut paraître suspect. Il faut toujours les garder visibles".
Je n'ai pas besoin de rencontrer Fabrice Luchini. Parler, c'est avoir fait le deuil de la perfection
Bertrand Périer, avocat et écrivain, spécialiste de l'art oratoire
Le spécialiste de l'éloquence ajoute que l'imperfection doit devenir une force. "Je veux rencontrer un candidat avec sa personnalité. J'ai envie qu'il me parle même de manière imparfaite. Je n'ai pas besoin de rencontrer Fabrice Luchini. Parler, c'est avoir fait le deuil de la perfection. Les hésitations et les erreurs font partie du jeu. Idem au niveau du faciès, je préfère un candidat qui ne sourit pas à cause du stress mais qui a travaillé son sujet, qu'un autre qui sourit bêtement en pensant que ça va masquer la vacuité de son propos, ça ne trompera personne".
Parfois par maladresse, parfois par excès de zèle, certains candidats peuvent tenter de faire de l'humour pour détendre l'atmosphère. Selon l'avocat, c'est une mauvaise idée.
"Durant la présentation, il vaut mieux éviter, affirme-t-il. La discussion va se détendre dans les trois dernières minutes de l'échange avec le jury. Mais ce n'est pas au candidat de choisir ce moment. C'est au jury de donner ce signal. Celui qui montre qu'on n'est plus vraiment dans un oral, mais dans une discussion entre adultes plus détendue."
Lors du Grand oral, il faut réussir à intéresser les examinateurs dès le début de la prise parole. Il faut être capable de présenter son sujet en deux minutes et d'être le plus convaincant possible. "Pour cela, un candidat peut vendre son travail en expliquant que tel sujet scientifique pouvant paraître abstrait est en réalité présent dans le quotidien de tout le monde", explique l'avocat.
Et d'ajouter : "Il faut faire en sorte que le jury se sente concerné par le sujet. 'Je vais vous parler d'un truc que vous avez tous chez vous sans le savoir', par exemple. Ainsi, le juré va se sentir ultra concerné et va donc s'intéresser davantage au sujet".
Il est important de rappeler que le taux de réussite à l'examen est élevé. En juin 2025, il était de 91,9%. L'an dernier, le taux de réussite en voie générale était le plus élevé avec 96,4%, en voie technologique (90,9%), et la voie professionnelle affichait un score de 83,4% de réussite au grand oral.
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